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L'Australie tend les bras à la directrice du Mudam
Culture 1 7 min. 11.08.2021
Culture

L'Australie tend les bras à la directrice du Mudam

L'installation d’œuvres de William Kentridge fait partie des satisfactions du bilan de Suzanne Cotter.
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L'Australie tend les bras à la directrice du Mudam

L'installation d’œuvres de William Kentridge fait partie des satisfactions du bilan de Suzanne Cotter.
Photo: Chris Karaba
Culture 1 7 min. 11.08.2021
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L'Australie tend les bras à la directrice du Mudam

Après quatre ans à la tête du Musée d'art moderne luxembourgeois, Suzanne Cotter rejoint son "jumeau" de l'autre côté du globe. Direction Sydney pour la responsable en place depuis 2018.

(pj avec Daniel CONRAD) Les courbes de l'opéra et le port de Sydney. La carte postale est classique mais ce sera prochainement le point de vue offert à Suzanne Cotter. En effet, Suzanne Cotter qui quittera la direction du Mudam en fin d'année va occuper la place de directrice du musée d'art contemporain (MCA). Avec donc panorama direct sur le Harbour Bridge. Un retour aux sources pour cette Australienne de naissance. Avant de quitter le Luxembourg, elle revient sur ces années ici qui lui auront permis de réduire les inhibitions et les préjugés à l'égard du Musée d'art moderne et contemporain. Même son coiffeur lui a dit...

Alors comme ça, vous fuyez l'Europe?

Suzanne Cotter : «Non, ce n'est pas une évasion, c'est un retour à la maison. Un retour personnel mais pour être nommée aussi à l'un des postes centraux du monde de l'art australien. Cela constitue une opportunité suffisamment excitante pour aller travailler là-bas.

Vous aurez donc fait un passage express au Luxembourg. De 2018 à fin 2021. Quel bilan en retirer?

«Eh bien, si l'on se projette en 2023, j'aurais accompagné et été responsable de 25 expositions au Mudam. J'aurais aussi présenté 20 œuvres de la collection du musée, dont beaucoup pour la toute première fois au public. J'espère aussi que le tout premier catalogue général autour de la collection, dont nous préparons la publication, restera aussi une belle trace de mon passage. Ces dernières années ont aussi été marquées par le développement d'un engagement numérique, et pas seulement durant la crise covid. Le nouveau site web fait partie de cet élan. 


Kultur,Expo Mudam, 25 ans de la Collection.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Un condensé d’histoire de l’art au Mudam
La collection du Musée d'Art moderne fête ses 25 ans. L'occasion de revenir sur certaines œuvres emblématiques et d'évoquer les ambitions futures de l'établissement.

Le musée est aussi en contact avec d'autres partenaires aux États-Unis et au Royaume-Uni, tels que le Whitney Museum, la Tate et, l'an prochain, avec Paris. Il y a aussi cette collaboration plus intensive avec la Ville de Luxembourg et le projet du Pont Rouge qui est devenu une priorité absolue avec William Kentridge. Le Mudam sera aussi un partenaire du Luxembourg Urban Garden (Luga) en 2023.

Il y aura donc un «effet Cotter», disons à rebours.

«Je l'espère et je pense avoir contribué à la réussite du Mudam. Pour être claire, le rôle du directeur, tel que je le comprends, ne doit pas être ''Regardez-moi !''. Mais je dois faire en sorte que les gens disent : ''Regardez ce musée, je l'apprécie !''. Selon mes calculs, plus de 350.000 visiteurs auront visité physiquement le musée ou participé aux activités du Mudam pendant mon mandat. L'objectif de notre travail reste d’œuvrer pour ce public.

Durant ces années ici, il s'est agi de renforcer l'impact et la visibilité du Mudam, de son trésor culturel et de sa collection (y compris au niveau international). Le resserrement des liens avec les American Friends of Mudam fait partie de ces actions, et paye. Ainsi, nous attendons un généreux don de la collection Raymond J. Learsy... 

A l'heure de boucler les bagages, n'avez-vous pas de regrets?

« J'ai travaillé avec le personnel sur une stratégie à long terme pour le musée, baptisée Mudam 2025. Nous avons mis en place un plan d'action dont déjà de nombreuses choses ont été lancées. Cet automne, je présenterai plus en détails cette stratégie, et présenterai les expositions à venir.

Dans les prochains jours, l'appel international à candidatures sera officiellement publié. Le processus se déroulera alors comme d'habitude. Un jury composé de membres du conseil d'administration et de dirigeants de musées internationaux se réunira et le ou la désignera. Au plus tard au début de 2022.


