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La chronique de Stéphane Bern: La police du langage
Culture 3 min. 06.01.2018

La chronique de Stéphane Bern: La police du langage

Tom Wolfe, le célèbre auteur du « Bûcher des vanités »

La chronique de Stéphane Bern: La police du langage

Tom Wolfe, le célèbre auteur du « Bûcher des vanités »
AFP
Culture 3 min. 06.01.2018

La chronique de Stéphane Bern: La police du langage

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Aujourd'hui, il nous parle de Tom Wolfe et du langage.

Par Stéphane Bern

Et si Tom Wolfe, le célèbre auteur du « Bûcher des vanités » avait une nouvelle fois raison ? Dans son nouveau livre « Le règne du langage » (Robert Laffont) il fustige le « politiquement correct », la « police citoyenne », selon lui l’instrument des « classes dominantes » et un instrument de contrôle social, une manière de se distinguer des « ploucs » et de les censurer, de délégitimer leur vision du monde au nom de la morale.

« Les gens doivent désormais faire attention à ce qu’ils disent ». Les exemples abondent de ce que l’on ne peut plus dire ni faire sans risquer d’être cloué au pilori sur les réseaux sociaux : morigéner en public un enfant indiscipliné, réprimander son chien s’oubliant sur le trottoir ou oser relever une incivilité sur la voie publique. Les réseaux sociaux sont devenus des censeurs plus rigoureux que les juges des cours d’assises.

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Ils ont tôt fait de vous condamner sans procès. Prenez le cas du champion britannique de Formule 1 Lewis Hamilton, contraint de présenter publiquement ses excuses pour avoir fustigé son neveu déguisé à Noël d'une robe de princesse, et sommé de se repentir en regrettant son énervement et son «erreur de jugement».

Le quadruple champion du monde avait partagé une vidéo avec ses 5,7 millions d'abonnés de son compte Instagram, montrant son neveu habillé d'une robe bleue et rose et agitant une baguette magique. On y voit le champion demander au gamin: «Pourquoi est-ce que tu as demandé une robe de princesse pour Noël ?», avant

de s'écrier: « Les garçons ne portent pas de robe de princesse !». A-t-on encore le droit, tout en étant favorable aux droits transgenres, et au risque de passer pour un dangereux réactionnaire, de s’étonner qu’un petit garçon demande une panoplie de princesse ?

Mal en a pris au coureur, copieusement insulté par les internautes vindicatifs. Il a dû faire amende honorable. «Hier, je jouais avec mon neveu et j'ai réalisé que mes propos étaient inappropriés, donc je les ai effacés. Je n'avais pas l'intention de faire du mal ni de blesser quiconque. J'aime que mon neveu se sente libre de s'exprimer », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

« Mes plus sincères excuses pour mon comportement, car je réalise que ça n'est vraiment acceptable pour personne de marginaliser quelqu'un », a-t-il ajouté.

«J'ai toujours soutenu chaque personne vivant sa vie exactement comme elle l'entend, et j'espère que je peux être pardonné pour cette erreur de jugement », écrit encore le champion qui, dégoûté par ce procès en sorcellerie, a vidé ensuite son compte Instagram !

Tout aussi ridicule la polémique à Londres autour de la broche sertie de pierres précieuses que portait la princesse Michaël de Kent au déjeuner annuel de Noël que la reine Elisabeth II organisait à Buckingham Palace en présence des membres de la famille royale britannique et auquel assistait pour la première fois Meghan Markle, la fiancée du prince Harry.

Sauf que la cousine par alliance de la reine, avait choisi de porter sur son manteau beige l’un de ses bijoux préférés, une broche du joaillier vénitien Nardi, « Moretto », représentant le personnage noir Othello de Shakespeare serti de rubis et diamants. Etait-ce approprié pour sa première rencontre avec Meghan née d’une mère afro-américaine ? Aussitôt cet accessoire a été jugé raciste par la presse américaine.

Face aux accusations, la princesse Michael de Kent a tenu à présenter ses excuses et s’est dite « désolée et attristée que cela ait pu offenser. Elle ne la portera plus… ». Quoique réputée pour ses gaffes, l’épouse du prince Michael l’avait déjà portée en de nombreuses occasions sans que cela ne suscite de réaction hostile.

Mais tout est devenu tellement éruptif et sujet à controverse, à mesure que progresse la vague d’ignorance. Au fait, Shakespeare, qui est-ce ? « Il n’est pas de vice si simple qui n’affiche des dehors de vertu ».

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