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Orchestre place de l'Europe

Des amateurs avec fougue et envie

par Thierry HICK| 12.04.2022

Nous avons assisté à une répétition du nouvel ensemble d'amateurs avant le premier concert en juin.

Un lundi soir, 19 heures. Les musiciens de l’Orchestre de la place de l’Europe (OPE) se retrouvent non pas au Conservatoire de Luxembourg, mais cette fois-ci dans le grand auditorium de la Philharmonie. Certains arrivent bien avant le début de la répétition, d’autres au tout dernier moment au pas de course. Rien d’étonnant, puisque tous sont des musiciens amateurs, qui en journée travaillent. 


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Le début de la répétition aura finalement quelques inévitables minutes de retard. Rien d’inhabituel. Et pas de quoi énerver outre mesure Benjamin Schäfer, le chef d’orchestre, qui salue ses musiciens d’un large sourire. La violoniste canado-espagnole Maria Anissovets de Valenzuela, en sa fonction de Konzertmeisterin, se lève pour la mise au diapason des instruments. 

Benjamin Schäfer a pris la direction de la phalange.
Benjamin Schäfer a pris la direction de la phalange.
Photo: Gerry Huberty

Cette étape passée, Benjamin Schäfer s’empare de sa baguette de chef, ouvre sa partition et guide ses musiciens dans la première composition de la soirée... et en même temps le rappel prévu pour le premier concert de l’OPE en juin. «Ne dévoilez pas le titre», glisse Benjamin Schäfer. Celui qui est aussi percussionniste à l’Orchestre philharmonique du Luxembourg vient de suivre une formation de direction d’orchestre. Tout comme un certain Gustavo Gimeno.

Les répétitions ont débuté le 28 février.
Les répétitions ont débuté le 28 février.
Photo: Gerry Huberty

Chacun vient avec sa propre expérience et ses attentes. Nous avons un but commun: jouer de la musique.

Maria Anissovets de Valenzuela, violoniste

 Plus de 100 candidatures

Lorsque Stephan Gehmacher, le directeur de la Philharmonie, décida en 2021 de lancer le projet, le choix s’est porté sur Benjamin Schäfer pour diriger l’OPE. «Avec cet orchestre, la Philharmonie décide d’ouvrir ses portes à la pratique amateur», note le chef d’orchestre. 

L’appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, puisque plus de 100 candidatures ont été envoyées. Benjamin Schäfer explique les critères de sélection: «Pour nous rejoindre, les musiciens ont été invités à nous envoyer un enregistrement vidéo. Nous n’avons pas demandé de diplômes spécifiques. Seule contrainte: les candidats ne devaient en aucun cas faire partie d’un ensemble professionnel.» 

Serge Bernard, trompettiste membre de l’harmonie d’Ehlerange et patron d’une société de commerce en ligne, est heureux: «Ici, personne ne nous demande dans quel orchestre ou ensemble nous avons déjà joué. Notre but à chacun ici est de nous mettre au service de l’ensemble, de l’orchestre. La musique est vraiment un langage universel. Nous en avons ici la preuve. Cette expérience est formidable.» 

Avec le temps nous allons progresser, grandir ensemble comme une vraie famille

Benjamin Schäfer, chef d'orchestre

Des premiers résultats prometteurs

Les répétitions ont débuté le 28 février, le résultat sonore de l’orchestre est déjà impressionnant. Hormis quelques finesses encore à mettre en place, l’ensemble est fourni, équilibré et surtout étonnamment bien balancé. Avec en prime, une fougue et une envie de tous les instants. Outre les répétitions communes, les musiciens de l’OPE peuvent compter sur les collègues de l’Orchestre philharmonique du Luxembourg, qui proposent leurs services lors de séances de travail réservées aux différents registres de la phalange. 

