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Du Luxembourg à Hollywood: Vicky Krieps: "Je ne voulais pas forcément être célèbre"
Culture 2 4 min. 04.02.2018

Du Luxembourg à Hollywood: Vicky Krieps: "Je ne voulais pas forcément être célèbre"

Daniel CONRAD
Daniel CONRAD
A 34 ans, Vicky Krieps est devenue bien plus que l'étoile montante du cinéma luxembourgeois. Avec le rôle d'Alma dans Phantom Thread , elle s'est fait un nom à Hollywood. Sa performance face au monstre sacré qu'est Daniel Day-Lewis est saluée par la critique, aux Etats-Unis et en Europe.

Interview: Daniel Conrad (trad. lc)

Vicky Krieps enchaîne les interviews façon marathon. L'actrice luxembourgeoise était à l'avant-première du film dans le cadre du LuxFilmFest. Rencontre.


Il était incroyablement difficile d'avoir un entretien avec vous, même en tant que média luxembourgeois. Cela ne vous ressemble pas. Vous donnez la priorité aux Américains ?

Je n'étais pas en Europe pendant des mois. J’ai un calendrier serré pour les interviews, qui dépend aussi de la politique médiatique de la production. Je comprends que les Luxembourgeois ont envie de me suivre, bien sûr. Ils ne sont en aucun cas oubliés. Au contraire, si nous sommes ici, c'est aussi parce que j'ai pu convaincre Sony Pictures de montrer le film en avant-première de LuxFilmFest au Luxembourg. En fait, j’ai l’impression de vivre un marathon : vous êtes totalement absorbée que vous ne savez même pas de quoi il s'agit. Du moins, c’est comme ça que je l’ai ressenti au début.

  

Im Film spielt sie eine Kellnerin, die sich einen Modemacher verliebt.
Im Film spielt sie eine Kellnerin, die sich einen Modemacher verliebt.
Foto: Pierre Matgé

Ce film pourrait être votre grand tremplin international. Est-ce comme cela que vous l’envisagez ?

Non, c’est plus que cela pour moi. Par exemple, quand le film a été présenté à Los Angeles, il y a ensuite eu la séance de questions/réponses avec la presse. J’ai alors senti la tension de mes collègues, comme si nous étions sur scène. Je ne m’y attendais pas. Ensuite, vous êtes dans une machine. Mais vous ne le remarquez pas. Vous devenez un poney de spectacle. Au Luxembourg, je fais mes dernières interviews. Je serai ensuite en mesure de prendre du recul. Je suis sur la route pour "Phantom Thread" depuis novembre, avant j'ai tourné la série "Das Boot" et encore avant j’ai fait le tournage du film. Je n’ai pas cessé de travailler et, malgré mes deux enfants, je n’ai pas pu me reposer. Ma vie n'a pas changé dans l’immédiat. Je continue à faire des emplettes dans mon magasin habituel, pour acheter à manger pour mes enfants ou de la lessive.

Ce rôle a fait de vous une star. Est-ce l'accomplissement d'un rêve? 

Je ne voulais pas forcément être célèbre. Je voulais d’abord travailler pour le grand écran. Je n'étais pas très connue jusqu’à présent parce que j'ai aussi fait en sorte de ne pas l’être. J'ai délibérément évité la vedette et les interviews. Je n'ai pas répondu aux invitations aux événements. Les gens n'étaient souvent intéressés que par le personnage et pas par moi en tant qu'artiste. Peut-être que cela va changer maintenant. Mais la plus grande joie avec un projet comme "Phantom Thread" est que j’ai, en tant qu'actrice, rencontré quelqu'un qui me ressemble; quelqu'un qui fonctionne enfin comme moi, qui est aussi fou de films que moi, qui est prêt, à dormir aussi peu que moi, à travailler autant que moi et qui lui aussi ne passe pas son temps sur son téléphone ou sur Facebook pendant les pauses. Qui est juste là pour faire ce film. C'était comme rencontrer des gens partageant les mêmes idées et qui réalisaient un rêve. Et c'était beaucoup plus important que d'être connue.

Et alors vous vous êtes retrouvée face à face avec Daniel Day-Lewis…

Vous oubliez ce visage… La seule option pour moi était d'essayer d'oublier que j’étais en face de Daniel Day-Lewis. Et à la place de penser au personnage qui est simplement un homme, ce célèbre créateur de mode, qui joue à percevoir. Mon travail le plus intense était de me concentrer sur moi, d'oublier à qui je donnais la réplique et d'être dans le moment présent.

Dans le film, vous êtes impressionnante par la variété des expressions que vous, en tant qu'Alma, mettez face au jeu intense de Day-Lewis. Comment vous y êtes-vous pris?

C'était un tour de force et il fallait une concentration pure. Dans la préparation des scènes, je faisais presque de la méditation, essayant de me vider de ce que je savais et de réapparaître chaque jour comme un bébé, comme un nouveau-né dans des situations curieuses et ouvertes à la découverte de miracles. Et la découverte de ce partenaire de jeu. Qu'a-t-il dit maintenant? Comment l'a-t-il dit? À quoi ressemble-t-il? Mais aussi: à quoi ressemble la tasse du petit-déjeuner?


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