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Billet: «Mais non!» et autres tendances langagières

Billet: «Mais non!» et autres tendances langagières

Illustration: Shutterstock
Culture 2 min. 24.08.2018

Billet: «Mais non!» et autres tendances langagières

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
A chaque année son expression tendance. 2018 est le cru du «Mais non!» alors que 2017 était celui du «Voilà, voilà» qui fleurissent encore sur les réseaux sociaux.

Cette année, c'est la manie du «mais non!» qui l'emporte. Je m'y suis essayée, et je vous assure qu'il est difficile de trouver le ton juste pour l'exprimer. Il faut que l'intonation monte légèrement, traduise un effet de surprise, mais pas une interrogation. 

«Mais non» s'apparente à l'ancien  «Sérieux?», qui lui-même se substituait à  «Sérieusement?» ou encore le classieux  «J'y crois pas!». «Mais non» fleurit même sur les réseaux sociaux. C'est une réaction. Il est devenu familier, je le trouvais plutôt amusant, j'étais même prête à le qualifier de belle nouveauté, dans mon ordre intérieur... Quand j'ai réalisé qu'il commençait à m'agacer un tantinet le tympan. Rien à voir avec le sympathique «Mais non mais non» d'Henri Salvador. Nostalgie, quand tu nous tiens...

L'an dernier, c'était «voilà, voilà!», qui fonctionnait encore mieux dit avec une petite voix aigrelette, semblable à celle de Valérie Lemercier qui clamait fièrement «C'est moi qui l'ai fait» dans une publicité

En 2016, tout le monde était «blasé». Un terme utilisé à défaut pour désigner une lassitude à tout moment (dans une file d'attente au supermarché, dans le trafic, dans l'attente de la livraison d'une commande, etc.) mais qui, selon Larousse, signifie «Personne qui pense avoir épuisé l'expérience humaine et qui est dégoûtée de tout»: un mot fort, employé pour des situations exceptionnelles. Idem lorsque je m'entends dire «C'est l'horreur!» à propos de situations banales et quotidiennes. A chaque fois que cette laide expression m'échappe, je pense à ceux qui vivent dans un pays en guerre: quelle force resterait-il aux mots pour décrire ce que vivent ces gens, si la banalité leur vole? Cela revient à nier le calvaire que certains endurent, pas si loin. 

En 2015, je ne sais plus. En 2014, tout était «improbable»: un couple hollywoodien, un film... J'ai même entendu quelqu'un au restaurant s'exclamer «Mais qu'est-ce que c'est que ce dessert improbable?»: un dessert qui a peu de chances de se produire, donc. Même parmi les journalistes - oui, oui! - beaucoup de faits, d'objets, de personnes, étaient devenues «improbables».

Avant cela, tout était «dédié»: un espace, une application web, un événement, un train, alors que ce terme se rapporte à l'art ou à l'hommage à un être cher. Et que dire du «je reviens vers vous» qui me fait systématiquement penser à mon chien qui me rapporte un bâton que je lui ai lancé pour jouer. Alors qu'il est si simple de dire «je vous recontacte», «je vous rappelle», «je vous réponds». La liste pourrait encore s'allonger évidemment. Il existe des changements qui sont des évolutions, qui s'enracinent dans la langue. Mais ces effets de mode, parfois sympathiques à leurs débuts, deviennent vite une névrose verbale propice à vous irriter le tympan!

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