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Dans la «caverne d'Ali Baba»
Culture 4 min. 14.06.2015 Cet article est archivé
Objets du Musée des arts et métiers au Mudam

Dans la «caverne d'Ali Baba»

Modèle de chassis de voiture de Dion-Bouton en coupe, 1908. Collection du Conservatoire national des arts et métiers.
Objets du Musée des arts et métiers au Mudam

Dans la «caverne d'Ali Baba»

Modèle de chassis de voiture de Dion-Bouton en coupe, 1908. Collection du Conservatoire national des arts et métiers.
Photo: Marie-Laure Rolland
Culture 4 min. 14.06.2015 Cet article est archivé
Objets du Musée des arts et métiers au Mudam

Dans la «caverne d'Ali Baba»

La prochaine exposition du Mudam occupera la totalité de ses espaces jusqu'en janvier 2016. Il s'agira de faire dialoguer les sciences et techniques avec l'art contemporain. Nous avons pu découvrir en avant-première les réserves du Musée des arts et métiers à Paris.

Par Marie-Laure Rolland

Cet endroit ne paie pas de mine et pourtant il recèle des trésors. Au-delà du périphérique parisien, dans la banlieue nord-est de Paris, un hangar abrite les réserves du Musée des arts et métiers. Là sont entreposés quelque 80.000 objets qui retracent l'histoire des sciences et techniques en France depuis la Révolution. Soixante-dix d'entre eux ont été sélectionnés pour faire le voyage jusqu'au Luxembourg dans le cadre d'une exposition sans précédent, tant pour le Mudam que pour le Musée des arts et métiers. Il s'agit d'instaurer un dialogue entre sciences et art contemporain. Nous avons pu y jeter un coup d'oeil en avant-première.

Les réserves du Conservatoire national des arts et métiers.
Les réserves du Conservatoire national des arts et métiers.
Photo: MNAM

Le site est installé à Saint-Denis, au détour d'une rue comme elles se ressemblent toutes dans la banlieue parisienne. Il s'agit d'un hangar aux formes courbes dessiné par l'architecte François Deslaugiers et inauguré en 1994, avant la grande rénovation du Musée qui, pour sa part, est situé rue de Réaumur dans le troisième arrondissement de Paris.

Une collection de 80.000 pièces

Sur place, une équipe veille aux quelque 80.000 pièces accumulées depuis 1794. C'est en pleine révolution française qu'un curé, l'abbé Grégoire, crée le Conservatoire national des arts et métiers et un musée qu'il installe dans un ancien monastère. Le Musée national des arts et métiers – qui doit transmettre le génie scientifique et technique français à la postérité – devient le troisième pilier de la politique muséale des révolutionnaires avec le Louvre pour les Beaux-arts et le Musée d'histoire naturelle au Jardin des plantes. On peut aujourd'hui y admirer les aéroplanes de Clément Ader en forme de chauve-souris (1897) ou celui de Louis Blériot (1909), la machine arithmétique de Pascal (1642-1652), la première machine à coudre de Thimonnier (1830), le prototype de cinématographe des frères Lumière ou encore le modèle original de la Statue de la Liberté de Bartholdi (1878).

La surface du musée étant limitée, c'est du côté des réserves (qui se visitent sur réservation) que l'on peut prendre la pleine mesure de sa richesse. Un patrimoine dont les responsables du Musée d'art moderne de Luxembourg ont pris connaissance un peu par hasard, comme l'explique le directeur Enrico Lunghi. «J'ai été contacté par un responsable du Conservatoire des arts et métiers de Lorraine qui collabore avec le Luxembourg Institute of Science and Technology. Il souhaitait faire un événement au Luxembourg pour attirer l'attention du public sur leur offre de cours. Je l'ai rencontré et c'est ainsi qu'a émergé l'idée de faire un véritable projet commun sur le dialogue entre les sciences et l'art contemporain», dit celui qui confie sa fascination pour les musées des sciences (physiques ou naturelles). 

Les réserves du Musée des arts et métiers à Paris
Les réserves du Musée des arts et métiers à Paris
Photo: Marie-Laure Rolland

La responsable des collections du Conservatoire des arts et métiers, Marie-Sophie Corcy, reconnaît avoir été prudente au début de l'aventure. «Nous avons l'habitude de prêter des oeuvres à des musées d'art. Mais là, il s'agissait de concevoir ensemble et dès le départ un projet qui se décline sur toute la surface d'un musée et qui fasse sens, aussi bien pour nous que pour notre partenaire».

Une redécouverte des collections

C'est ainsi que la curatrice du Mudam, Marie-Noëlle Farcy, a fait sa première visite dans les réserves du Musée des arts et métiers. «J'ai eu l'impression de me retrouver dans la caverne d'Ali Baba», dit-elle. Une caverne où tout est soigneusement répertorié et stocké sur des étagères qui courent tout le long du bâtiment sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée, les pièces les plus volumineuses. Au premier étage, les petits objets. Une découverte en préambule à de nombreuses séances de travail afin d'identifier les clés de l'exposition. «Nous ne voulions pas nous limiter à rechercher des analogies entre des objets techniques et des oeuvres d'art. Nous avons voulu les faire entrer en résonance à travers un certain nombre de thématiques transversales», souligne Marie-Sophie Corcy.

Marie-Sophie Corcy, responsable des collections du Conservatoire des arts et métiers.
Marie-Sophie Corcy, responsable des collections du Conservatoire des arts et métiers.
Photo: Marie-laure Rolland

Trois grands axes d'exploration ont été finalement retenus: La mesure du monde; la matière dévoilée; les inventions appliquées. On pourra découvrir comment les découvertes scientifiques ou les objets techniques ont inspiré la création d'oeuvres d'art, mais aussi comment certains artistes ont utilisé dans leur travail ces techniques. «En fin de compte, le fil rouge de l'exposition sera de montrer le génie humain inventif à l'oeuvre», observe le directeur du Musée des arts et métiers, Yves Winkin. Et il ne cache pas que ce projet l'excite beaucoup. «Quinze ans après notre rénovation, la routine nous guette. Ce projet nous donne une très belle occasion de nous réinventer en portant un nouveau regard sur nos collections.»

«Eppur si muove – Art et technique, un espace partagé» sera à découvrir du 9 juillet au 17 janvier 2016 au Mudam.


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