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La chronique de Stéphane Bern: La force de l’âge
Culture 3 min. 23.09.2017

La chronique de Stéphane Bern: La force de l’âge

Line Renaud

La chronique de Stéphane Bern: La force de l’âge

Line Renaud
AFP
Culture 3 min. 23.09.2017

La chronique de Stéphane Bern: La force de l’âge

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il évoque cette fois les retraites qui n'en sont pas vraiment de grands artistes tels que Charles Aznavour ou encore Line Renaud.

Par Stéphane Bern

Depuis qu’ils ont un jour rêvé d’être en haut de l’affiche, le mot «retraite» a été banni de leur vocabulaire. «Il sonne comme défaite» résume la chanteuse Annie Cordy, toujours prête à remonter sur scène à 89 ans.

«Je n’ai jamais dit que je faisais mes adieux» renchérit Charles Aznavour, 93 ans, de retour de Los Angeles où il a inauguré son étoile sur le boulevard de la Célébrité. L’heure n’a pas encore sonné d’emprunter Sunset Boulevard, le boulevard du crépuscule…

Loin de raccrocher, «le chanteur de variété le plus important du XXème siècle» selon un sondage commandité en 1998 par Time Magazine et CNN retrouve la scène dans quelques semaines et donnera plusieurs concerts à Paris, à Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nantes et Lille.

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Il y a un an encore, il se produisait à guichets fermés au Palais des Sports de Paris et la légende de la chanson française entend poursuivre son tour de chant jusqu’à ses cent ans. «Le principal ce n'est pas que je sois fatigué, c'est qu'ils n'en soient pas fatigués, eux! Pour être aimé par le public, il faut l'aimer», a confié récemment l'immense artiste qui peut s’enorgueillir d’une carrière sans éclipses de 70 ans.

Bon camarade, il a même enregistré pour France 2 un duo avec Michel Sardou qui clôt lui une carrière de chanteur d’un demi-siècle seulement… Cette force qui le pousse, qui l’anime, qui le met en joie, c’est aussi la passion d’écrire des chansons, de les interpréter sur scène et de retrouver le public qui l’acclame debout.

La même énergie, la même fougue devrait-on dire, a ramené Line Renaud, 89 ans, sur le sol américain. Avec des pudeurs de jeune fille rosissante, Mademoiselle from Armentières n’en finit pas de mener la revue de sa vie, avec la légèreté qui s’impose dans les actions les plus nobles et importantes.

Ainsi, la vice-présidente de Sidaction s’est-elle adressée, en marge de l’Assemblée Générale des Nations unies devant les chefs d’Etat africains pour évoquer son combat contre le sida, «devenu il y a 32 ans sa raison d’être», invitée par Michel Sidibé, directeur exécutif d'Onusida, le programme destiné à coordonner l'action des différentes agences spécialisées de l'ONU pour lutter contre la pandémie de VIH/sida.

«En Afrique, depuis 1953, j’ai rencontré des foules innombrables, des peuples joyeux et enthousiastes, une humanité vibrante et généreuse qui m’a touchée au cœur. Parmi eux, il se peut même que se tenaient vos parents, voire vos grands-parents. Et oui, j’avais 25 ans... Inutile de compter sur vos doigts, vous n’en auriez pas assez, j’ai 89 ans!».

Quelques jours après la disparition de «son frère d’armes» Pierre Bergé, qui vient de «rejoindre les étoiles», Line Renaud a honoré la promesse qu’elle lui a faite lors de leur dernière entrevue: poursuivre le combat à l’ONU.

Acclamée debout par l’assemblée, Line Renaud poursuit sa tournée américaine par Las Vegas où elle doit inaugurer une rue à son nom, près du Caesars Palace. Elle aussi entre dans la légende de son vivant. «Le vrai chef-d’œuvre est de durer» disait Metternich.

«Les cinquante premières années sont les plus difficiles» soupire Line Renaud, pourtant encore traqueuse. Elle a la force de l’âge, celui où l’on assène toutes les vérités car on n’a plus rien à perdre, sinon gagner l’admiration de ses contemporains !