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Avec le «Klub», Kinepolis s'attaque à l'art et essai à Metz
Le maire de Metz, Dominique Gros, a visité le chantier du cinéma en compagnie de représentants de Kinepolis, mais également de Dimitri Fayette, futur responsable d'exploitation.

Avec le «Klub», Kinepolis s'attaque à l'art et essai à Metz

Photo: Jean Vayssières
Le maire de Metz, Dominique Gros, a visité le chantier du cinéma en compagnie de représentants de Kinepolis, mais également de Dimitri Fayette, futur responsable d'exploitation.
Culture 7 min. 16.08.2018

Avec le «Klub», Kinepolis s'attaque à l'art et essai à Metz

Le cinéma «Klub», qui ouvrira ses portes le 30 août 2018 à Metz pour proposer une programmation art et essai, est une occasion pour Kinepolis de se débarrasser de son étiquette de cinéma grand public, pendant que les opposants grincent des dents face au monopole du groupe.

Par Jean Vayssières

Opération changement de peau pour Kinepolis à Metz: face à la grogne des sceptiques, qui critiquent le monopole du groupe sur l'agglomération, tout a été entrepris, lors de la visite du nouveau cinéma de la place Saint-Jacques ce jeudi 16 août, pour rassurer et légitimer la présence du géant belge dans les murs de la ville. Présent dans de nombreux pays, de la France à la Suisse en passant par la Pologne et l'Espagne, le groupe Kinepolis gère notamment, au Luxembourg, le cinéma d'art et essai Utopia, dans le quartier de Limpertsberg de la capitale. 

Le centre-ville de Metz, qui a abrité jusqu'à huit cinémas en même temps dans les années 70, n'en compte aujourd'hui plus que deux: le Caméo-Ariel de la rue du Palais, avec sa programmation art et essai, et le Palace, qui diffuse des films grand public place Saint-Jacques. Sans compter le complexe Kinepolis, qui trône à Saint-Julien-lès-Metz, loin du centre-ville, depuis 1995. 

La programmation grand public décalée dans le quartier de l'Amphithéâtre

Selon Dominique Gros, actuel maire PS de Metz, il s'agissait de «trouver la bonne formule pour avoir, à Metz, une salle grand spectacle et une autre d'art et essai». Cette formule, c'est le groupe Kinepolis: le 30 août, le Palace, en travaux depuis janvier 2018, rouvrira ses portes sous la direction de l'exploitant belge, en empruntant la programmation de films d'auteur du Caméo-Ariel qui, lui, fermera définitivement.

Le cinéma grand public ne disparaît pas pour autant du centre-ville. Le Klub, car c'est son nom, conservera 10 à 20% de diffusion de films dits «grand public» malgré son orientation art et essai. Surtout, un nouveau cinéma, toujours piloté par Kinepolis, ouvrira ses portes à l'horizon 2020 dans le quartier de l'Amphithéâtre de Metz, derrière le centre commercial Muse. Ce dernier proposera une programmation plus classique, avec les habituels blockbusters et films familiaux.  

Les salles du cinéma sont entièrement refaites, afin d'améliorer la qualité de son et d'image, mais également pour mieux accueillir les personnes à mobilité réduite.
Les salles du cinéma sont entièrement refaites, afin d'améliorer la qualité de son et d'image, mais également pour mieux accueillir les personnes à mobilité réduite.
Photo: Jean Vayssières

Environ 930 places et plus de 2.300 mètres carrés de surface, sur 4 niveaux: le Klub est un projet à 2,5 millions d'euros, financés à 100% par Kinepolis. «Autant d'argent public que le contribuable n'aura pas à sortir», lance innocemment Dominique Gros, avant de confesser une faiblesse culturelle concernant le cinéma à Metz, que ce nouveau projet devrait, selon lui, corriger.

«En termes de cinéma, l'offre messine n'est pas de bonne qualité. Il y a des progrès à faire», poursuit le maire de Metz. «Chaque année, par rapport aux prévisions, ce sont 500.000 billets de cinéma qui ne se vendent pas. Ce projet permettra d'apporter du qualitatif et de la diversité, en travaillant avec des professionnels». Selon la mairie, les cinémas de Metz vendent, sur une année entière, 1,2 million de tickets: 500.000 de moins, donc, que les 1,8 million prévus par les études de marché. 

À l'échelle du Klub, les acteurs du projet espèrent faire grimper les ventes des actuels 90.000 tickets annuels à 200.000, voire 250.000. «Ce serait un chiffre tout à fait normal», estime Hacène Lekadir, adjoint au maire chargé de la Culture et du Patrimoine.

Kinepolis tente de laver son image

«Metz compte un grand nombre d'étudiants et a un public armé intellectuellement pour l'art et essai. De plus, le nouveau cinéma du quartier de l'Amphithéâtre proposera de la VO sur les blockbusters, chose qui ne se fait pas à Saint-Julien-lès-Metz. Je suis persuadé que ce genre d'initiative fera revenir le public de Saint-Julien au centre-ville». Un enthousiasme partagé par Dominique Gros, pour qui «vous verrez ici, à terme, la satisfaction d'un public qui aujourd'hui n'est pas satisfait».

