Changer d'édition

Billet: Ces moules que j'ai tant aimé
Une mauvaise blague belge.

Billet: Ces moules que j'ai tant aimé

Une mauvaise blague belge.
Culture 06.09.2018

Billet: Ces moules que j'ai tant aimé

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Deux enseignants wallons proposent une révision de la règle française de l'accord du participe passé. On ne respecte plus rien!

On apprend que deux Belges veulent nous saboter le participe passé une fois. Que deux enseignants de Wallonie – une ardeur d'avance – veulent torpiller les règles de l'accord du participe avec l’auxiliaire avoir, jugées «complexes et peu utiles».

Ils disent, les ardents, que ça les fait «suer», ce participe et ses caprices en fonction du complément d'objet direct, on n'a qu'à le rendre invariable partout une fois. Et que le temps mis par les enfants à l'apprendre peut être utilisé pour d'autres activités, comme la lecture disent-ils, sur smartphones sans doute, pour mieux «explorer la morphologie» disent sans rire nos Wallons, qui dénoncent les «aspects arbitraires du code graphique» – oui, la langue comme «code graphique», voilà madame où nous en sommes, l'ortho ne relève plus du style mais de la déco.

Qu'en dit Arno, le grand poète belge («Les filles du bord de mer chantent l'auxiliaire»), qui même bourré n'a jamais craint l'imparfait du subjonctif? Il dirait, question auxiliaire, qu'il faut en avoir, pour être con à ce point. Moules!

Mais soit. Je veux croire que cette affaire est une vanne surréaliste. Ceci n'est pas un attentat contre la grammaire, c'est une blague, nom d'une pipe. Une blague belge, qui fait pas rire pour une fois.

Elle fait pas rire parce que c'est pas le bon moment. Parce que les gamins vont reprendre le chemin de l'école. Et que sur ce chemin on voudrait leur rappeler que la langue vise à dire le monde et non à le faire «suer», que la langue doit dire le monde dans sa complexité, ses nuances et ses différences, le masculin et le féminin, le singulier et le pluriel, Tintin et Milou, et qu'à tout simplifier c'est notre intelligence qui finit en carbonade, face au monde et à sa magnifique diversité, cette complexité sans quoi la vie serait morne comme à Blankenberge une plage sans crottes ni roulottes, comme une pils sans mousse, comme un manneken sans pis.