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«Gutland»: hors des sentiers battus
Vicky Krieps...   de Schandelsmillen à Hollywood.

«Gutland»: hors des sentiers battus

Photo: Les Films Fauves
Vicky Krieps... de Schandelsmillen à Hollywood.
Culture 1 4 min. 25.02.2018

«Gutland»: hors des sentiers battus

Thierry HICK
Thierry HICK
Un village, sa communauté et un étrange et inattendu visiteur: il n'en fallait pas plus au réalisateur Govinda Van Maele pour dresser une chronique villageoise hors des sentiers battus.

Un village, sa communauté et un étrange et inattendu visiteur: il n'en fallait pas plus au réalisateur Govinda Van Maele pour dresser une chronique villageoise hors des sentiers battus.

Il traverse forêts et champs et débarque à Schandelsmillen, un petit et paumé village luxembourgeois. Les villageois ne savent pas qui il est ni d'où il vient. Peu importe, Jens fait bonne mine, et dès le premier soir il tombe dans les bras de la belle Lucy. Dans le village, chez ces gens-là on ne se pose pas trop de questions... Jens cache son jeu.

Le film «Gutland» est présenté ce samedi soir en avant-première au LuxFilmFest (sur invitation) et fait partie de la sélection officielle. Les autres séances prévues dans le cadre du festival affichent complet. Deux raisons peuvent expliquer cet engouement. Tout d'abord la présence à l'écran de Vicky Krieps, étoile montante du cinéma luxembourgeois en lice pour les Oscars avec «Phantom Thread». Ensuite, le public est toujours friand d'histoires du pays.

Ne cherchez pas Schandelsmillen sur une carte. «Je ne voulais pas stigmatiser une localité en particulier. L'action se passe dans un village du Gutland, peu importe où en fait», note le réalisateur et scénariste Govinda Van Maele.

D'où lui vient cet attrait pour le monde rural? «J'ai grandi dans un village, j'y ai tourné mes premiers films. J'ai une très grande affinité avec la campagne, c'est un univers que je connais bien.»

Frederick Lau dans le rôle de Jens
Frederick Lau dans le rôle de Jens
Photo: Les Films Fauves

«Typesch Lëtzebuergesch»

La campagne du Gutland, ses habitants, ses traditions: le tableau est «typesch Lëtzebuergesch», certes, mais jamais une fin en soi. «Bien évidemment, l'action se passe au Luxembourg, je ne m'en cache pas. C'est aussi un clin d'œil à toute une culture», note le réalisateur.

Cette dose d'authenticité – d'exotisme diront certains – fait toute la singularité du film qui fait ses premiers pas au Grand-Duché après des présentations remarquées à Toronto, Tokyo, Le Caire, Rotterdam et New York...

Retour à Schandelsmillen. La vie suit son cours tranquille. Jens, l'étranger, travaille comme saisonnier dans une ferme. Logé dans une roulotte, il vit au jour le jour en essayant d'oublier son passé. Lucy, fermière et fille du bourgmestre, cache elle aussi bien son jeu. Les deux se rapprochent et rêvent d'un autre monde, chacun a ses propres raisons. Les villageois – les Loschetter, Kleyer, Clement, Mangen... – mènent une vie au premier regard paisible. Rencontres au café du village, soirée jeu de quilles, répétitions de la fanfare locale – Jens s'est mis à la trompette – repas entre amis paysans, l'idylle est parfaite et... trompeuse.

Vicky Krieps dans le rôle de Lucy.
Vicky Krieps dans le rôle de Lucy.
Photo: Les Films Fauves

Un Marco Lorenzini rayonnant

Jos Gierens prend à cœur l'intégration de l'intrus dans la communauté villageoise. Ce personnage du chef de musique, interprété par un Marco Lorenzini rayonnant de bonté et d'espièglerie – vient s'agripper aux deux rôles principaux. Frederick Lau profite de longs moments de silence pour donner du poids à Jens, tandis que Vicky Krieps excelle dans la caractérisation de Lucy, jeune et belle femme tout aussi naïve que manipulatrice, mal dans sa peau et secrète. Aux côtés des autres acteurs – en partie amateurs – le trio retenu par cette coproduction luxembourgeoise (Les Films Fauves) belge et allemande est d'une parfaite sincérité. «Les rôles ont en cours de route été adaptés aux acteurs», confie le réalisateur.

Govinda Van Maele observe, décrit mais ne commente pas. «Le village et ses habitants forment un tout, une société fermée, un organisme complet, une communauté qui a ses propres règles». L'idée d'un huis clos de campagne n'a pas été le point de départ de cette fresque rurale, se défend le réalisateur. «Elle permet d'aborder une multitude de thèmes dans un espace délimité.»

Dans un premier temps, le rythme de narration est lent – volontairement bridé? –, histoire de «planter le décor». Des moments de répit ou de soupir s'intercalent aux rares événements qui se déroulent à Schandelsmillen. Le réalisateur explique: «J'ai besoin de créer une atmosphère. Auparavant, le rythme de vie à la campagne était plus lent. J'ai aussi voulu montrer des aspects de la vie paysanne qui aujourd'hui ont disparu. Ensuite, les enfants ont toujours des rêves, qu'une fois adultes ils abandonnent. Pour moi, ce sont aussi des souvenirs d'enfance.»

Le sombre passé de Jens refait surface.
Le sombre passé de Jens refait surface.
Photo: Les Films Fauves

Des mystères et une fosse septique

Le film «Gutland» gagnera peu à peu en rythme, les événements se bousculeront même. Le spectateur est tiré de sa torpeur contemplative et se voit confronté à une réalité bien plus dure. Jens et Lucy tentent de refaire leur vie. La transformation physique du couple est frappante. Les histoires sombres du passé du village, les mystères enfouis dans une fosse septique quant à eux refont inopinément surface... Le scénario vire au thriller, au film noir... Les villageois révèlent leurs vrais visages et découvrent la vraie identité de leur étranger. La course effrénée de Jens dans un champ de maïs est captivante.

La sortie nationale en salles de «Gutland» est prévue pour le 2 mai.

www.gutlandfilm.lu


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