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Avec Superjhemp Retörns, «on voulait raconter notre propre histoire»
Culture 18 5 min. 20.10.2018

Avec Superjhemp Retörns, «on voulait raconter notre propre histoire»

«Superjhemp Retörns» a été présenté en avant-première ce vendredi 19 octobre, au cinéma Utopolis du Kirchberg, en présence de l’équipe du film.

Avec Superjhemp Retörns, «on voulait raconter notre propre histoire»

«Superjhemp Retörns» a été présenté en avant-première ce vendredi 19 octobre, au cinéma Utopolis du Kirchberg, en présence de l’équipe du film.
Jean Vayssières
Culture 18 5 min. 20.10.2018

Avec Superjhemp Retörns, «on voulait raconter notre propre histoire»

En attendant sa sortie en salle le 24 octobre, «Superjhemp Retörns» a été révélé en avant-première à quelques Luxembourgeois impatients. À l’écran s’est révélée une comédie familiale, typiquement luxembourgeoise, qui veut aller plus loin que la simple adaptation sur grand écran.

Par Jean Vayssières

Il est 19h30, ce vendredi 19 avril, et la salle numéro 10 de l’Utopolis du Kirchberg est pleine à craquer. Des centaines de Luxembourgeois sont venus assister à l’avant-première du film «Superjhemp Retörns», qui ne sortira officiellement que le 24 octobre.

Parmi eux, installée sur des sièges réservés, l’équipe du film patiente, attendant la fin de la projection pour monter sur scène.

Un Superjhemp vieillissant reprend du service

Soudain, le brouhaha de la foule se stoppe poliment pour laisser place à une femme vêtue de rouge, qui cite et remercie tous les acteurs du projet, politiques ou économiques, comme le Film Fund du Luxembourg.

Derrière elle, sur l’écran géant, un logo «Kinoplease», la variante parodique des cinémas Kinepolis dans le monde de Superjhemp, annonce la couleur. Celui-ci laisse place à l’affiche du film et à ses sponsors qui, bien que fictifs, paraissent étrangement familiers: la bière Sibon, la compagnie Juxair, la BILL, RTHELL, Kaktus… et le Lurusbuerger Wuert, que Charel Kuddel, le nom civil du super anti-héros, lit chaque matin.

Désirée Nosbusch et André Jung incarnent un couple de citoyens anonymes et empâtés, entraînés sur le devant de la scène par la force des choses.
Désirée Nosbusch et André Jung incarnent un couple de citoyens anonymes et empâtés, entraînés sur le devant de la scène par la force des choses.
Jean Vayssières

«Villmols Merci» conclut l’hôte de la soirée, à qui répond un tonnerre d’applaudissements et l’extinction des lumières. Le film commence avec un plan sur une plage. Charel Kuddel tombe du ciel et s’enfonce dans les flots… Pourquoi? Réponse en 1h40 de comédie familiale, sous-titrée en français, qui assume pleinement sa cible luxembourgo-luxembourgeoise.

On y retrouve un Superjhemp à la retraite, fonctionnaire bedonnant fatigué, qu’une nouvelle menace sur la famille Petit-Ducale force à reprendre du service. Entre ses mains se jouera le sort du pays, mais également celui de son couple et de sa propre famille, qui peinent à traverser les années sans heurts.

Superjhemp «a l’étoffe pour construire une histoire familiale»

Concernant l’intérêt d’adapter le héros de bande dessinée le plus célèbre du Luxembourg sur grand écran, le réalisateur Félix Koch est formel: «et pourquoi pas ?», s’amuse-t-il. «C’est un peu la seule franchise luxembourgeoise qui existe. Il est bien aimé, bien connu, et a l’étoffe pour construire une histoire familiale. C’est un héros positif, pas négatif comme le serait Man of Steel («l’homme de fer», surnom de Superman, ndlr). Il est comme nous, et tout le monde peut s’y identifier».

Ce héros débonnaire a bercé l’enfance de Félix Koch, comme celle de nombre de Luxembourgeois. «J’ai grandi avec lui, même si je n’avais pas toujours assez d’argent de poche pour acheter les albums», confie le réalisateur. «Lorsque Claude Waringo m’a proposé de l’adapter au cinéma, il me les a tous achetés et j’ai rattrapé ceux qui me manquaient».


«Superjhemp Retörns» veut renouer avec le public luxembourgeois
Le film «Superjhemp Retörns» sortira dans les cinémas du Luxembourg le 24 octobre prochain. Claude Waringo, co-fondateur de Samsa Film, société de production responsable du projet, nous raconte la genèse de cette adaptation dont l'objectif est de renouer avec le public du Grand-Duché, en lui racontant une histoire bien luxembourgeoise.

