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«Belfast», chronique d’une enfance volée
Culture 1 3 min. 05.03.2022
Critique ciné

«Belfast», chronique d’une enfance volée

 Trois générations sont réunies autour d’un même conflit, la guerre en Irlande du Nord.
Critique ciné

«Belfast», chronique d’une enfance volée

Trois générations sont réunies autour d’un même conflit, la guerre en Irlande du Nord.
Photo: Universal
Culture 1 3 min. 05.03.2022
Critique ciné

«Belfast», chronique d’une enfance volée

Thierry HICK
Thierry HICK
Avec son film le réalisateur Kenneth Branagh se souvient de sa jeunesse.

Buddy a neuf ans et il est le témoin involontaire d’émeutes fratricides qui déchirent les habitants de son quartier: la rue dans laquelle il habite est le théâtre d’affrontements violents entre catholiques et protestants. La résistance s’organise, la peur s’installe, les habitants s’organisent tant bien que mal. Buddy cherche de l’aide et du réconfort auprès de ses parents et ses grands-parents. Et essaie de vivre par-dessus tout.

La trame de ce qui s’apparente à la chronique d’une enfance volée est tout sauf imaginaire. Surtout lorsqu’elle est l’œuvre d’un réalisateur concerné de très près par les «troubles» qui ont mis à feu et à sang l’Irlande du Nord, et tout particulièrement la ville de Belfast à la fin des années 1960. Kenneth Branagh est né à Belfast en ... 1960. En 1969, l’époque où se déroule son «Belfast» il a donc neuf ans, tout comme le personnage central de Buddy.

 Parallèles autobiographiques  

Les parallèles autobiographiques sont nombreux entre son vécu et celui du jeune garçon. Et pourtant, Kenneth Branagh ne raconte pas que son histoire personnelle, mais celle de tout un peuple, de toute une nation déchirée par une ligne de fracture indélébile.

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Le réalisateur met en scène une famille – un couple et ses deux enfants – dans leur quotidien. Dans un climat oppressant, la vie suit son cours, rythmée par la «guerre» toujours présente. Le choix du noir et blanc, quelque peu déroutant au début, devient une évidence. Non pas pour créer une quelconque nostalgie, mais pour affermir les ambiances et presque pour souligner des tonalités que l’on imagine riches.

Quelques touches de couleur

Les quelques intrusions de la couleur, outre les jeux d’effets, se résument à quelques rares moments, lorsque le réalisateur britannique se remémore les films qui ont marqué sa jeunesse. Tout comme la bande son d’un certain Van Morisson, qui éloigne l’écueil qu’aurait provoqué un unique recours à la musique purement celtique. Un raccourci que le réalisateur voulait, heureusement, éviter à tout prix.

Keneth Branagh, tout comme Pedro Almodóvar, en évoquant son enfance, a su trouver les bons mots, mais aussi les images justes. Sa collaboration avec le chef décorateur Jim Clay – déjà à l’œuvre pour ses films, entre autre «Mort sur le Nil», actuellement à l’affiche de nos salles – est magnifiée par un grand soin apporté aux détails, histoire de recréer une époque. Dans laquelle, les acteurs n’ont plus que besoin de s’approprier. A l’image de Jude Hill, tout juste onze ans, qui étonne et détonne, tant son personnage de Buddy est d’une brillance tout inattendue.

Keneth Branagh, en évoquant son enfance, a su trouver les bons mots, mais aussi les images justes.
Keneth Branagh, en évoquant son enfance, a su trouver les bons mots, mais aussi les images justes.
Photo: Universal

  Relations entre trois générations

Le frère de Buddy doit s’effacer et garder le silence, les parents tentent de sauver leur couple et les grands-parents ont pour mission de cimenter les relations entre les trois générations, mais surtout de guider et orienter leur petit-fils. Les acteurs Ciarán Hinds (Pop) et surtout Judi Dench (Granny) illuminent à leur manière cette histoire qui, malgré les circonstances ne sombre jamais. La caméra de Kenneth Branagh est comme une bouée de sauvetage pour les habitants de ce quartier populaire de Belfast. La chaleur humaine prime sur la brutalité que peuvent exprimer certains. Kenneth Branagh, même s’il a une opinion tranchée sur la question, refuse un manichéisme trop facile.

Le résultat au finish peut apparaître certes convenu, on est loin d’une mise en abyme de certaines réalités sociales chères à d’autres cinéastes britanniques, le chemin parcouru par Buddy et sa famille, jusqu’à la scène finale, mérite de s’y attarder. 

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