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Dans l’air du temps - la chronique de Stéphane Bern: Un air de nostalgie
Culture 2 min. 17.01.2016

Dans l’air du temps - la chronique de Stéphane Bern: Un air de nostalgie

Stéphane Bern

Dans l’air du temps - la chronique de Stéphane Bern: Un air de nostalgie

Stéphane Bern
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Culture 2 min. 17.01.2016

Dans l’air du temps - la chronique de Stéphane Bern: Un air de nostalgie

Stéphane Bern écrit une chronique douce-amère sur ce début d'année 2016 qui a vu la disparition de nombreux artistes, admirant leur talent et réticent à l'opportunisme marketing qui en découle.

Quoi de neuf en ce début d’année? La nostalgie. Elle ne s’est jamais aussi bien portée et il faut bien avouer qu’en période de crise et d’incertitude nous avons davantage tendance à regarder dans le rétroviseur qu’à scruter l’avenir avec confiance. 

Pour preuve l’émotion populaire qu’a suscitée la mort de Michel Delpech, le chanteur de nos années bonheur aussitôt paré des vertus bienfaitrices d’un âge d’or. Cette semaine, également, la télévision, la presse, pour ne pas parler des librairies ou des maisons de disques se sont emparées du souvenir du chanteur disparu pendant le Paris-Dakar il y a trente ans, Daniel Balavoine. 

Toute la jeune génération des chanteurs en vogue se sont saisi de ses chansons « Vivre ou survivre », « Je ne suis pas un héros » ou « Mon fils ma bataille » pour participer à un album d’hommages à un artiste dont ils ne s’étaient jamais inspirés ou dont ils n’avaient jamais réclamé ni l’héritage ni même une quelconque filiation. 

Tout cela ne serait donc que du marketing bien orchestré dans le seul but de ranimer une industrie de la musique moribonde ? Une chose est sûre, nous déclarons notre flamme aux chanteurs lorsqu’ils passent de vie à trépas ou lorsqu’ils ont interrompu leur carrière. 

Après tout, Jean-Jacques Goldman, qui a mis sa discographie entre parenthèses depuis quinze ans, et se montre aussi avare de ses mots en public, reste pour la sixième année consécutive la personnalité préférée des Français. Nostalgie toujours avec le triomphe réservé aux vétérans de la chanson qui effectuent leur come-back, tels Renaud qui renaît comme le phénix, ou Michel Polnareff dont l’homme en rouge, son nouveau titre, a longtemps joué l’Arlésienne. 

Il y a sans doute quelque chose de rassurant à aller puiser dans le passé des raisons d’espérer. Mais c’est aussi le signe d’une société bloquée qui se replie sur ses souvenirs les plus heureux, par peur de la nouveauté. Toutes leurs chansons nous font l’effet d’instantanés qui ressuscitent des instants de bonheur auxquels on se raccroche en se disant qu’elles nous replongent dans une époque formidable, alors qu’elle ne l’était pas tant que cela… 

Voguant sur cette vague de nostalgie, les maisons de disques se frottent les mains en sortant des compilations, des best-of, des albums de reprises. A peine a-t-il les yeux fermés que David Bowie est propulsé en tête des ventes. Michel Delpech devrait aussi connaître une belle carrière post-mortem. Pourquoi attendre que les belles âmes et les jolies choses nous abandonnent, pour mieux les aimer et les regretter?


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