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Dans l’air du temps: Le secret du héros
Culture 3 min. 02.04.2018

Dans l’air du temps: Le secret du héros

Cara Delevingne

Dans l’air du temps: Le secret du héros

Cara Delevingne
AFP
Culture 3 min. 02.04.2018

Dans l’air du temps: Le secret du héros

Chaque samedi, Stéphane Bern nous livre sa vision de l'actualité dans sa chronique intitulée "L'air du temps". Cette semaine, il nous parle des amours de la grand-mère de Cara Delevingne!

Avec plus de quarante millions d’abonnés à son compte Instagram, Cara Delevingne est sans nul doute l’une des « it girls » les plus suivies au monde, d’autant qu’un doux parfum de scandale enveloppe sa vie intime ainsi que sa carrière de mannequin et d’actrice.

Bon sang ne saurait mentir et la jeune « fashion girl » a de qui tenir. Certes, autrefois la presse savait se tenir et mesurait ses propos. Surtout, les réseaux sociaux n’existaient pas alors qu’aujourd’hui ils vous localisent dans l’instant et divulguent au plus grand nombre les noms de ceux qui vous accompagnent. C’est pourtant sans compter avec la télévision et ses documentaires qui fouillent dans les biographies de quoi retoucher un portrait pour l’éternité. 


La chronique de Stéphane Bern
Chaque week-end, le célèbre animateur Stéphane Bern nous livre son point de vue sur l'actualité, dans une chronique intitulée "L'air du temps". Retrouvez ici l'ensemble de ses contributions.

Au cœur du film diffusé par Channel 4, « l’aventure secrète de Churchill », les historiens Richard Toye de l’université d’Exeter et Warren Dockter de l’université d’Aberystwyth ont exhumé des notes de Jock Colville, le secrétaire privé du Premier ministre sir Winston Churchill qui attestent d’une romance entre le « vieux lion » et une figure de la haute société anglaise des années 30, lady Doris Castlerosse.

Celle-ci n’est autre que la grand-tante de Cara Delevingne et aurait, durant quatre étés, passé des vacances avec Winston Churchill au château de l’Horizon, la villa sur la Côte d’Azur de l’actrice Maxine Elliott, de 1933 à 1937.

C’est lors d’un de ces étés torrides que Churchill, qui trouva auprès de Doris quelques consolations d’une vie maritale sans aspérités avec Clémentine et d’une vie politique en plein marasme. « C’est sans doute le seul coup de canif au contrat de mariage qui dura plus de cinquante cinq ans » affirment les historiens qui ont recherché dans les notes confidentielles les dates des rencontres entre Winston et Doris, laquelle lui a même rendu visite dans sa maison londonienne de Berkeley Square. Pendant un été, Winston Churchill, peintre amateur, immortalisa même la beauté hiératique de Doris Castlerosse alanguie sur une chaise longue. Une toile qu’il eut la faiblesse de lui laisser, craignant plus tard, après la fin de leur aventure sentimentale en 1937, qu’elle ne s’en serve contre lui alors que son étoile politique allait recommencer à briller.

Les deux amants ne devaient pas se revoir jusqu’à un voyage de Winston Churchill à Washington en 1942 alors qu’il tentait à la Maison-Blanche de convaincre le président Roosevelt de s’engager contre l’ennemi nazi. A cette occasion, il s’octroie un dîner privé avec Doris Castlerosse, divorcée et à court d’argent, qui lui demande de l’aider à regagner l’Angleterre tandis que lui s’inquiète que son tableau ne tombe entre des mains mal intentionnées…

Lady Castlerosse finira par obtenir une place d’avion pour rentrer à Londres avec son portrait dans ses bagages. Hélas, Winston et Doris n’auront pas d’autres occasions de se retrouver. Le 9 décembre 1942, lady Castlerosse emporte son secret dans un sommeil éternel sous l’effet d’une overdose de somnifères dans une chambre de l’hôtel Dorchester. Quelque temps après, le magnat de la presse, Lord Beaverbrook, ami des Churchill, rachète au frère de Doris le tableau de la belle sur sa chaise longue.

L’honneur est sauf, le secret bien gardé. Jusqu’à ce que les historiens jettent la lumière sur cette facette méconnue du valeureux personnage historique. Selon Warren Dockter, « cela souligne sa grandeur car, au milieu de toute cette pression, il peut s’arrêter pour faire face une affaire privée. Churchill a été déifié mais cette histoire nous permet de le voir sous un autre jour bien différent, plus complexe ». Il reste un héros mais sans tomber de son piédestal il apparaît tel un homme comme les autres, pétri de contradictions.