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La chronique de Stéphane Bern: La légende perdue du pharaon
Culture 3 min. 03.03.2018

La chronique de Stéphane Bern: La légende perdue du pharaon

La chronique de Stéphane Bern: La légende perdue du pharaon

AFP
Culture 3 min. 03.03.2018

La chronique de Stéphane Bern: La légende perdue du pharaon

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Dans sa chronique hebdomadaire, Stéphane Bern revient sur les 40 ans de la mort de Claude François alors que de nombreux témoignages à charge abondent à travers des documentaires inédits.

Quarante ans, est-ce le temps nécessaire pour écorner les légendes et retoucher les portraits que l’on croyait à l’abri de toute érosion ? Pour le quarantième anniversaire de la mort, le 11 mars 1978, du chanteur à succès Claude François, les témoignages à charge abondent, et se répondent au fil des documentaires dans une surenchère de révélations plus scabreuses les unes que les autres.

Assurément, cet anniversaire fait plus de bruit que toutes les cymbales du carnaval, comme il le chantait. En dévoilant à la télévision les derniers secrets du chanteur de «Alexandrie Alexandra», la statue de Cloclo est définitivement déboulonnée, et sa mémoire chute lourdement de son piédestal. 

S’appuyant sur des images d’archives inédites, les documentaires brossent un portrait saisissant à double face: du côté lumineux un artiste surdoué, ayant le sens du rythme et du spectacle, et du côté sombre, un être tyrannique qui voulait tout contrôler, un homme caractériel qui pouvait être cruel, méchant, insultant voire violent avec ses musiciens. 

Claude François était-il bipolaire? La question mérite d’être posée car il se mettait dans une colère noire pour une fausse note et devenait charmant trois minutes plus tard… Son fils explique que trois petits graviers dans le gazon du moulin de Dannemois pouvaient le rendre complètement fou de rage, et l’on comprend soudain les circonstances de sa mort lorsque, dans son bain, ce grand maniaque veut redresser une applique électrique murale.

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort, chaque week-end
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort, chaque week-end
LW

Il suffit d’entendre les témoignages des artistes comme Nicoletta, ou Alain Chamfort qu’il produisait, pour comprendre qu’il était obsessionnel au point de leur couper le son pour qu’ils ne lui volent pas les faveurs du public sur scène… Son rapport avec les femmes est aussi sur la sellette à l’heure où la lutte contre le harcèlement fait tomber plus d’une idole. 

Aussi infidèle que possessif, obsédé par le besoin de plaire, il cache la naissance de son second fils pendant six ans pour ne pas nuire à son image de séducteur ou congédie brutalement la regrettée France Gall au soir de sa victoire à l’Eurovision... 

Il y a plus grave: dans une interview à la télé belge, voici ce qu'il dit en parlant des femmes : «J'aime les filles jusqu'à 17-18 ans, après je commence à me méfier parce qu'elles commencent à réfléchir, elles ne sont plus naturelles». C’est ainsi que ces documentaires ont révélé l’existence de Fabienne, une jeune fan que le chanteur avait séduite lorsqu’elle avait 15 ans seulement et dont elle a eu une fille cachée, Julie Bocquet, adoptée par un couple flamand et qui s’exprime pour la première fois face à la caméra du réalisateur François Pomès dans son film «Claude François, le dernier pharaon». 

Une ancienne Clodette, Prisca, témoigne à charge d’une séance de photos dénudées lorsqu’elle avait moins de quinze ans… A force, ces récits deviennent gênants et indisposent celles et ceux qui ont chanté, aimé et dansé sur l’air de Magnolia forever, Belles belles belles, Le lundi au soleil, Cette année-là ou Comme d’habitude. Désormais il n’y a pas que le téléphone qui pleure. Quand donc cessera cet hallali médiatique ? 

Certes, par-delà la dévaluation de l’homme si différent de l’artiste, on pourrait continuer à l’envi de démolir le souvenir de Claude François au nom de ce qui nous choque aujourd’hui et de l’exigence de transparence. Mais il y a aussi quelque chose de gênant dans ce déballage médiatique et dans ce jeu de massacre. 

Que restera-t-il d’un artiste majeur qui a enchanté plusieurs générations? Et qui pense aux deux fils de Claude François et à la manière dont on décrit sans pudeur leur père? Celui qui chantait «Le chanteur malheureux» et «Le mal-aimé» traverse aujourd’hui son purgatoire.

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