Changer d'édition

Dans l’air du temps: Laissez Diana en paix!
Culture 3 min. 03.06.2017

Dans l’air du temps: Laissez Diana en paix!

Dans l’air du temps: Laissez Diana en paix!

Culture 3 min. 03.06.2017

Dans l’air du temps: Laissez Diana en paix!

Dans sa chronique hebdomadaire, Stéphane Bern revient sur le documentaire consacré à la mort de la princesse Diana, diffusé mercredi dernier sur M6.

On nous l’annonçait comme une véritable bombe, une incroyable révélation, on allait enfin tout savoir sur la mort de la princesse Diana, décédée il y aura vingt ans le 31 août prochain, sous le tunnel du Pont de l’Alma à Paris. 

Un peu plus de trois millions de personnes étaient donc rivées, cette semaine, devant leur petit écran pour visionner sur M6 le docu-fiction censé dévoiler les circonstances de la mort de feue la princesse de Galles, et relayées par la sortie concomitante du livre de Jean-Michel Caradec’h, 

«Qui a tué Lady Di ?» (Grasset). Là où les téléspectateurs attendaient un scoop retentissant, de nature à doper l’audience, on leur a servi une maigre pitance pour tout résultat d’un examen minutieux de huit mille pages d’enquête de police: loin de remettre en cause la thèse de l’accident tragique pour accréditer l’hypothèse un peu folle d’un complot ourdi dans l’ombre par les services secrets britanniques, les trois journalistes Pascal Rostaing, Bruno Mouron et Jean-Michel Caradec’h affirment que la Mercedes du Ritz conduite par Monsieur Paul et dans laquelle avaient pris place la princesse Diana et son compagnon Dodi Al Fayed… était une épave retapée après avoir été le fruit d'un important accident quelques années auparavant.

Autant dire que cette information, sûrement capitale dans la résolution de l'enquête policière, a visiblement laissé sur leur faim les téléspectateurs qui n'ont pas masqué leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Tout ça pour ça.

Fallait-il, vingt ans après, rouvrir encore ce douloureux dossier à la recherche effrénée du scoop qui va attirer le chaland devant la télévision et permettre de vendre des livres? 

Après tout, au terme de trois ans d'investigations et une centaine de témoins entendus, l’enquête policière avait conclu à un accident de la route sous le tunnel de l'Alma en raison d'une vitesse excessive de la Mercedes et de l'état d'ivresse du chauffeur Henri Paul, également décédé dans le crash. 

Les trois chasseurs de scoop ont repris le dossier de zéro, épluchant les documents pour lever le voile sur les derniers doutes, notamment concernant cette mystérieuse Fiat Uno, vue par des témoins le soir du crash, dont le conducteur, un vigile accompagné d'un chien, a été identifié. 

Sa voiture percutée par la Mercedes du Ritz, il prend peur, cherche à se faire oublier devant la gravité de l'affaire, avant d'être retrouvé. Son témoignage a permis en tout cas aux juges de clore les pistes les plus extravagantes, dont celle de l'attentat, et de blanchir les photographes.

Reste la question de la Mercedes S-280, une limousine qui affiche 11.000 kilomètres seulement, utilisée au dernier moment par Henri Paul pour quitter le Ritz en trombe au mépris de toute sécurité. 

Le livre montre que cette voiture a eu une première vie: elle a été achetée neuve, puis rapidement braquée, volée, et retrouvée complètement défoncée dans un champ près de Roissy, après avoir essuyé plusieurs tonneaux. Elle est classée VGA, véhicule gravement endommagé et remboursé comme «épave» par les assurances à son propriétaire. 

Elle réapparait pourtant, et on s'aperçoit vite qu'elle est instable, imprévisible… un ancien chauffeur dira même qu'on ne la tenait plus au-delà de 60 km/h. 

Précipitation, vitesse, alcool et anti-dépresseurs, et voiture trafiquée…les ingrédients d’un drame effroyable. On aurait aimé, dans l’exposition de la vérité complète, un peu moins de sensationnalisme gourmand. On appelle cela la décence.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.