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La chronique de Stéphane Bern: Dior traverse le Channel
Culture 3 min. 16.02.2019

La chronique de Stéphane Bern: Dior traverse le Channel

La chronique de Stéphane Bern: Dior traverse le Channel

Culture 3 min. 16.02.2019

La chronique de Stéphane Bern: Dior traverse le Channel

Chaque samedi, l'animateur livre sa vision du monde dans sa chronique exclusive pour le Luxemburger Wort. Cette semaine, il nous parle de la grande exposition consacrée à la maison Dior au Victoria & Albert Museum à Londres.

A Londres, c’est l’événement, le seul qui selon Tristram Hunt, directeur du célèbre Victoria & Albert Museum, soit de nature à faire oublier le Brexit!

Le bal des expositions de printemps s’ouvre en grandes «pump and circumstances» avec une grande rétrospective Dior. Presque un mois avant la sortie annoncée du royaume de l'Union européenne, les noces de l'Angleterre avec la couture française sont en effet au beau fixe et célèbrent des relations de bon voisinage: le V&A accueille la plus grande exposition jamais consacrée à la maison Dior au Royaume-Uni.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Certes moins spectaculaire que la rétrospective du Musée des Arts Décoratifs à Paris dont elle a été adaptée et qui avait été saluée par un record de plus de 700.000 visiteurs, mais plus intimiste, l’exposition au Victoria & Albert Museum met l'accent sur les rapports de Christian Dior avec la Grande-Bretagne, en partenariat avec la maison Swarovski.

Une facette méconnue de son travail, mais qui se révèle passionnante: « Il n'est pas de pays, sauf le mien, dont la vie quotidienne me plaise plus, écrit Dior dans son autobiographie (Christian Dior et moi, 1957, Librairie Vuibert) J'aime ses usages, son sens de la tradition, sa politesse, son architecture et, ce qui est plus étonnant, sa cuisine. Je raffole de Yorkshire pudding, de poulet à la sauge, et je fais mes délices d'un breakfast avec thé, porridge, eggs and bacon...». On ne saurait mieux flatter la fibre patriotique de nos amis britanniques.

Réalisée par Orione Cullen, commissaire au V&A, et mise en scène par Nathalie Crinière, l'exposition regorge, en plus des robes sublimes de Dior et de ses six successeurs - de Saint Laurent en 58 à Maria Grazia Chiuri aujourd'hui, en passant par Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano ou Raf Simons - d'anecdotes et de documents historiques témoignant de la fascination du couturier pour le Royaume-Uni.

Monsieur Dior, qui faisait fabriquer ses costumes sur mesure dans Savile Row, reçoit au printemps 1949, dans ses salons parisiens, la princesse Margaret, 18 ans à l'époque.

Photo de Cecil Beaton de 1951 montrant la princesse Margaret et sa robe Dior en tulle blanc
Photo de Cecil Beaton de 1951 montrant la princesse Margaret et sa robe Dior en tulle blanc

À son retour à Londres, elle commande son tout premier modèle, une longue robe de tulle blanc. Un an plus tard, le couturier organise son premier défilé londonien, à l'hôtel Savoy. Le lendemain, une présentation est coordonnée à l'Ambassade de France, en présence de la famille royale dont la princesse Margaret, sa mère la reine Elizabeth, la belle-sœur de celle-ci, Marina duchesse de Kent et sa sœur la princesse Olga de Grèce, avec des mannequins appliqués à sortir de la pièce à reculons pour respecter le protocole qui interdit de tourner le dos à la reine...

C’est elle qui demande alors elle-même aux jeunes femmes de se retourner, afin qu'elle puisse voir le dos des modèles... «Nous avons découvert que, puisque tout était gardé confidentiel pour des raisons de sécurité, ils ont qualifié le défilé d'opération Reverencia» raconte Oriole Cullen.

Cette plongée dans l’univers de Christian Dior connaît son point d’orgue avec la présentation en majesté de la robe d'anniversaire de la princesse Margaret, immortalisée dans un célèbre portrait de Cecil Beaton le jour de ses 21 ans en 1951, et présentée pour la première fois en dehors du Museum of London, où elle était conservée.

Comme le rappelle Tristram Hunt, le couturier était fasciné par la monarchie britannique. «Dans ses mémoires, il parle beaucoup de son enfance en Normandie et de son affinité avec l'Angleterre car, après tout, il n'y avait qu'un canal entre lui et cette terre. Il en avait une vision romantique sublimée, il affichait une passion pour l'aristocratie et la royauté, les Anglaises en tweed... Il vient à Londres pour la première fois à 21 ans, en 1926, et raconte l'incroyable sensation de liberté qui le submerge alors».

Christian Dior, qui écrivait en 1957 que «dans le monde actuel, la haute couture est l’un des rares dépositaires du merveilleux» mérite bien le titre de «couturier des rêves». Au Victoria & Albert Museum, soixante ans après sa disparition, il a réalisé le sien; le monde et la ville accourent pour découvrir son royaume enchanté.