Le trompettiste Serge Bernard vit une «expérience formidable».
Le trompettiste Serge Bernard vit une «expérience formidable».
Photo: Gerry Huberty

«Bien sûr, nous avons affaire à des musiciens de niveau et d’expérience différents. Notre but est de trouver la force de chacun, en répartissant par exemple les pupitres selon les capacités de chacun. Personne ne doit se sentir pas assez ou trop sollicité. Il faut trouver le bon équilibre. Nous allons progresser, grandir ensemble comme une vraie famille. J’en suis certain. Nous sommes sur la bonne voie. Il nous faut encore un peu de temps, l’ensemble évolue bien, même si certains points doivent encore être améliorés. Avec le temps, les musiciens apprennent à ouvrir les oreilles, pour encore mieux s’intégrer», s’enflamme Benjamin Schäfer.

... et enthousiasme

L’enthousiasme du chef est contagieux, les musiciens se prennent au jeu. La répétition de la deuxième œuvre au programme se déroule dans un cadre plus que jovial. Faut dire qu’avec la 9e Symphonie de Dvorak et la célèbre mélodie du cor anglais du deuxième mouvement, le choix programmatique du chef frappe juste. «Je crois que chaque musicien amateur connaît cette œuvre et cette mélodie», note le chef. Benjamin Schäfer laisser jouer encore et encore quelques bribes mélodiques. 

La violoniste Maria Anissovets de Valenzuela retrouve les plaisirs de la musique.
La violoniste Maria Anissovets de Valenzuela retrouve les plaisirs de la musique.
Photo: Gerry Huberty

Les instrumentistes, patients, s’exécutent avec plaisir. Le chef travaille dès cette première phase de préparation les moindres détails. L’intonation, le phrasé, l’équilibre entre les instruments sont passés au crible. «Cette symphonie, que tout le monde connaît, est pour nous tout simplement fantastique à jouer.» 

Autre composition au programme du premier concert de l’OPE, «L’après-midi d’un faune» de Claude Debussy. Une partition exigeante du point de vue de l’orchestration que Benjamin Schäfer aborde avec confiance et sans appréhension. 

Retrouver les plaisirs de la musique 

Maria Anissovets de Valenzuela était musicienne professionnelle avant de faire des études de sciences politiques et d’économie. Venue avec sa famille au Luxembourg il y a quatre ans, la jeune femme poursuit actuellement une formation supplémentaire à la Harvard Business School. Et retrouve les plaisirs de la musique grâce à l’Orchestre de la place de l’Europe.

«Chacun vient avec sa propre expérience et ses attentes. Nous avons tous un but commun à atteindre: jouer de la musique. Cette envie est réellement partagée. Je constate déjà un réel progrès depuis nos débuts il y a quelques semaines seulement. Dans quelque temps, nous pourrons partager quelque chose de beau avec le public.» 

Bianca Hellberg, du département «Education» de la Philharmonie, a rejoint l'OPE.
Bianca Hellberg, du département «Education» de la Philharmonie, a rejoint l'OPE.
Photo: Gerry Huberty

Douze flûtes, trois harpes et deux contrebasses

Une bonne centaine de musiciens ont donc répondu présent. C’est un signe qui ne trompe pas, estime le chef d’orchestre, qui peut se réjouir que la majorité des pupitres sont occupés. Même douze flûtes traversières sont à disposition. Sans oublier les trois harpes. Les contrebasses par contre pourraient être mieux fournies. Des candidatures spontanées sont toujours possibles et pourraient être retenues selon les besoins. 

Parmi tous les musiciens amateurs, figurent une poignée d’employés de la Philharmonie. Parmi eux, Bianca Hellberg, du département «Education» de la salle de concerts, qui a participé à l’élaboration de l’OPE. «Je voulais participer activement à cette initiative pour découvrir l’orchestre de l’intérieur. C’est un vrai enrichissement personnel», fait valoir la jeune femme qui durant ses études a participé à de nombreux projets musicaux.  

Le reportage vidéo de la répétition a été réalisé par Christophe Olinger. 

www.philharmonie.lu/ope


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