Changer d'édition

La chronique de Stéphane Bern: Enchanter l’Europe en chantant
Culture 3 min. 12.05.2018

La chronique de Stéphane Bern: Enchanter l’Europe en chantant

Culture 3 min. 12.05.2018

La chronique de Stéphane Bern: Enchanter l’Europe en chantant

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il revient cette semaine sur le concours de l'Eurovision qui a lieu ce samedi soir à Lisbonne.

L’Europe reprendrait-elle soudain des couleurs? Après la remise du Prix Charlemagne au président de la République française Emmanuel Macron, à Aix-la-Chapelle, l’Europe de la culture qui est aussi celle du patrimoine est réunie ce samedi soir à Lisbonne pour la 63ème édition du Concours Eurovision de la Chanson sur la scène monumentale de l’Altice Arena.

Certes, certains s’attacheront davantage aux pronostics des bookmakers qui parient sur la victoire d’Eleni Foureira de Chypre qui a repris l’avantage sur l’originale Netta Barzilai qui représente Israël, alors que la Norvège et la France font figure d’outsiders en embuscade, ces derniers avec une magnifique chanson qui raconte l’odyssée de «Mercy», une petite fille née pendant une traversée migratoire.


Eurovision 1993: "Le Luxembourg ne voulait pas gagner"
A quelques jours de la finale 2018 du Concours Eurovision de la chanson qui aura lieu ce samedi, le musicien Jimmy Martin se souvient avec amertume de sa participation en 1993 au sein du duo Modern Times pour le Luxembourg.

D’autres établissent des statistiques savantes pour trouver l’équation parfaite de la victoire: il faut une femme soliste, de préférence jeune, qui chante en anglais et qui passe… à la 17ème position. Partout en Europe, depuis les résultats des deux demi-finales mardi et jeudi soir, les esprits s’échauffent: certains pour saluer l’élimination de la Russie qui, provocation ultime, avait dépêché au Portugal pour la représenter la chanteuse et compositrice Julia Samoylova, atteinte d’une maladie handicapante, à qui les autorités ukrainiennes avaient refusé l’an dernier un visa d’entrée à Kiev au prétexte qu’elle est allée chanter en Crimée annexée par les Russes, en utilisant la voie terrestre, un geste vécu comme une provocation diplomatique…

D’autres regrettent l’élimination de la chanteuse belge Sennek, de la Grecque Yianna Terzi ou de la Suisse. Mais ainsi va le verdict des votes populaires. Qu’importe, vingt-six pays restent en compétition pour la grande finale de ce soir et participeront donc à l’événement européen le plus important et le plus regardé à la télévision… après la coupe d’Europe de foot. 

A ceux qui s’interrogent sans cesse sur la manière de rendre l’Europe plus attrayante que les directives bruxelloises, plus colorée que les costumes gris des fonctionnaires du Kirchberg et plus sexy que les passes d’armes au parlement de Strasbourg, on a une furieuse envie de les inviter à regarder cet autre visage de l’Europe, celui de la chanson, donc de la culture, et qui réussit à enthousiasmer deux cent millions de téléspectateurs, y compris en Australie ou en Chine. 

N’en déplaise aux esprits chagrins et goguenards qui traitent par le mépris ces réjouissances populaires, cette carte postale de l’Europe de la chanson est un hymne à la tolérance, à l’ouverture aux autres, un pont jeté entre les cultures différentes mais avec la conscience de partager un même destin sur ce vieux continent qui a traversé tant d’épreuves.


Eurovision 2018 : qui sont les dix derniers qualifiés ?
Dix-huit pays étaient encore en liste jeudi soir espérant décrocher une place pour la finale de la 63e édition de l'Eurovision. Retour en photos sur les dix derniers qualifiés. Xavier Bettel d'ailleurs présent à Lisbonne, samedi soir. Il explique pourquoi.

Autre signe encourageant, loin des airs frelatés de la musique mondialisée, la 63ème édition de l’Eurovision s’ouvrira avec des fados des stars Mariza et Ana Moura, et sera ponctuée par la bouleversante chanson du vainqueur portugais de 2017, Salvador Sobral. 

Le retour de l’authenticité ? Sans aucun doute. Et si je regrette l’absence du Concours du Luxembourg et de Monaco, comme à la grande époque, je me réjouis de la célébration de l’amitié entre le Grand-Duché et le Portugal par la présence à Lisbonne de Xavier Bettel. Il serait dommage d’oublier que l’Eurovision constitue avant tout une vision festive de l’Europe, puisque chacun des quelque 43 pays participants envoie son meilleur ambassadeur pour réenchanter le monde, quitte à ce que la performance vocale et scénique flirte sans retenue avec le folklore le plus kitsch. 

Car, après tout, ces derniers temps les moments festifs se sont fait rares en Europe, surtout ceux qui sont de nature à fédérer des cœurs qui croient encore en un avenir commun.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.