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L'Espagne à bout de bras pour l'OPL

L'Espagne à bout de bras pour l'OPL

Photo: Alfonso Salgueiro Lora
Culture 5 8 min. 16.11.2018

L'Espagne à bout de bras pour l'OPL

Samedi soir s'achèvera à Oviedo la nouvelle tournée espagnole de l'OPL. En atterrissant dimanche à l'aéroport du Findel, les musiciens auront un bref moment de répit avant leur prochain rendez-vous.

Madrid, Valencia

Louer un semi-remorque pour le transport des instruments, un avion pour les musiciens et accompagnateurs, réserver des hôtels et des salles de concerts à chaque étape, sans oublier le chef d'orchestre et les solistes et finalement envoyer le tout sur la route. Une tournée d'un orchestre est à chaque fois un travail de longue haleine et de haute voltige.

Même si le mode d'emploi s'est avéré efficace au fil du temps «on n'est jamais à l'abri du problème de dernière minute, du petit détail qui change tout. Il faut prévoir à l'avance pour une fois arrivé sur place, n'avoir à gérer que l'imprévu»: Geoffroy Guirao, le responsable de la production de la tournée, organisée en partenariat avec une agence espagnole, est confiant.

En se déplaçant à San Sebastián, Madrid, Valencia et Oviedo, l'Orchestre philharmonique du Luxembourg ne se retrouve pas en terres inconnues. En 2016 déjà, mais aussi en 2017, l'orchestre était invité en Espagne. Son chef Gustavo Gimeno, originaire de Valencia, n'est pas étranger à cette présence répétée. «En 2016, nous avons scellé la notoriété de l'orchestre. Aujourd'hui on nous invite à nouveau», se félicite le producteur.

«On a heureusement un chef espagnol et non d'un pays nordique. En Espagne, les salles sont superbes, on y mange et boit très bien...», estime pour sa part le contrebassiste Thierry Gavard.

«Il est important de nouer des liens forts et durables avec les organisateurs espagnols qui plus que jamais s'intéressent à notre travail», confiait Gustavo Gimeno à quelques jours du coup d'envoi de la tournée de son orchestre.

Lundi en fin d'après-midi, les musiciens arrivent à leur hôtel de Madrid, profitent d'un bref moment de repos avant de s'engouffrer dans l'imposant Auditorio nacional de Música. Une salle que l'orchestre connaît bien pour y avoir déjà joué. «On est habitués à l'acoustique de la Philharmonie. Ici, à Madrid, tout change, le moindre détail passe, il faut s'habituer et faire attention», note la percussionniste Béatrice Daudin, qui en ce deuxième jour de tournée n'est pas de service...

«Même si l'Espagne n'est plus une inconnue pour nous, chaque tournée est différente. Le programme et les solistes changent. C'est comme un chirurgien qui tous les jours opère un appendice. Même s'il sait ce qu'il doit faire, il doit être au top à chaque fois. Nous aussi. Une tournée reste un moment relationnel fort, qui forme, reforme, voire aussi déforme, un orchestre.

Cinq jours de voyage, de vie commune, ne posent pas de problèmes. C'est certain. Si par contre on partait pour deux ou trois semaines, des problèmes relationnels pourraient apparaître», note Thierry Gavard, qui se réjouit de travailler avec un chef «qui nous laisse jouer, nous fait confiance et ne nous met pas une pression négative».

Les Madrilènes au rendez-vous

Lundi soir, le public madrilène est au rendez-vous. L'Auditorio est plein comme un œuf. Au programme figurent le concerto pour violon de Beethoven – véritable leitmotiv de la tournée porté par la soliste Vilde Frang – et la cinquième symphonie de Tchaïkovski, présentée en alternance à la quatrième symphonie de Mahler avec la soliste Miah Persson.

Gustavo Gimeno se montre des plus inspirés devant son public. Le concerto de Beethoven est – grâce à la profonde sensibilité de la violoniste – d'une limpidité et d'un raffinement extrêmes. Tout le contraire de la symphonie du maître russe. Le chef et l'orchestre s'en donnent à cœur joie, soulignant le côté explosif et grandiose de l'imposante œuvre. La marche triomphale finale est un moment de pur bonheur pour Gimeno, qui s'offre même le luxe de ne plus diriger, mais de savourer l'instant. Malgré une toux persistante et une envie de quitter les lieux au plus vite, le public espagnol salue généreusement les invités du Grand-Duché.

Comme à son habitude, Vilde Frang offre en bis un extrait du «Kaiser»-Quartett de Haydn. Une soliste norvégienne jouant pour un public espagnol une mélodie d'un compositeur autrichien repris par la suite par les Allemands pour leur hymne national, le clin d’œil est plus qu'anecdotique.

Mardi matin, Catherine Gaul, la tour manager du périple, est aux aguets. Distribuant à chacun un ticket de train pour rejoindre Valencia en TGV, elle n'a pas le droit à l'erreur. Aucun musicien ne doit manquer à l'appel. Disciplinés, ces derniers se plient aux règles.

Arrivée et installation à l'hôtel de Valencia, raccord sur scène, court temps mort avant le concert: mardi l'inlassable rituel se répète. Sauf qu'ici, à Valencia, Gustavo Gimeno, l'enfant du pays issu d'une famille de musiciens, est attendu par son public, ses amis, sa famille et le maire de la ville. Le public du Palau de la Música, nettement plus chaleureux que celui de Madrid, ovationne chef, solistes et orchestre. La loge du maestro devient un lieu de retrouvailles émotionnelles.

Pendant ce temps-là, les techniciens de la Philharmonie, Klaus Künne, Max May et Marc Kessel, s'affairent: les instruments, tenues de concert et partitions doivent être rangés et chargés dans le semi-remorque, garé à proximité.

Les musiciens ont pu profiter mercredi d'une journée de relâche, avant la dernière ligne droite.


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