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La chronique de Stéphane Bern: En haut de l’affiche
Culture 3 min. 30.10.2016

La chronique de Stéphane Bern: En haut de l’affiche

Stéphane Bern est chroniqueur pour le «Luxemburger Wort».

La chronique de Stéphane Bern: En haut de l’affiche

Stéphane Bern est chroniqueur pour le «Luxemburger Wort».
Culture 3 min. 30.10.2016

La chronique de Stéphane Bern: En haut de l’affiche

Maurice FICK
Maurice FICK
Dans sa chronique hebdomadaire, Dans l'Air du temps, Stéphane Bern nous parle de Charles Aznavour, le chanteur-compositeur qui, à 92 ans, «poursuit sa route avec une énergie peu commune». Le créateur de la Bohème vient d'inaugurer son étoile sur le fameux «Walk of Fame» à Hollywood.

L’inconvénient majeur de la longévité artistique est de transformer un être de chair et de sang en un monument international. Déjà statufié dans son pays d'origine l'Arménie, qui l'a de surcroit nommé ambassadeur itinérant et à l'ONU, le chanteur Charles Aznavour se voit récompensé d'un nouvel honneur alors qu'il effectue, à 92 ans, une tournée nord-américaine qui l'a conduit de Montréal à Miami et de New-York à Los Angeles.

C'est d’ailleurs dans la cité des anges et du cinéma que le grand Charles a inauguré hier son étoile sur le boulevard de la célébrité (Walk of Fame) devant le Pantage Theater en présence de Kevin de Leon, membre du Sénat de l'État de la Californie qui a rendu hommage lors d'une cérémonie à cet «artiste de légende», créateur de la Bohème et qui a écrit plus de 1.200 chansons dans 8 langues différentes et qui refuse de prendre sa retraite – «qui sonne comme défaite», dit-il – ou même de renoncer à ses tournées à travers le monde, ses publications de livres et ses compositions… «car je m'amuse et ne saurais pas faire autre chose».

Il a même renoncé à sa tournée d'adieu pour une tournée de nouvelle jeunesse qui le mènera dans quelques jours à Anvers, Lisbonne ou Paris. Pour preuve sa nouvelle étoile gravée dans le macadam d'Hollywood Boulevard ne croise jamais Sunset boulevard, celui du crépuscule.

Devant la mine médusée des journalistes, mais pour le bonheur de ses fans extatiques en plein «revival» et qui se dopent à la nostalgie, Charles Aznavour se moque gentiment de ceux qui, à son âge, ont pris leur retraite. Trop content d'être vivant, voulant jouir de chaque instant, le chanteur compositeur poursuit sa route avec une énergie peu commune. «Je suis entré dans le cinquième âge. Et j'espère aller comme ça jusqu'au sixième et au septième âge. Je ne suis pas entré dans la vieillesse, la porte était fermée», blague-t-il à la fin d'un programme de 25 chansons «d'hier, d'avant-hier et d'antan», comme il les a présentées.

Loin d'essayer d'occulter son âge, Aznavour joue cartes sur table en confiant que sa vue n'est plus ce qu'elle était, qu'il n'entend plus très bien non plus et, surtout, qu'il n'a plus de mémoire. Mais qui songerait à reprocher à ce jeune homme de 92 ans, de la trempe des Jean d'Ormesson, René de Obaldia, Jean Piat ou Pierre Cardin, de subir sur scène le poids des ans en offrant une prestation plutôt statique tandis que sa voix a un peu perdu de son coffre mais rien de son vibrato émotionnel ?

Les spectateurs, toutes générations confondues, viennent le voir pour communier dans la même célébration de souvenirs liés à des chansons d'Aznavour, à des émotions intemporelles et à un mélange de mélancolie et de nostalgie, que suscitent invariablement dans une ovation unanime ces chefs-d'œuvre que son Mes emmerdes, Hier encore, Les plaisirs démodés, Les deux guitares, la Mama, La bohème et Emmène-moi

L'artiste qui se «voyait déjà en haut de l’affiche» aura réussi l’exploit de mettre des mots sur les maux et de rassembler toutes les générations. Son étoile à Hollywood brillera pour toujours.

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