Dixième anniversaire

Centre culturel opderschmelz: «Une mission de service public»

Ce jeudi soir, le centre culturel opderschemlez de Dudelange souffle ses dix bougies. Le temps de faire le point avec la maîtresse des lieux: Danielle Igniti.

La directrice du centre, Danielle Igniti, quittera son poste à la fin de 2018.
La directrice du centre, Danielle Igniti, quittera son poste à la fin de 2018.
Anouk Antony

Interview: Thierry Hick 

Jeudi soir, le centre culturel opderschmelz  de Dudelange souffle ses dix bougies. Le temps de faire le point avec la maîtresse des lieux: Danielle Igniti.

Que s'est-il passé ces dix dernières années dans votre centre?

Au début, ce n'était pas évident vu l'ampleur qu'a pris notre travail. Théâtre, concerts, mais aussi des coproductions, le défi était énorme. La réaction du public a été bonne, nous avons réussi à nous forger une identité. Je dirais que nous avons vécu dix années fructueuses.

Qu'auriez-vous pu améliorer? Vous avez des regrets?

Au Luxembourg, on n'investit pas assez dans les ressources humaines. On construit de belles maisons, quand il faut les remplir de vie, on oublie qu'il faut aussi du personnel. Notre équipe devrait être plus étoffée. On a besoin d'un responsable de la communication et surtout de la médiation. Deux domaines importants. Nous devons combler ce déficit, aller vers le public et lui expliquer ce que nous faisons pour l'inciter à venir chez nous. Les trois dernières années nous constatons une stagnation du nombre de visiteurs. Le travail avec les écoles que nous poursuivons depuis longtemps doit encore être renforcé. 

 Nous avons un avantage par rapport à certaines maisons culturelles: nous n'avons pas besoin de gagner de l'argent. Notre programmation en profite."

Qu'est-ce qui différencie l'opderschmelz des autres centres culturels du pays?

Nous nous sommes dès le début concentrés sur le jazz, et ce de manière intensive. Faut dire aussi que la concurrence dans ce domaine n'était pas grande. Aujourd'hui on est connus et reconnus pour ce travail.

Dans le domaine du jazz, vous avez régulièrement découvert de nouveaux talents. De quoi susciter la convoitise d'autres organisateurs.

La Philharmonie, par exemple, mise sur des grands noms. Nous avons mis l'accent sur des nouveautés et sur des artistes luxembourgeois. Nous sommes les seuls à le faire dans cette ampleur. Après, si d'autres nous piquent nos idées, c'est bien le signe qu'elles n'étaient finalement pas si mauvaises.

Plus généralement, quels sont les ingrédients d'une bonne programmation?

Notre ligne de programmation est stricte et répond à un seul critère: la qualité. Le conseil échevinal n'interfère pas dans notre travail, nous avons une liberté d'action totale. Ce qui n'est pas le cas de certaines maisons, obligées de faire une programmation tout public ou imposée par leur conseil d'administration. Nous avons aussi un autre avantage: contrairement à d'autres institutions nous ne devons pas gagner de l'argent. Une bonne programmation doit faire sens sur le plan artistique. En tant que service public nous devons investir dans la création. La Culture doit commenter le monde, mener à la réflexion et provoquer des émotions. 

Vous parliez d'argent, la Ville de Dudelange consacre quelque dix pourcents de son budget à la Culture. Cela doit être agréable de travailler dans de telles conditions, mais est-ce un luxe ou une nécessité?

Une nécessité absolue! Cela contribue à l'identité de la ville. Dudelange est connue pour son offre culturelle au Luxembourg et dans la Grande Région. Ensuite, j'aimerais  rappeler que 60 % de nos dépenses reviennent à l'économie nationale et 30 % à l'économie de la Ville. 

Quel est votre public aujourd'hui?

Notre public vient de Dudelange, mais aussi des autres régions du pays et de la Grande Région. Ceci est d'autant plus vrai pour le volet jazz. Oui, les spectateurs se déplacent pour assister aux spectacles. Et ce, malgré le trafic et les bouchons sur l'autoroute. C'est vrai aussi que les créations luxembourgeoises n'attirent pas toujours beaucoup de monde. Même pas ceux qui se disent défendre les 'couleurs du pays'. Je trouve cela honteux!

En plus du centre, vous gérez deux galeries communales. Pourquoi ne pas regrouper le tout?

Parce que nous n'avons plus de place au centre. Ensuite parce que les bâtiments des galeries Nei Liicht et Dominique Lang ont une histoire, une réputation qu'il ne s'agit pas de gommer. Il faut aussi disperser l'offre dans la ville. Le nouveau quartier Nei Schmelz devrait lui aussi accueillir de nouvelles structures culturelles. 

Une institution publique et un service communal réunis sous un même toit: une première dans le domaine culturel.
Une institution publique et un service communal réunis sous un même toit: une première dans le domaine culturel.

Vous cohabitez avec un centre de l'audiovisuel et ses galeries, un cinéma, une école de musique et un restaurant. Comment se passe cette cohabitation?

Ce ménage à deux entre un service communal – notre centre et l'école régionale de musique – et une institution publique – le CNA est une première au Luxembourg. C'est le mérite des décideurs de l'époque Mars Di Bartolomeo et Erna Hennicot-Schoepges. Cela permet des économies et des synergies. J'aimerais développer les collaborations avec le CNA. Mais, le temps nous manque.

La galerie Armand Gaasch n'existe plus, d'autres lieux éphémères voient le jour à Dudelange. Une aubaine pour la ville?

Il faut cet équilibre entre des structures établies et une scène alternative qui permet à des jeunes de s'épanouir dans leur travail artistique. Il y a de la place pour les deux.

Dans quelques mois vous quittez votre poste. Quels conseils allez-vous donner à votre successeur?

Ne comptez pas sur moi pour vous donner le nom de mon successeur. C'est au conseil échevinal de le faire. Je conseille à celui qui prendra la relève de garder dans le viseur cette quête de qualité que nous poursuivons depuis le début et qu'il apporte de nouvelles idées dans son travail.

Une fois à la retraite, vous allez vous ennuyer?

Je pars fin 2018. Je vais pouvoir m'occuper de mes parents, de mon mari, aller au spectacle, voir des expos, lire et voyager...