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La chronique de Stéphane Bern: Charité bien ordonnée
Culture 3 min. 03.02.2018

La chronique de Stéphane Bern: Charité bien ordonnée

L'actrice américaine était en Jordanie où elle s'est rendue dimanche dernier dans le camp de réfugiés de Zaatari qui accueille quelque 80.000 réfugiés syriens ayant fui la guerre dans leur pays.

La chronique de Stéphane Bern: Charité bien ordonnée

L'actrice américaine était en Jordanie où elle s'est rendue dimanche dernier dans le camp de réfugiés de Zaatari qui accueille quelque 80.000 réfugiés syriens ayant fui la guerre dans leur pays.
AFP
Culture 3 min. 03.02.2018

La chronique de Stéphane Bern: Charité bien ordonnée

Chaque week-end, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Il revient cette fois sur l'engagement public de la star Angelina Jolie qui appelle à «régler le conflit et à construire la paix en Syrie» plutôt que de l'aide humanitaire qui «n'est pas la solution à long terme.»

Par Stéphane Bern

Les images ont fait le tour du monde. L'actrice américaine Angelina Jolie, en visite éclair à Paris, a été photographiée sur le parvis du Louvre en compagnie de ses six enfants, Maddox, Pax, Zahara, Shiloh et les jumeaux Vivienne et Knox, juste avant d’aller rencontrer Brigitte Macron au palais de l’Elysée. 

C’est la star qui a demandé à rencontrer l’épouse du président de la République pour un entretien qui a duré un peu plus d’une heure, en anglais, dans le bureau de la Première Dame. 

Toutes deux ont principalement abordé les thèmes de l’éducation et des violences faites aux femmes. Angelina Jolie a également présenté ses activités et ses engagements, en particulier son rôle d’envoyée spéciale du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, qu’elle honore depuis avril 2012. 

Il est vrai qu’au titre d’Ambassadrice de bonne volonté du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l'actrice américaine arrivait de Jordanie où elle s'est rendue dimanche dernier dans le camp de réfugiés de Zaatari qui accueille quelque 80.000 réfugiés syriens ayant fui la guerre dans leur pays. 

Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
Stéphane Bern, chroniqueur pour le Luxemburger Wort
LW

Devant la presse internationale, Angelina Jolie a martelé qu’à «long terme, l'aide humanitaire n'est pas une solution... Nous exhortons les membres du Conseil de sécurité à agir pour régler le conflit et à construire la paix en Syrie». Autant prêcher dans le désert? 

Justement, le président britannique de la Charity Commission, William Shawcross, à l’expiration de son mandat, vient, dans une tribune publiée par le Daily Telegraph qui fait grand bruit, d’inviter «les grands organismes de bienfaisance à cesser de recruter des célébrités, et se concentrer davantage sur les gens qu'ils sont censés aider», «je crains que trop de grandes organisations caritatives soient trop axées sur la poursuite du prochain contrat de service public, du plus grand retour de collecte de fonds, ou à la recherche de la célébrité qui va leur assurer la plus grande croissance ou la meilleure exposition médiatique». 

La vindicte de William Shawcross a fait mouche dans un pays en général très philanthrope qui, en 2014, avait été frappé de plein fouet par différents scandales financiers touchants les œuvres de bienfaisance. Il invite les organisations caritatives à s'interroger sur leur existence quand toute l’énergie est davantage focalisée sur leur rayonnement que sur la redistribution efficace des fonds récoltés et sur l’aide matérielle directe sur le terrain. 

William Shawcross, 71 ans, quitte ses fonctions de président de la commission de régulation des associations caritatives le mois prochain après un mandat de cinq ans. 

Dans la foulée du scandale du comportement des hommes d'affaires de la City envers les jeunes femmes qui servaient lors du dîner caritatif du Club des Présidents, M. Shawcross a non seulement raison de préciser que «la fin ne justifie pas les moyens», mais appelle les organisations caritatives à un sursaut de rigueur dans la gestion administrative et financière des dons pour restaurer la confiance ébranlée du public et servir davantage les causes pour lesquelles elles se sont engagées, que les stars internationales qui en sont les ambassadrices et s’offrent ainsi une image immaculée de passionaria pour les causes les plus nobles. 

On pourrait lui opposer la sincérité des combats enfourchés par des célébrités sans lesquelles les sans-voix ne sauraient se faire entendre. Elles donnent, après tout, une visibilité à toutes les causes qu’elles servent, mais à condition de ne pas en détourner l’attention. Pour faire mentir l’axiome ô combien égoïste: la charité bien ordonnée commence par soi-même !

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