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La chronique de Stéphane Bern: Des étoiles pour des toiles
Culture 1 3 min. 30.06.2018

La chronique de Stéphane Bern: Des étoiles pour des toiles

La prestation du couple Carter (le nom de Beyoncé et Jay-Z à la ville) a fait connaître les trésors du Louvre à des fans extatiques qui n’en avaient jamais entendu parler.

La chronique de Stéphane Bern: Des étoiles pour des toiles

La prestation du couple Carter (le nom de Beyoncé et Jay-Z à la ville) a fait connaître les trésors du Louvre à des fans extatiques qui n’en avaient jamais entendu parler.
Culture 1 3 min. 30.06.2018

La chronique de Stéphane Bern: Des étoiles pour des toiles

Dans son «air du temps», notre chroniqueur Stéphane Bern analyse le buzz vidéo du couple de stars Beyoncé et Jay-Z devant la Joconde. Un «clip politique» selon le manager Gert Van Overloop mais surtout un joli «coup de com» pour le Musée du Louvre!

Pouvait-on rêver plus fabuleuse opération de promotion, de ces succès dont rêvent jalousement toutes les institutions de la terre en mal d’exposition médiatique? Plus de 10 millions de vues en 24 heures seulement pour le couple de stars Beyoncé et Jay-Z devant la Joconde: avec leur nouveau clip, le musée du Louvre s'offre un gigantesque «coup de com» en espérant élargir son public qui compte déjà 8,1 millions de visiteurs annuels.

Mais assurément, Beyoncé et Jay-Z permettent au Louvre de toucher d’autres cibles, peut-être moins sensibles à l’art pictural et à la statuaire. Car, chemin faisant, dans le clip d’Apeshit, tiré de leur nouvel album «Everything is love», s’il change dix fois de tenue et adopte des looks très clinquants, le couple star du r'n'b et du rap se fait filmer devant dix-huit chefs-d’œuvre incontournables des collections du Louvre.


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

De la Victoire de Samothrace au Radeau de la Méduse de Géricault, en passant par le Sacre de Napoléon de David, devant lequel se déhanchent des danseuses en tenue chair, Queen B et Jay-Z posent aussi devant la Joconde, pour offrir à Mona Lisa la plus belle diffusion internationale. La Vénus de Milo n’est pas oubliée, tout comme le Serment des Horaces, l’enlèvement des Sabines et les Noces de Cana.

A en juger par le buzz que le clip a suscité sur les réseaux sociaux, la prestation du couple Carter (leur nom à la ville) a fait connaître les trésors du Louvre à des fans extatiques qui n’en avaient jamais entendu parler ou découvraient pour la première fois ces chefs-d'œuvre valorisés et sublimés… même si les références incessantes à l’alcool et à l’argent – dix-neuf fois ! – ont quelque peu gâché le plaisir des puristes et des historiens de l’art.

Mais avec la même souplesse que Beyoncé dansant, la direction du Louvre doit faire le grand écart entre «rester ferme sur ses fondamentaux» et s’ouvrir au monde pour «toucher un public plus large». Le premier musée du monde met déjà à profit son patrimoine en accueillant des soirées privées et des défilés de mode, il sert aussi régulièrement de lieu de tournage pour des documentaires ou des films comme «Da Vinci Code» ou le troisième volet de «50 nuances de Grey», alors qu’on se souvient tous, de la série télé des années 65, «Belphégor», avec Juliette Gréco.

«C'est un clip politique»

Ces tournages ont généré en 2017 des redevances à hauteur de 400.000 euros, une goutte d’eau au regard des 145 millions d’euros de recettes. Ce n’est donc pas les deux nuits de location du Louvre à 40.000 euros qui ont été déterminantes dans la décision du musée de laisser Beyoncé et Jay-Z déambuler librement devant les œuvres d’art pour tourner leur clip.

Mais si le Louvre avait voulu montrer qu’il n’est pas qu’une vieille institution figée dans le marbre et la pierre, et qu’il sait faire dialoguer les beaux-arts avec la musique et la danse, alors le pari est réussi, d’autant que la beauté des œuvres est conjuguée à celle des chorégraphies du danseur belge Sidi Larbi Cherkaoui.

Pour son manager, Gert Van Overloop, cette vidéo de six minutes a une portée politique évidente pour ces deux artistes engagés dans la défense de la cause noire. «C’est un clip politique pour affirmer l’égalité de la culture afro-américaine et plus généralement noire, avec la culture blanche» explique-t-il.

Loin de ces considérations, le musée du Louvre a vite compris son intérêt: cette année, 70% des 8,1 millions de visiteurs du Louvre étaient étrangers, deux tiers venaient pour la première fois et la moitié d'entre eux avaient moins de 30 ans.

Pragmatiques, les guides préparent déjà pour cet été un parcours de visite sur les traces des œuvres montrées par Beyoncé et Jay-Z afin de profiter pleinement de cette opération de communication rondement menée.

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.