Vers le Mudam, en passant d'arbre en arbre
D'ici deux ans, le Musée d'art moderne et le boulevard Kennedy seront reliés par une étonnante passerelle tout inox. Un ouvrage qui file à 12 mètres du sol au milieu de la végétation du parc des Trois Glands, au Kirchberg.

Tout candidat digne de ce nom et intéressé par le poste se renseignera pour savoir comment le musée se porte. Il s'agit encore d'un établissement relativement jeune, mais cela ne devrait pas avoir d'importance en soi. Ce qui fait peut-être la différence, c'est le montant du financement de l'État. On trouve rarement ce genre de privilège en Europe - surtout avec un ministère respectueusement distancié du fonctionnement. 

Les frais énergétiques du Mudam, son espace trop restreint d'exposition, des capacités de stockage limitées ont souvent été pointés du doigt. Et puis, il a été envisagé d'utiliser des parties du bâtiment Schuman, à côté, pour un agrandissement...

«Je connais ces points, et bien sûr, plus d'espace serait toujours le bienvenu. Nous disposons d'environ 4.000 m2 d'espace d'exposition ce qui ne suffit certes pas à exposer largement la collection. Mais ni la Tate Modern à Londres, ni le MoMA de New York ne montrent plus de 10 à 15% de leurs pièces en même temps. Ce qui manque vraiment, c'est un espace pour les activités éducatives, que nous avons fortement développées et que nous mettons sur un pied d'égalité avec la programmation artistique. 

Avec d'autres structures (le Musée national ou la Philharmonie), nous avons développé un projet sur la manière dont nous pourrions utiliser le bâtiment Schuman. Une sorte d'espace partagé dans lequel, par exemple, de telles activités pédagogiques pourraient alors avoir lieu. Il sera intéressant de voir comment ces idées se développent. 

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

La collection reste-t-elle toujours stockée dans le Freeport, au Findel ?

«Oui, la plupart des œuvres sont là-bas. Réunies sous un même toit pour la première fois. Et si vous voulez me parler de la facture de cet entreposage bien plus coûteuse que dans un dépôt d'État, je vous indiquerai qu'au moins là, il s'agit de conditions adéquates pour pareilles pièces ou documents. Comme vous le savez, il est prévu de créer un dépôt central pour les collections du Grand-Duché; la collection Mudam y serait alors transférée.

Quelle est l'influence des sponsors et des mécènes sur le travail du Mudam?

«En clair, 6% de nos fonds propres proviennent de sponsors. Et nous avons essayé de renforcer davantage encore ces liens. Cela n'a pas d'impact direct sur la programmation artistique, mais les sponsors et les mécènes nous aident à faire ce que nous voulons, et plus encore.


Visitors discover "Rob Pruittís Official Art World / Celebrity Look-alikes Series" by US conceptual artist Rob Pruitt at Unlimited show during the preview day of Art Basel, the world's premier modern and contemporary art fair, on June 13, 2017 in Basel.
Art Basel will take place from June 15 to 18 in Basel. / AFP PHOTO / Fabrice COFFRINI / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY MENTION OF THE ARTIST UPON PUBLICATION - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / SOURCE / BYLINE" -  TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS - NO ARCHIVE /
Direction Dudelange pour la future Galerie nationale
Initialement prévu dans les anciens locaux de la Bibliothèque nationale, à Luxembourg, ce nouvel espace d'exposition pour artistes modernes et contemporains luxembourgeois ouvrira finalement dans le nouveau quartier du Neischmelz.

En 2019, nous avons obtenu une augmentation (vraiment nécessaire) de nos fonds (à 8,4 millions d'euros/an). Les coûts fixes de fonctionnement des bâtiments et du personnel représentent 50% du budget annuel. Et heureusement, nous n'avons pas eu à nous battre pour continuer à payer notre personnel pendant la crise covid- comme ce fut parfois le cas dans d'autres musées à l'étranger. 

Mais en raison des pertes causées par les impératifs sanitaires (dont la baisse des ventes de billets), nous avons dû examiner en interne et avec le ministère de la Culture comment nous pouvions gérer le budget, en laissant de côté certaines choses et en prolongeant des expositions par ailleurs. 

Avec votre nomination à Sydney, peut-on s'attendre à plus de liens avec l'Australie? 

«Je serais ravie d'échanger des idées avec la nouvelle direction du Mudam et je voudrais la convaincre de travailler avec nous pour voir comment nous pourrions nous enrichir mutuellement. Bien que l'Australie ne parle qu'une seule langue, pour ainsi dire, il existe historiquement des centaines d'influences culturelles de nationalités et d'origines les plus diverses. Et dans cette complexité culturelle - et les nuances qu'elle recèle - l'Australie n'est pas tout à fait différente du Luxembourg. J'emporterai avec moi cette conscience de cette diversité.»

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