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La chronique de Stéphane Bern: L'amour en héritage
Culture 4 min. 25.02.2018

La chronique de Stéphane Bern: L'amour en héritage

Laeticia Hallyday, Laura Smet et David Hallyday lors des obsèques de Johnny à Paris, le 9 décembre 2017.

La chronique de Stéphane Bern: L'amour en héritage

Laeticia Hallyday, Laura Smet et David Hallyday lors des obsèques de Johnny à Paris, le 9 décembre 2017.
AFP
Culture 4 min. 25.02.2018

La chronique de Stéphane Bern: L'amour en héritage

Chaque samedi, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Cette semaine, il nous parle du clan Hallyday qui se déchire pour l'héritage colossal du chanteur populaire.

Par Stéphane Bern

Sacha Guitry, qui s’y connaissait en matière de brouilles familiales, disait: «Une famille heureuse et unie est une famille qui n’a pas encore hérité». Cela se vérifie tous les jours dans les cabinets des notaires où les fratries les plus aimantes se disputent six cuillères en argent et finissent par ne plus jamais se parler autrement que par avocats interposés!

Mais ce phénomène est davantage amplifié lorsque cette famille appartient au domaine public, ce qui, convenons-en, est le cas du clan Hallyday. Il est vrai qu’il y a dans la bataille pour l’héritage du chanteur populaire Johnny Hallyday, dont le testament est contesté par ses deux premiers enfants, tous les ingrédients d’une saga à la Dallas dont les gazettes sont friandes.

Cette appétence du public pour la succession du rockeur et cette propension qu’ont les uns et les autres à se prononcer pour la veuve éplorée Laeticia ou pour les enfants lésés Laura et David, attestent du phénomène d’identification qui touche tout le monde.

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort, chaque week-end
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort, chaque week-end
LW

Chacun se projette dans cette guerre qui se profile même si les protagonistes ont tous un point commun: ce sont des personnalités connues du grand public et qui occupent le devant de la scène médiatique telles Sylvie Vartan, Nathalie Baye, Laura Smet ou David Hallyday.

Le patrimoine de Johnny Hallyday représenterait plusieurs dizaines de millions d’euros dont d’importants investissements immobiliers avec, entre autres, deux luxueuses maisons de 500 mètres carrés environ avec piscine, l’une à Los Angeles et l’autre à Saint-Barthélemy, dans les Antilles françaises, où il est désormais enterré.

Ces deux villas sont estimées chacune entre 10 millions et 15 millions d’euros, selon plusieurs médias. En métropole, sa propriété de Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), une villa cossue entourée d’un parc, est en vente autour de 15 millions d’euros.

Johnny Hallyday possédait également une Bentley Continental d’une valeur de quelque 350.000 euros, et de grosses cylindrées. A cela s’ajoute le patrimoine musical du chanteur qui comprend plus d’un millier de chansons. Cela représente une cinquantaine de millions d’euros de redevances à percevoir sur 70 ans, la durée de protection des droits de chanteur-interprète.

C’est sa veuve, Laeticia, mère des deux derniers enfants du chanteur, Jade et Joy, qui détient les droits moraux de Johnny et qui, à ce titre, vient d’autoriser la sortie de l’album posthume contre lequel s’élèvent ses aînés David et Laura.

C’est avec «stupéfaction et douleur» que Laura et son frère ont découvert, à leur grande surprise, que leur père avait rédigé devant notaire et en anglais en juillet 2014 un dernier testament qui les écartait de sa succession, assurant qu’il leur avait versé déjà des avances d’hoirie en leur versant des parts d’une maison parisienne ou des aides pour financer l’achat d’appartements.

Si, selon la loi française, Johnny ne pouvait pas priver ses enfants de son héritage, il en va différemment aux Etats-Unis, et particulièrement en Californie où il est possible de déshériter ses enfants. «La vérité des montages juridiques et la vérité des chiffres seront bientôt établies par la justice» a fait valoir Laura Smet dans un communiqué envoyé à la presse.

Si les sommes allouées par Johnny à ses aînés changent la perception du conflit du fait qu’ils ne peuvent plus dire qu’ils ont été totalement exclus, les évaluations tendent à montrer que Laura et David n’ont reçu qu’entre 1 et 3% seulement de la réserve héréditaire qui leur revient.

Pour l’heure, la bataille juridique qui s’engage s’annonce longue et coûteuse, d’autant qu’elle gèle la succession, la vente éventuelle de la maison près de Paris ou même les droits artistiques versés par la Sacem à trois sociétés de gestions des droits d’auteur… gérées par Elyette Boudou, alias Mamie Rock, la grand-mère de Laeticia.

Seul un procès pourra déterminer si le testament de Johnny enregistré en Amérique est valide ou si c’est plutôt le droit français qui s’applique. Chacun a ses raisons et avance ses arguments. Mais derrière l’appât des millions, d’autres valeurs sont en jeu: l’héritage moral d’un chanteur populaire, la pochette d’un disque, une guitare souvenir ou les droits d’une chanson «Laura» écrite sur mesure. Le seul trésor qui vaille, c’est l’amour en héritage.


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