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Dans l'air du temps: Famille, je vous aime
Culture 3 min. 28.01.2017

Dans l'air du temps: Famille, je vous aime

Stéphane Bern livre son avis sur un sujet phare chaque semaine.

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Stéphane Bern livre son avis sur un sujet phare chaque semaine.
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Culture 3 min. 28.01.2017

Dans l'air du temps: Famille, je vous aime

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Un proverbe africain, s’appuyant sur l’observation attentive des singes, énonce sagement «qui veut grimper au cocotier doit faire attention à avoir les fesses propres». Le conseil vaut en politique lorsqu’un candidat toujours prompt à donner des leçons de morale se trouve pris la main dans le sac...

Par Stéphane Bern 

Un proverbe africain, s’appuyant sur l’observation attentive des singes, énonce sagement «qui veut grimper au cocotier doit faire attention à avoir les fesses propres». Le conseil vaut en politique lorsqu’un candidat toujours prompt à donner des leçons de morale – quitte à brandir ses convictions de chrétien comme le Républicain François Fillon – se trouve pris la main dans le sac et surpris en défaut de transparence sur les sommes versées à son épouse Pénélope pour un emploi d’attachée parlementaire dont il entend prouver qu’il n’était pas fictif.

Le "Penelope Gate" est le boomerang fatal d’une référence excessive à la probité vertueuse d’un candidat à la présidence qui a fait de la transparence sourcilleuse sa marque de fabrique. L’affaire aura au moins eu le mérite de révéler ce que le site Mediapart martèle depuis 2014 : 115 des députés français (sur 577), soit 20% d’entre eux, ont rémunéré un membre de leur famille proche. Si l’on fait les comptes, cela revient à dire que l’Assemblée Nationale a largement gratifié 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés, sans que l’on puisse évaluer s’ils étaient tous les plus compétents pour exercer la mission assignée, ni passer d’entretien d’embauche.

Cette forme moderne de népotisme n’a rien d’illégal, certes, mais est-ce bien moral ? Ainsi, la très discrète Pénélope Fillon, qui prétendait vouloir rester dans l’ombre à élever ses enfants, ses chevaux et ses chiens, secondait son mari dans le plus grand secret pour la somme de 500.000 euros en huit ans sans que personne ne la croise dans les bureaux. Du grand art!

Côté socialiste, le candidat Benoît Hamon, frondeur qui se veut «à la gauche de la gauche», répugne, lui, à exposer son épouse devant les médias. Il est vrai que Gabrielle Guallar travaille dans l’antre du capitalisme bourgeois, le groupe de luxe LVMH, où elle exerce de hautes responsabilités et met notamment en œuvre la réforme très décriée du travail dominical ou nocturne… 

D’ailleurs, dans l’hystérie collective de cette période pré-électorale en France, les produits de luxe cristallisent les antagonismes. Pour preuve, le sac de la marque Louis Vuitton sur lequel la chanteuse Jenifer s’est endormie pendant les répétitions du concert des Enfoirés au profit des Restos du cœur à Toulouse et dont la photo a enflammé les réseaux sociaux. «Combien peut-on avoir de repas pour le prix de ce sac?» demandaient certains internautes tandis que d’autres félicitaient l’artiste de soutenir l’industrie du luxe français et de favoriser l’emploi dans un secteur où le savoir-faire est valorisé.

Pourtant, voulant voler à son secours, le manager de Jenifer a cru bon de minimiser la valeur du sac «vintage» qu’elle aurait «acheté dans une friperie il y a quinze ans». On s’étonne ensuite que le chanteur Jean-Jacques Goldmann ait choisi de vivre au Royaume-Uni, en quittant la France, sa légion de Tartuffe et autres donneurs de leçons qui y règnent en maîtres.

On a beau dire, mais le Général de Gaulle et son épouse, la bénévole Tante Yvonne, n’avaient rien à craindre au jeu de la vérité. Autres temps, autres mœurs.