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Clara veut la lune...

Clara veut la lune...

Photo: Claude Piscitelli
Culture 12 2 min. 17.12.2018

Clara veut la lune...

Sur invitation de la Rockhal, la jeune Clara Luciani (26 ans) s'est produite aux Rotondes samedi soir, pour démontrer que si «on ne meurt pas d’amour», il est «certains mots dont on ne guérit pas» – à moins de les passer à la moulinette d’une galette baptisée «Sainte-Victoire».

Par Sonia Da Silva

Clara Luciani, d'ascendance corse et sicilienne, s'inscrit dans la lignée de l’avant-garde féminine de la chanson française qui actuellement donne le la, telles Blondino ou Juliette Armanet: toutes portent haut l'art du chant et de la scène, revendiquent une posture un brin féministe et percent les ondes avec d’entêtants sésames radiophoniques.

La déferlante Clara Luciani a eu pour nom «La Grenade», morceau puissant dans lequel sommeille une rage insoupçonnée. Sur ce titre déroutant servi à mi-concert face à un public réceptif voire fébrile, la chanteuse interpelle avec ce couplet punchy: «Hé toi / Qu'est-ce que tu regardes? / T’as jamais vu une femme / qui se bat». D'un air crâne, Clara fixe la salle sur une ligne de basse martelante, prête à en découdre: «Hé toi / Mais qu'est-ce que tu crois? / Je ne suis qu'un animal / Déguisé en madone.»

Vagues à l’âme

Physique de mannequin androgyne, cheveux longs et coupe à frange, chanteuse-auteure-compositrice habile à la guitare, Clara Luciani fait immanquablement songer à Françoise Hardy. Non seulement par le physique mais aussi par l'univers artistique: comme Hardy, qu'elle cite volontiers comme modèle, Luciani fait de ses fêlures amoureuses des ballades capables de chasser le spleen. Certaines laissent même entendre que la revanche est un plat qui se mange froid, comme sur «La Dernière Fois», d'un affranchissement orageux: «Prends une photo de moi / Photocopie-la trois fois / Encadre-la au-dessus de ton piano droit / Entre tes parents et un certificat.»

«La baie» en vogue

Sur scène, Clara a le bon goût de ne jamais trop en faire: les paroles d'une belle puissance d'évocation, la voix d'un timbre particulièrement grave, et le talent des musiciens, d'une fugueuse vitalité, suffisent à habiller le concert sans que la chanteuse ne ressente le besoin d'en rajouter en rockstar-attitude.

Le public apprécie son inclination à la résilience en toute chose, dont est le reflet ce premier album autobiographique, «Sainte-Victoire» (2018) dans lequel elle signe tous les titres, sauf «LaBaie», qui est l'adaptation française très disco d’une chanson de Metronomy.

Et comme un péché mignon ne vient jamais seul, Clara commet une seconde reprise avec gourmandise, en interprétant à sa façon «Blue jeans» de Lana Del Rey, en guise de rappel bis.

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