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La chronique de Stéphane Bern: Dog save the Queen
Culture 3 min. 21.04.2018

La chronique de Stéphane Bern: Dog save the Queen

La chronique de Stéphane Bern: Dog save the Queen

AFP
Culture 3 min. 21.04.2018

La chronique de Stéphane Bern: Dog save the Queen

Chaque samedi, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps".

Imminente naissance attendue chez les Cambridge, préparatifs du mariage en mai du prince Harry avec Meghan Markle, sommet du Commonwealth à Londres, la reine Elizabeth II aurait toutes les raisons de savourer un bonheur sans nuage alors qu’elle fêtera le 21 avril son 92ème anniversaire. Pourtant, depuis dimanche dernier la souveraine britannique fait triste mine.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Si l’on en croit ses proches, la reine est en deuil de son corgi Willow, rongé par un cancer, décédé au château de Windsor à l’âge de 14 ans. Or Willow ne la quittait pas d’une semelle lors de ses déplacements fréquents entre ses quatre demeures. « Elle a été endeuillée par la mort de tous ses corgis, mais elle a été particulièrement touchée par la mort de Willow », a confié une source proche de Buckingham Palace, sans doute parce qu’il incarnait le dernier lien avec sa famille et son enfance. 

Habituée à vivre avec cette race de chien depuis son plus jeune âge, la reine considérerait que ce décès marque ainsi « la fin d’une ère ». En effet, Willow était la quatorzième génération de Pembroke Welsh corgis descendant de Susan, dont la reine mère avait fait cadeau à la princesse Elizabeth pour ses dix-huit ans. La tradition pourtant remonte à 1933 lorsque le roi George VI, alors duc d’York, avait introduit un corgi, Dookie, au sein de la famille royale.

Il ne reste à la reine que deux dorgis – croisement entre des corgis et des dachshund – Vulcan et Candy, mais aussi le corgi Whisper qu’elle avait adopté l’an dernier à la mort de son maître, qui n’est autre que son garde-chasse de Sandringham. Mais Willow avait un statut particulier : présent sur tous les portraits officiels de la reine pour ses 90 ans, il était le symbole de cette affection profonde qui unissait la souveraine à ses corgis depuis plus de soixante-dix ans.

Assurément, c’est la fin d’un règne canin, prélude d’une autre révérence royale à laquelle nul n’ose songer outre-Manche. Le chien adulé a été aussitôt inhumé dans le parc du château avec une plaque indiquant son nom et ce titre de « compagnon fidèle de la reine ». La disparition de Willow intervient seulement dix-huit mois après celle de Holly, décédée à 13 ans à Balmoral.

Les deux corgis ont été immortalisés aux côtés de la reine et de James Bond 007, alias Daniel Craig dans le court-métrage introductif aux Jeux Olympiques de Londres en 2012. Depuis 1945, la reine aura eu pas moins de trente corgis, dont nombre de descendants de Susan, à commencer par ses chiots Sugar et Honey, qui marquèrent la naissance d’une nouvelle dynastie de corgis royaux.

On aurait tort de moquer ce lien indéfectible entre la souveraine britannique et ses corgis, car ils furent pendant soixante-six ans de règne les confidents muets (mais non silencieux !) d’une reine qui ne pouvait se confier à personne d’autre sur sa mission sacrée. Les corgis de la reine, à l’inverse de certains courtisans, n’ont jamais mordu la main qui les nourrissait à 17h précises tous les jours, pas plus qu’ils n’ont été tentés de publier leurs mémoires ou de vendre à prix d’or les indiscrétions sur la vie intime à Buckingham Palace.

Les larmes de la reine pour Willow sont le tribut à la fidélité et à la loyauté jamais prises en défaut autant que la conscience lucide et résignée de la fuite inexorable du temps...

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