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Jean-Marie Bigard: «Je suis le bouffon du roi»
Il était une fois J.-Marie Bigard: le spectacle de ma vie.

Jean-Marie Bigard: «Je suis le bouffon du roi»

Lex Kleren
Il était une fois J.-Marie Bigard: le spectacle de ma vie.
Culture 4 min. 04.10.2018

Jean-Marie Bigard: «Je suis le bouffon du roi»

Thierry HICK
Thierry HICK
Le centre culturel Aalt Stadhaus de Differdange continue son exploration du répertoire de la «stand up comedy». Dernier invité en date et non des moindres: Jean-Marie Bigard. Rencontre avec un humoriste au parler franc et cru «qui vient du fond du cœur».

Le centre culturel Aalt Stadhaus de Differdange continue son exploration du répertoire de la «stand up comedy». Dernier invité en date et non des moindres: Jean-Marie Bigard. Rencontre avec un humoriste au parler franc et cru «qui vient du fond du cœur».

  • «Il était une fois Jean-Marie Bigard – Le spectacle de ma vie»? Dites-nous deux mots sur ce spectacle.

J'ai demandé à 5.828 personnes de choisir leur sketch préféré de mes 30 années de carrière. J'ai tricoté ce spectacle autour de vingt meilleurs moments. C'est aussi la toute dernière fois que je monte seul sur scène.

  • Vous avez rempli le Stade de France, aujourd'hui vous êtes, ici à Differdange, dans une salle de 200 personnes. Cela change quoi?

Rien: le plaisir est toujours le même. Prenez une table en bois et une armoire en bois. C'est toujours du bois. C'est la même chose avec les sentiments. Dans une petite salle ou dans un stade, je prends toujours mon pied. Ce qui compte c'est le rapport avec le public, la personne, dans le respect et l'authenticité.

  • Vous parlez souvent de convivialité avec le public...

Mon parler est vrai et en accord avec mon cœur. Je ne joue rien d'autre que moi-même. Mon imagination est le reflet de ce que je veux dire. Je suis reçu dans le cœur des gens.

  • Lorsque vous montez sur scène, est-ce pour faire rire?

Quelle question stupide! Bien sûr, je suis humoriste, c'est mon métier de faire rire, Monsieur (il s'énerve).

  • Alors, quelle est votre technique pour faire rire le public?

C'est déjà mieux comme question (il se calme). J'utilise l'insondable connerie humaine pour faire rire. Et croyez-moi, il y a largement de quoi faire. Je ne risque pas de manquer d'inspiration. Je prends cette connerie sur mon dos. C'est pourquoi je dis toujours «je» et jamais «on». Je ne veux pas juger le spectateur, il faut le laisser s'approcher.

  • Hésitez-vous à aborder certains thèmes dans vos spectacles?

En passant par certains couloirs secrets on peut rire de choses graves, parler de la mort ou du cancer. Il n'y a pas de règles pour les sujets tabous. Veut-on faire du mal ou du bien au public, qui vient au spectacle pour passer un bon moment? Il faut réfléchir sur la manière de dire les choses. Il y a trente ans lorsque Pierre Desproges disait «Je ne suis ni juif, ni homophobe, cela ne m'a pas aidé dans ma carrière», tout le monde parlait de génie pur. Si aujourd'hui un jeune humoriste utilise ces mots, il se fait déchiqueter sur le champ. Pourtant, certains jeunes s'y essaient et réussissent.

  • L'amour, les femmes et le sexe tiennent une place importante dans vos sketches. Pourquoi?

Si Dieu a fait l'homme plus fort que la femme, c'est sans doute pour mieux l'attraper, mais aussi pour mieux la défendre. Le cul est un sujet universel et le plus vieux tabou du monde. Au lieu de toujours vouloir reboucher le volcan du sexe, mieux vaut traiter le sujet tout en douceur.

  • On vous traite souvent d'artiste «vulgaire». Régulièrement, vous réfutez cette image qui vous colle à la peau.

Vulgaire, c'est pourtant pas mal comme mot, non? Cela vient du latin «vulgus». Recherchez ce mot dans un dictionnaire et vous tombez rapidement sur Parmentier qui a vulgarisé la pomme de terre...

  • On ne va tout de même pas s'attarder sur la pomme de terre...

Je suis peut-être grossier, j'utilise des mots forts et colorés pour mieux me faire comprendre, transmettre ma pensée. Mes mots sont peut-être tranchants, mais ils ne coupent jamais. Sur scène, la plus grande partie de ce que tu veux envoyer au public passe par la voix, la position du corps, le regard, les vingt pour cent qui restent pour les paroles. Il y a, une fois encore, l'art et la manière de dire les choses. Jamais il n'est question d'insulte ou d'agression. Cette liberté est indispensable à toutes formes de sociétés. Je suis un vrai bouffon du roi, pour me faire taire il faut me couper la langue. Dire les choses comme je les vois, c'est aussi rassurant pour tous ceux qui viennent voir mes spectacles.

  • Et cette liberté-là n'est absolument pas négociable?

Non jamais! C'est justement ce qui fait toute ma beauté!

Programme complet du «Aalt Stadhaus» sur: www.stadhaus.lu

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