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Dans l’air du temps: Et vogue Britannia
Culture 2 min. 18.03.2017

Dans l’air du temps: Et vogue Britannia

Dans l’air du temps: Et vogue Britannia

Archives LW
Culture 2 min. 18.03.2017

Dans l’air du temps: Et vogue Britannia

Cette semaine, dans sa chronique pour le Luxemburger Wort, Stéphane Bern nous parle du yacht royal Britannia, regretté par les autorités britanniques.

Vérité d’hier n’est pas forcément celle du jour. A l’heure où l’esprit comptable et la dictature de la transparence ont envahi l’espace public, les autorités britanniques commencent à regretter le yacht royal Britannia qu’en 1997 le Premier Ministre travailliste Tony Blair avait désarmé pour l’envoyer finir ses jours dans le port d’Edimbourg. 

Vingt ans après, un collectif de députés conservateurs, allié aux milieux d’affaires de la City et soutenu par une campagne de presse du quotidien The Daily Telegraph réclame un nouveau yacht pour la reine comme moyen le plus efficace de sortir le navire Grande-Bretagne des eaux troubles du Brexit. 

Pour la première fois, un ministre du gouvernement britannique de Theresa May, le bouillant ministre des Affaires Etrangères Boris Johnson, affirme publiquement son soutien à la dépense de quatre-vingt-dix millions d’euros pour offrir à sa souveraine un yacht flambant neuf. 

Lors d'un débat sur le budget à la Chambre des Communes, Boris Johnson a dit aux députés qu’il pensait «qu’un nouveau yacht royal constitue l’une des mesures que ce gouvernement sera en mesure d'examiner… Je crois que cela ajouterait beaucoup à la douce puissance de ce pays». Et pour calmer les esprits chagrins qui s’élèveraient aussitôt contre le coût prohibitif d’une telle commande aux chantiers navals, le ministre a précisé que le remplacement du yacht royal devrait être financé par des bailleurs de fonds privés. 

«Le nouveau Britannia ne devrait pas faire appel aux contribuables, mais sur des fonds privés et je suis sûr qu'il obtiendrait un soutien écrasant». Un revirement pour le gouvernement qui n’avait cessé de répéter qu’un nouveau yacht royal «n’était pas une priorité», refusant de dépenser un centime et rappelant au passage que le coût pour le contribuable de la gestion du nouveau yacht est estimé à 9 millions d’euros par an. 

«Le gouvernement commence enfin à reconnaître sa valeur et les bienfaits qu'un nouveau yacht royal peut apporter à la Grande-Bretagne et à son commerce à travers le monde après le Brexit» s’est félicité le député conservateur Jake Berry qui, depuis des mois, fait campagne pour un nouveau yacht royal soutenu par l'investissement privé, «le nouveau yacht pour Sa Majesté serait un formidable ambassadeur flottant de mission commerciale, à utiliser par notre industrie dans le monde entier, pour l'intérêt de notre nation».

Le yacht aurait permis de conclure des échanges commerciaux pour quelque trois milliards d’euros entre 1991 et 1995. Le gouvernement avait alors refusé de le remplacer en déboursant moins de cent millions d’euros, au grand dam de la reine qui avait versé une larme en lui disant adieu. Le projet de nouveau yacht pourrait donc bien sortir des cartons. 

En attendant de s’écrier «vogue Britannia», la reine (ou ses successeurs) peuvent rappeler le mot du conseiller de la reine Victoria, Walter Bagehot. «Il y a des gens favorables à la suppression de la Cour, et il y a des gens favorables à l'entretien d'une Cour somptueuse, mais personne n'est favorable à une Cour minable».

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