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La chronique de Stéphane Bern: La course aux étoiles
Culture 2 min. 21.02.2016

La chronique de Stéphane Bern: La course aux étoiles

Stéphane Bern.

La chronique de Stéphane Bern: La course aux étoiles

Stéphane Bern.
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Culture 2 min. 21.02.2016

La chronique de Stéphane Bern: La course aux étoiles

C’est l’un des curieux paradoxes de notre époque : à l’heure où il n’est plus de mise de noter les élèves à l’école, de peur de les traumatiser, jamais la compétition n’aura été aussi vive et violente dans la vie professionnelle. La chronique de Stéphane Bern.

C’est l’un des curieux paradoxes de notre époque : à l’heure où il n’est plus de mise de noter les élèves à l’école, de peur de les traumatiser, jamais la compétition n’aura été aussi vive et violente dans la vie professionnelle.

Pour preuve, la récente sortie de la bible rouge de la gastronomie, le Guide Michelin, tellement associé aux étoiles décernées aux chefs que l’on oublierait presque que la marque au Bibendum fabrique aussi des pneus!

Aussi attendu que redouté, le 107é palmarès du guide Michelin a été dévoilé et a notamment récompensé les chefs parisiens Alain Ducasse et Christian Le Squer, les deux nouveaux trois étoiles du cru 2016. Mais combien sont-ils à ronger leur frein en cuisine après la perte d’une étoile tant convoitée?

Certes, les étoiles sont la juste récompense de l’excellence vers laquelle tous les chefs concentrent leurs efforts, au prix de sacrifices, de nuits sans sommeil, et d’une pression presque inhumaine. Certains en ont perdu la vie, ne lui trouvant plus aucune saveur dans cette course effrénée vers les sommets.

La peur de décevoir autant que le risque financier encouru par tant d’investissements ruinés par une seule note dans le guide… Le grand chef Guy Savoy le concède, « nous sommes taraudés par un doute permanent, nous avons toujours peur de rater un service, de subir un mauvais commentaire surtout s’il est injustifié…».

D’autant que les internautes n’hésitent plus à poster des commentaires peu amènes et distillent des médisances sur Internet, dans les blogs ou les sites de réservation en ligne ». Chacun rêve d’avoir le pouvoir de faire et de défaire la réputation d’autrui. « Notre seul but dans notre métier est le plaisir des clients », rappelle Guy Savoy, installé à l’Hôtel de la Monnaie de Paris sur les bords de Seine, dans un palais prestigieux.

« Même si parfois la tension est forte… ». Rien ne justifie pourtant qu’un homme ou une femme chef endure de telles souffrances physiques et psychologiques simplement pour l’obtention et surtout le maintien de trois étoiles Michelin.

L’adrénaline monte à chaque service, c’est comme une drogue dont les chefs deviennent dépendants! Tous travaillent pour satisfaire leurs clients mais sans cesse avec la peur au ventre, car, parmi eux, il y a peut-être un inspecteur du guide rouge…

Tous avouent que les précieux macarons sont certes un gage de réussite commerciale, et impactent directement les résultats financiers de l’établissement, mais il est bon, de temps en temps, de leur redire que la seule étoile qui vaille est celle à laquelle ils s’accrochent depuis toujours, cette quête de la perfection culinaire qui les habite depuis qu’ils ont mis un pied en cuisine pour sublimer les mets et emmener les palais au septième ciel.

L’assurance d’avoir la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre.


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