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Dans l’air du temps: Les larmes du centenaire
Culture 3 min. 12.03.2017

Dans l’air du temps: Les larmes du centenaire

Dans l’air du temps: Les larmes du centenaire

Archives LW
Culture 3 min. 12.03.2017

Dans l’air du temps: Les larmes du centenaire

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Dans sa chronique cette semaine, Stéphane Bern nous conte une bien curieuse histoire de "miracle", en Russie.

Il était à prévoir que le centenaire de la Révolution russe de février 1917 donnerait lieu à toutes sortes de manifestations de nostalgie tsariste. Après l’épisode cocasse en novembre dernier de la découverte d’un portrait d’apparat du dernier tsar de Russie Nicolas II, resté caché pendant près d'un siècle sous l’envers de celui du père de la Révolution, Lénine, un buste de l’empereur fait couler beaucoup d’encre… et de larmes.

Une jeune députée du parlement fédéral russe de la Douma, Natalia Poklonskaya, est intimement persuadée d’assister à un miracle dans sa ville de Simféropol où le buste en bronze du tsar Nicolas II pleure des larmes au milieu du jardin public de la ville. Les médias russes se sont aussitôt emparés de cette affaire dans un climat propice à l’hystérie collective : le buste du dernier empereur détrôné en février 1917 avant d’être assassiné en juillet 1918, et qui trône dans un jardin public de Simféropol, la capitale de Crimée, pleure-t-il vraiment ?

La députée de la Douma fédérale, Natalia Poklonskaya, par ailleurs ancienne procureure de la péninsule est sincèrement persuadée que des larmes coulent le long du bronze de son empereur adoré, et elle a réussi à convaincre de ce miracle non seulement les autorités judiciaires de Crimée mais aussi l'église orthodoxe, seule compétente en matière de miracles, et ébranlée par sa démarche mystique.

« Il s'agit bien d'un miracle que personne, pas même les scientifiques, ne pourra expliquer », a tranché la jeune femme à la télévision, attribuant ce phénomène surnaturel au centenaire de la révolution de février 1917 qui conduisait à la destitution du dernier Romanov. « L'empereur nous aide. Lui et sa famille sont morts pour que nous fassions de la Russie une nation grande et prospère. Nous devons les imiter », a poursuivi Natalia Poklonskaya dont les propos ont été relayés dans un pays si prompt à s’emparer de tous les phénomènes surnaturels. 

Ancré dans les croyances chrétiennes, le phénomène des statues qui pleurent - manifestation de la présence divine - se traduit généralement dans l'orthodoxie russe par la présence de larmes coulant sur les icônes. Selon la doxa, le liquide en question n'est pas lacrymal mais s'apparenterait plutôt à de la myrrhe et dégagerait une odeur agréable.

Ces apparitions connaissent un regain populaire depuis la chute de l'URSS et la légalisation de la pratique religieuse. Erigé à l'automne 2016, trois ans après l'annexion de la Crimée par le Kremlin, le buste de Nicolas II n’avait jamais encore fait parler de lui. Il est pourtant devenu ces derniers jours un lieu de pèlerinage et les matriochkas se pressent en nombre pour embrasser la statue en priant pour le retour de la « sainte Russie ».

Si l’on en croit le père Alexeï, pope de la chapelle attenante, d'autres icônes se sont simultanément mises à pleurer en Crimée. « Le buste du souverain s'est mis à briller au moment où la pluie est tombée et l'odeur est devenue très forte », a-t-il décrit.

Avant que le président Poutine ne s’en inquiète, le diocèse de Crimée a dépêché sur place une commission d’enquête qui n’a encore rien constaté.

Les miracles ne se produiraient-ils que pour ceux qui savent les recevoir ?

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