«Ça ne sert plus à rien de raconter Superjhemp avec Jean-Claude Juncker» nous déclarait Claude Waringo en septembre dernier. Car contrairement à un grand nombre d’adaptations de bande dessinée sur grand écran, les aventures de Superjhemp au cinéma ne reprennent pas l’intrigue d’albums existants.

La projection de «Superjhemp Retörns» a réuni un grand nombre de spectateurs ce vendredi 18 octobre.
La projection de «Superjhemp Retörns» a réuni un grand nombre de spectateurs ce vendredi 18 octobre.
Jean Vayssières

«On ne voulait pas faire une imitation», poursuit Félix Koch. «On voulait raconter notre propre histoire. Créer un film émotionnel et familial, plutôt qu’une simple comédie. Que l’on puisse prendre les personnages au sérieux. Le but, c’était de faire un Pixar sans animation: un film qu’on peut voir et revoir à différents niveaux, en étant enfant, adolescent ou adulte».

«On voulait trouver une bonne histoire. J’espère avoir réussi, en tout cas le film me plaît, et il doit me plaire avant tout. Quand je l’ai écrit, il m’a touché: c’est un peu une histoire personnelle. J’ai repris le cœur, la substance de l’original, et y ai ajouté un peu de moi».

«On a tout fait pour ne pas simplement adapter une BD à l’écran»

Cette volonté d’aller plus loin qu’une simple adaptation a séduit André Jung, l’acteur luxembourgeois domicilié en Allemagne qui joue le rôle de Superjhemp. «J’étais heureux que l’histoire donne plus de profondeur au personnage», raconte-t-il.

«Je crois que le public luxembourgeois pourra s’identifier avec le personnage et l’histoire: on a vraiment tout fait pour ne pas simplement adapter une BD à l’écran, mais faire un vrai film de cinéma». Car, au-delà de son aspect artistique, le projet Superjhemp a pour objectif de réconcilier le public luxembourgeois avec le cinéma du Grand-Duché.

En résulte un film très centré sur le pays, comme l’était la bande dessinée en son temps: en plus des noms de marques parodiés, on y retrouve les noms de Schneider ou Bettel, la Gëlle Fra et les trois glands du Fort Thüngen, ou encore des références à l’Histoire moderne ou plus ancienne du Luxembourg, comme les dynamiques d’immigration ou l’affaire des poseurs de bombe des années 80, déjà familière à Superjhemp.

«Qu’est-ce que le Luxembourgeois typique?» s’est demandé André Jung pour rentrer dans son rôle. «Pour caricaturer, il est comme Charel Kuddel: assez vieux, chauvin, attaché aux traditions, et a du mal à comprendre son fils et sa technologie moderne. Mais même si le personnage est une caricature, il ne fallait pas le jouer de façon caricaturale».

Une adaptation dédiée à Roger Leiner

Le comédien luxembourgeois incarne un Superjhemp touchant, abîmé par le temps, empâté par une vie devenue normale et fuyant son passé héroïque. Lucien Czuga, scénariste de la bande dessinée originelle, ne voyait que lui pour enfiler le costume, et en avait fait une condition à la cession des droits pour l’adaptation.

Une fois le générique achevé, l’équipe du film s’est réunie face au public le temps de quelques déclarations.
Une fois le générique achevé, l’équipe du film s’est réunie face au public le temps de quelques déclarations.
Jean Vayssières

«Évidemment, c’est flatteur», reconnaît André Jung, «et je ne le savais pas à l’époque». Flatteur, oui, mais cette responsabilité n’a pas fait peur au comédien. «Stressant? Ce n’était pas stressant! C’est lui qui a choisi l’acteur. C’est à lui d’avoir fait le bon choix», blague-t-il.


Roger Leiner et Lucien Czuga aux Walfer Bicherdeeg en 2011
Superjhemp orphelin: Roger Leiner est mort
Le caricaturiste et illustrateur luxembourgeois Roger Leiner, l'un des pères du héros de BD bien connu du grand public Superjhemp, est décédé à l'âge de 61 ans.

Plus d’une heure et demie après le début de la projection, le générique de fin défile à l’écran, accompagné de longues minutes d’applaudissements. Sur la scène descendent comédiens, producteurs, réalisateurs et techniciens, pour quelques mots de remerciement et de longues embrassades.

Lucien Czuga entame un discours, la voix nouée par l’émotion. Il porte un t-shirt à l’effigie de Roger Leiner, son ami de toujours et dessinateur de la bande dessinée originelle, décédé en décembre 2016. «Superjhemp Retörns», comédie familiale typiquement luxembourgeoise, qui tente le pari de porter un grand pan de la culture du Grand-Duché au cinéma, lui est dédié.


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