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La Chronique de Stéphane Bern: Des noces promotionnelles
Culture 2 min. 14.10.2016

La Chronique de Stéphane Bern: Des noces promotionnelles

Stéphane Bern est chroniqueur pour le Luxemburger Wort.

La Chronique de Stéphane Bern: Des noces promotionnelles

Stéphane Bern est chroniqueur pour le Luxemburger Wort.
Culture 2 min. 14.10.2016

La Chronique de Stéphane Bern: Des noces promotionnelles

Maurice FICK
Maurice FICK
Dans sa chronique hebdomadaire, Stéphane Bern revient indirectement sur le «nation branding». En Albanie, vient d'avoir lieu le mariage du prince Leka II des Albanais avec la jeune actrice Elia Zaharia. «Rien ne vaut un mariage royal pour faire parler autrement de notre pays trop souvent méconnu», s'est réjoui le Premier Ministre albanais.

Qui aurait pu imaginer un jour que l'Albanie, le pays le plus fermé au temps du communisme sous la férule du dictateur Enver Hoxha, renouerait les fils distendus de sa mémoire et se réconcilierait avec son passé ? Depuis le retour de la démocratie, les dirigeants de la République qui se sont succédé à Tirana peinaient à modifier l'image détestable du «pays des aigles»: mafia, corruption, trafic d'armes ou de drogues… aucun cliché ne lui aura été épargné.

Aussi est-ce avec enthousiasme que le Premier Ministre socialiste Edi Rama, artiste lui-même, a accueilli comme une aubaine le mariage du prince Leka II des Albanais – petit-fils du roi Zog Ier et de la reine Géraldine, chassés de Tirana par les troupes de Mussolini en avril 1939 – avec une jeune actrice Elia Zaharia, formée au Conservatoire de Bordeaux et au cours Florent.

Pour l'occasion, le gouvernement albanais a mis le palais des Brigades – ancien palais royal construit sous le règne de Zog Ier – à la disposition du couple princier pour organiser une cérémonie digne d'une monarchie du nord, à la fois fastueuse et simple, avec ce qu'il faut de protocole folklorique pour donner à tout cela des airs de Tintin dans «Le sceptre d'Ottokar».

Le couple a fait son entrée dans l'ancienne salle des fêtes au son de l'hymne royal interprété par la fanfare de la garde républicaine et s'est présenté devant le jeune maire de Tirana, Erion Vielaj, sous le buste imposant du héros national Skanderbeg. Mais le plus extraordinaire c'est que le pays le plus fermé d'Europe, longtemps fier de son isolement, a attiré pour l'événement un rassemblement inédit de familles royales, toutes attirées par une légitime curiosité pour l'Albanie moderne.

La reine Sofia d'Espagne, l'impératrice Farah Pahlavi, la princesse Lalla Meriem sœur du roi du Maroc, le prince et la princesse Michaël de Kent, le prince Philippe et la princesse Isabelle de Liechtenstein, le prince Guillaume et la princesse Sybilla de Luxembourg, la princesse Léa de Belgique, la grande-duchesse Maria de Russie, la princesse héritière Margarita de Roumanie, l'archiduc Georg d'Autriche, le prince Georg Friedrich de Prusse, le prince Mohammed Ali d'Egypte, le prince et la princesse Michel de Grèce, le prince et la princesse Alexandre de Serbie, le prince Nicolas du Monténégro, les princesses Maria-Pia et Marie-Gabrielle de Savoie… «Il y a tous les représentants des pays qui autrefois convoitaient ou ont envahi l'Albanie», s'amuse Frédéric Mitterrand qui présentera bientôt sur Arte un film consacré à la reine Géraldine.

Belle ironie de l'Histoire: avant l'Albanie, les autorités serbes, roumaines, monténégrines ont déjà perçu l'avantage de redonner une place aux familles royales anciennement régnantes qui, à défaut de reconquérir leur pouvoir, ont retrouvé intacte l'affection populaire et incarnent la continuité de la nation. Le Premier Ministre albanais s'en est réjoui: «Rien ne vaut un mariage royal pour faire parler autrement de notre pays trop souvent méconnu». Un message que devraient méditer les pays qui cherchent à renforcer leur image de marque par du «nation branding»!

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