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«Je parle moins de mon nombril»
Culture 3 6 min. 26.04.2022
Julien Doré

«Je parle moins de mon nombril»

«Ce sera bien plus qu'un concert», promet Julien Doré.
Julien Doré

«Je parle moins de mon nombril»

«Ce sera bien plus qu'un concert», promet Julien Doré.
Photo: Goledzinowski
Culture 3 6 min. 26.04.2022
Julien Doré

«Je parle moins de mon nombril»

L'artiste évoque avec gourmandise son dernier album, «Aimée», et promet un grand spectacle à la Rockhal ce 28 avril.

Interview: Christophe Nadin

Julien Doré poursuit son exploration des salles du pays. Après la Philharmonie et l’Atelier, l'artiste français débarque à la Rockhal ce 28 avril avec un spectacle haut en couleurs. Il vient défendre «Aimée», son dernier album, dans lequel il place l'humain devant ses responsabilités. Sans jamais donner de leçons.


typh barrow
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Rencontre avec la musicienne bruxelloise Typh Barrow, avant son passage ce mercredi soir à la Rockhal.

Vous avez retrouvé les salles après cette longue pause. Qu'avez-vous constaté de différent?

«Tout est différent. J'attendais ces retrouvailles après quatre ans d'absence sur scène. On se rend compte à quel point ces rendez-vous avec le public sont encore plus précieux qu'avant car on sait que du jour au lendemain, ils peuvent à nouveau nous être interdits.  

Que vous a-t-il le plus manqué dans ce rapport à la scène?

«Les yeux. Le regard sans filtre. Il ne reste que la vérité sur scène. Et elle n'existe que si on l’affronte. Rien d'autre ne peut sauver l'artiste. C'est la part la plus précieuse dans ce que nous avons la chance de faire. S'adresser directement à celles et ceux qui acceptent de prendre le temps de venir nous regarder, nous écouter et chanter avec nous. Cette vérité est à la fois radicale, puissante et riche.

L'adrénaline est-elle votre moteur?

«Pendant le spectacle, oui. L'adrénaline a ceci de particulier qu'elle est un moteur d'excitation et de dépassement de soi. Mon moteur à moi, c'est une quête de douceur commune, de bienveillance commune, de sourires communs. Aujourd'hui, cette tournée, ce spectacle, c'est ce moteur-là qui m'anime. Je n'ai d'autre espoir quand je monte sur scène que d'être moi-même à cet instant T. Je n’ai pas envie d'être quelqu’un d’autre.

Les vidéo 360 ne sont pas supportées. Voir la vidéo 360 dans l'app Youtube.

Quand on regardera votre discographie dans quelques années, pourra-t-on dire que «Aimée» est un album pivot?

«Je parle moins de mon nombril mais plus du ressenti en tant qu'être humain sur cette planète. Il y a quinze ans, j'ai rencontré un artiste qui s'appelle Christophe. Il était mon ami. Il m'a toujours expliqué que sur la route des vacances, il fallait toujours préférer les chemins de traverse aux autoroutes. Parce que c'est plus valorisant, plus courageux, plus surprenant et rempli de pulsions de vie. L'autoroute, c’est plus confortable. Il n'y a ni bosse, ni ronce. Ces conseils font que d’album en album, j'ai essayé de choisir ces chemins de traverse, de me renouveler, de changer les piliers qui peuvent commencer à dessiner une fondation pour reconstruire quelque chose de différent.  

L'enjeu climatique est l'un des thèmes forts de votre dernier album. Une chanson a-t-elle le pouvoir de sensibiliser les gens parce qu’elle est dite de façon douce et poétique sans jamais prétendre donner de leçons?

«Ce n'est pas tellement le climat qui est au cœur de ce dernier album mais plutôt l'être humain. La façon dont il se comporte. La culpabilisation permanente du système politique aussi. On peut partager un langage à travers les chansons qui nous éveillent, qui nous réveillent, qui actionnent chez nous une émotion. Puis qui viennent nourrir le lendemain ou le surlendemain quelque chose qui nous pousse à faire autrement. Les messages de parents affluent après un concert. Ils évoquent le ressenti de leurs enfants. Un album comme un court-métrage ou un roman peut nous éviter de nous endormir dans un monde où la culture se serait évaporée. Ce qui a été le cas pendant deux ans.

D’album en album, j'ai essayé de choisir ces chemins de traverse, de me renouveler, de changer les piliers qui peuvent commencer à dessiner une fondation pour reconstruire quelque chose de différent.

Julien Doré

Le message du danger climatique ne semble pas s'imprimer facilement. Parce que ce dérèglement s'introduit insidieusement dans notre vie et que seuls les coups d'éclat font réagir?

«Les plus grandes questions et les urgences les plus dramatiques sont tellement immenses qu’il est plus facile pour un être humain, souvent d'ailleurs au pouvoir, de préférer ne pas regarder en face l'action principale qui s'impose. Ou préférer traduire cette urgence par une responsabilité commune qui est celle des citoyens et du peuple. C’est une astuce assez évidente, un petit peu trop facile mais qui survit de décennie en décennie, d'élection en élection. Qu'y a-t-il de plus difficile pour l’être humain que de regarder la mort en face?

Vous êtes aussi très attentif à ce que les enfants vous comprennent. Comment leur faire passer le message?

«D'une façon différente. En essayant d'agir sur la transmission, sur une compréhension commune de certaines choses abordées par les parents et par les enfants. C'est pour ça que dans mes clips, je suis toujours très attaché à ce qu'il y ait un double ou triple sens. Qui permette peut-être de faire naître une discussion sur ce qu'ils auront vu. C'est ce qui m’intéresse le plus. A un moment donné, notre main lâchera la leur pour les laisser aller vers un monde pour lequel nous sommes responsables et acteurs aujourd'hui.

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«Aimée», c'est le prénom de votre grand-mère et de votre mère qui se sont engagées pour de nobles causes. Y a-t-il une filiation du combat? Un héritage que vous vous sentez obligé d'honorer?

«Je me sens porteur d'une éducation, d'une vision des choses et d'une action menée par ma maman et par sa mère parce qu'il y a dans leur courage et dans leur action silencieuse non médiatisée et pourtant extrêmement utile pendant des années une force dont je veux être passeur et témoin. Par amour et par fierté.

Pouvez-vous lever un tout petit coin du voile sur ce qui attend les spectateurs de la Rockhal le 28 avril?

«Ce sera bien plus qu'un concert. On a construit depuis deux ans un véritable show mais ça ne s’arrête pas là. Il y a pour chaque chanson un univers, une proposition artistique totale que j'ai essayé de soigner avec énormément de travail pour faire en sorte que pendant deux heures, nous partions en voyage sans trop connaître la destination. Mais que ce voyage soit commun et fasse naître le plus d'émotions différentes. Et j’ai l’impression que c'est ce qui se passe depuis le début de la tournée. Je n'avais jamais vécu de tels moments artistiques depuis quinze ans.

Allez-vous emmener Clara Luciani dans vos bagages?

«C'est difficile d'harmoniser un agenda pour pouvoir partager ensemble un moment. Clara est aussi en tournée. Je rêverais tous les soirs de pouvoir chanter «L’île au lendemain» avec elle et «Larme fatale» avec Eddy de Pretto. Mais je n'envisage pas de chanter ces titres sans eux.»

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