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La chronique de Stéphane Bern: Honni soit qui mal y pense
Culture 3 min. 19.05.2018

La chronique de Stéphane Bern: Honni soit qui mal y pense

Culture 3 min. 19.05.2018

La chronique de Stéphane Bern: Honni soit qui mal y pense

Stéphane Bern revient ce samedi sur l'événement de ce weekend dans le monde: le mariage de Meghan et du prince Harry, en Grande-Bretagne.

Il est certaines gourmandises qui se dégustent en cachette. On se défend d’y toucher mais on les consomme avec délectation. Quand on interroge le public, il prétend que le mariage princier de ce matin, celui du prince Harry de Galles avec l’actrice américaine Meghan Markle, ne l’intéresse pas et ne le concerne en rien. 


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Pourtant, à chaque fois que la télévision le retransmet – et j’assurerai les commentaires sur France 2 – un tel événement atteint des scores d’audience qu’aucun débat sociétal sérieux ne pourra jamais égaler. 

Et cependant, ces mariages princiers en disent long de l’état de nos sociétés, de nos peurs, de nos espoirs, de notre recherche de sacralité et de notre identification (malgré nous) aux contes de fées modernes dans la droite ligne de ceux qui ont bercé notre enfance. 

Dans un monde violent, tourmenté, en proie à l’incertitude, la monarchie britannique – mais j’ajouterais, la nôtre aussi, au Grand-Duché – incarne un élément fondamental de stabilité et de continuité historique, un socle intangible et pérenne dans un environnement en perpétuel mouvement. 

Il est de bon ton dans les dîners ou entre amis de se moquer, d’ironiser sur une institution qui paraît anachronique et désuète. Mais derrière cette curiosité qui nous anime secrètement et de ce regard un peu moqueur, il y a une réelle fascination populaire pour ces rites immuables et intemporels, pour ce décorum d’un autre temps qui tend l’Histoire si présente et réelle… Ce mariage anglais entre le fils de Diana et du prince de Galles avec une actrice de série américaine divorcée et métisse en dit long sur la société britannique. 

De son manteau d’hermine, la reine Elizabeth couvre une nouvelle révolution de velours, sans heurts, celle qui réduit encore davantage le fossé qui s’était creusé à la mort de Diana entre le peuple et sa monarchie. Une première étape avait été franchie en ouvrant le palais de Buckingham à la Middle Class, lorsque William avait épousé il y a sept ans Kate Middleton. 

Aujourd’hui, avec Harry et Meghan, c’est une main tendue de l’institution royale à cette Angleterre multi-raciale et multi-ethnique. Nommé ambassadeur de la jeunesse du Commonwealth, le prince Harry est comme sa future femme attaché à l’Afrique où ils ont multiplié les initiatives humanitaires et caritatives, l’une au Rwanda, l’autre au Lesotho pour les orphelins du sida. 

Ensemble, ils vont continuer, et ce n’est pas un hasard s’ils ont choisi dès leurs fiançailles de visiter la banlieue de Brixton où s’étaient déroulées des émeutes raciales dans les années 80. 

La monarchie est l’une des institutions qui peut le mieux s’adapter aux circonstances et s’adapter en permanence car elle puise ses racines au plus profond de l’Histoire et joue un rôle symbolique, c’est-à-dire arbitral, qui cimente et rassemble. 

Certes, le mariage du prince Harry, sixième seulement dans l’ordre de succession au trône, n’a aucune incidence politique, mais le fils de Diana au parcours chaotique, qui s’est racheté par ses actions charitables et son service sous les drapeaux, reste la coqueluche des Britanniques. 

Il incarne à sa manière le renouveau de la monarchie autant que son incroyable vitalité. Il est vrai que ce mariage dope le tourisme et dynamise une économie perplexe à cause du Brexit. On estime à 600 millions d’euros les bénéfices de la monarchie pour l’économie britannique…quand elle ne coûte que le prix d’un timbre par an et par habitant ! C’est dire si ce mariage n’est pas aussi anecdotique qu’il en a l’air sur papier glacé.

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