Concert de Camille

Une druidesse à l'abbaye de Neumunster

(AF) - L'artiste Camille était jeudi soir en concert à l'abbaye de Neumunster. Un concert comme un rituel, plein de magie, de poésie et de choeurs qui résonnaient comme des incantations. Le ciel s'est retenu d'ailleurs. L'orage a attendu que les toutes dernières notes se soient échappées de la cour de l'abbaye pour éclater brutalement.

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Cinq ans après son concert à la Philharmonie de Luxembourg (pour son album Ilo Veyou), où elle évoluait au sein d'une scénographie complexe et féérique en 2012, l'artiste fantasque a réapparu dans un décor minimaliste sur la scène de Neumunster.

Camille apparaît sur scène dans une robe fluide en coton bleu délavé, pieds nus. Ses choristes l'entourent avec complicité. La lumière bleue laisse peu à peu la place à une lumière jaune, plus chaude, puis rouge. Un tissu bleu délavé au fond de la scène, les musiciens et choristes sont aussi vêtus de bleu, couleur de la couverture de l'album. Les percussions sont très présentes.

Au centre de la scène, une imposante percussion à peau rappelle le «O» du titre de son album «Ouï»; cette forme ronde qui réapparaît d'ailleurs dans le clip «Seeds». Ses jeux de mots et de sonorités entremêlés étaient hélas imperceptibles sur les deux premiers morceaux: Sous le Sable et Lasso.

Camille a son univers, sa liberté d'interprétation, comme les enfants lorsqu'ils s'amusent à expérimenter toutes les sortes de sons que leur voix leur permet d'exprimer. Elle a cette liberté décomplexée. L'enfant expérimente. Camille créée. Elle vit sûrement quelque part dans une forêt, peut-être celle de Brocéliande. Entourée d'elfes, un vieux grimoire à portée de main.

Incantations et litanies

C'est une druidesse, une prêtresse chamanique, plus qu'une fée, qui évolue sur scène vêtue de sa robe à la teinte onirique. Les percussions et les chants, qui deviennent parfois des sortes d'incantations ou de litanies sont envoûtants. Un ensemble qui prend aux tripes.

Camille a ce pouvoir magique d'envoûter ou d'agacer. Elle ne peut en tout cas laisser indifférent. Les morceaux se sont succédés dans l'ordre de l'album, avant de reprendre son succès de l'album Le Fil: Ta Douleur, acclamée par le public. Enchanté, celui-ci en redemande.

Pour le rappel, Camille opte pour une improvisation. «Le quartier ici s'appelle le Grund, c'est ça?» La sonorité gutturale lui plaît. Elle s'en amuse sur tous les tons. Fait monter des spectateurs sur scène: «Vous ferez les basses, vous les altos et vous les sopranos».

En 2012 à la Philharmonie, elle avait fait aboyer la moitié de la salle et miauler l'autre, un pari amusant et original dans un lieu plutôt institutionnel, même s'il est ouvert à diverses formes d'art.

Alors que les musiciens soufflent leurs dernières notes, une forte bourrasque souffle sur l'abbaye. Les ponchos de pluie en plastique se gonflent et s'envolent. Un court instant plus tard, la pluie se met à tomber fort. «Ce n'est que de l'eau! L'eau, c'est la vie!» a clamé Camille dont le morceau Twix est d'ailleurs un plaidoyer pour l'écologie. Les spectateurs s'enfuient en courant vers le porche en direction de la sortie. Adieu applaudissements! 

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