«Kinepolis a conscience des critiques qui lui sont faites, comme quoi ils seraient des marchands de blockbusters», confie Dominique Gros. Face à cette étiquette, le groupe belge a décidé de se donner meilleure image et commence timidement à laisser ses habitudes de côté pour aborder une autre sorte de cinéma, à l'écran comme dans l'architecture. 

Avec le nouveau Klub, Kinepolis fera tout pour rompre avec son étiquette péjorative. Une prise de distance qui se ressent jusque dans le nom du lieu: rien, à part un discret "K" placé en début de mot, ne rappelle le géant de l'exploitation dans «Le Klub». 

Le Klub sera ouvert de 10h45 à 22h30, du lundi au dimanche. Prix du billet en tarif normal: 8,90€, environ un euro de plus que pendant l'ère du Palace.
Le Klub sera ouvert de 10h45 à 22h30, du lundi au dimanche. Prix du billet en tarif normal: 8,90€, environ un euro de plus que pendant l'ère du Palace.
Photo: Jean Vayssières

L'endroit différera strictement des immenses complexes tels que celui de Saint Julien-lès-Metz. En plus des sièges, qui seront entièrement rénovés, chaque salle offrira cinq à huit places réservées aux fauteuils roulants des personnes à mobilité réduite et sera accessible par ascenseur.

À l'entrée, assis sur un fauteuil, il sera possible de commander vin, cocktails ou encore croque-monsieurs et charcuterie, à l'instar des chics cinémas d'art et essai parisiens. La sonorisation et le matériel seront modernisés, afin d'offrir une meilleure qualité de son et d'image. 

Le lieu ne se contentera pas de diffuser des films: l'une de ses salles accueillera des élèves de 6 à 10 ans pour des séances d'«éducation à l'image», qui les formeront à la critique cinématographique. Tous les grands festivals de la ville auront leur place dans les murs du Klub, et un «comité d'animation» se chargera de faire le lien entre le cinéma et le milieu associatif messin. 

Si de nombreuses réductions seront toujours mises en place, notamment concernant certains films dont la durée est inférieure à une heure, le prix du billet en tarif normal augmentera d'environ un euro de plus qu'auparavant pour atteindre 8,90€. La carte d'abonnement, quant à elle, reviendra à 65 euros. 

Le cinéma change de lieu mais pas de direction

En dépit du changement de propriétaire, les grands noms du cinéma messin seront toujours de la partie dans les murs du Palace, qui appartiennent à la mairie de la ville. Dimitri Fayette, ancien manager du Caméo-Ariel, sera ainsi le responsable d'exploitation et animation du Klub. Michel Humbert, ancien directeur et fondateur du cinéma de la rue du Palais, en deviendra quant à lui le responsable de la programmation.

Les travaux ont débuté en janvier en 2018. L'inauguration, quant à elle, aura lieu le 30 août à 20h.
Les travaux ont débuté en janvier en 2018. L'inauguration, quant à elle, aura lieu le 30 août à 20h.
Photo: Jean Vayssières

La présence de ces deux personnalités faisait partie des exigences de la ville de Metz à l'encontre de Kinepolis, lors de la mise en place du projet. Exigences qui, selon Dominique Gros, qui ne tarit pas d'éloges concernant l'exploitant, ont toutes été acceptées. 

Le nouveau résident de la place Saint-Jacques aura, à compter de son inauguration, deux ans pour obtenir le label «Art et essai», accordé par le Centre National du Cinéma et et l'Image Animée (CNC). S'il ne l'obtient pas, il devra fermer ses portes, mais le scénario est évidemment improbable.«Kinepolis n'est pas naïf», rappelle Hacène Lekadir. Un tel projet ne s'entreprend qu'à grand renfort d'études de marché, et le géant belge ne s'est pas lancé pour fermer boutique après 24 mois. 

«On fera les comptes quand tout cela fonctionnera» 

Voilà plusieurs années que, depuis l'annonce du projet, nombre de voix s'élèvent pour critiquer la mise en place d'un monopole de Kinepolis sur les cinémas de la ville de Metz: on compte par exemple, parmi les détracteurs, le collectif d'associations Ciné-Collectif, ou encore l'AGICAM, l'Association Gardons Indépendants les Cinémas de l'Agglomération Messine. 

Au centre, Dominique Gros, qui a succédé à Jean-Marie Rausch à la mairie de Metz en 2008. À gauche, Hacène Lekadir, adjoint chargé de la Culture et du Patrimoine.
Au centre, Dominique Gros, qui a succédé à Jean-Marie Rausch à la mairie de Metz en 2008. À gauche, Hacène Lekadir, adjoint chargé de la Culture et du Patrimoine.
Photo: Jean Vayssières

Aujourd'hui, interrogé par rapport à ces critiques, l'adjoint à la Culture Hacène Lekadir fait le bilan. «Chacun est dans son rôle ! Nous avons été acteurs pendant plusieurs années d'un débat démocratique sain: les détracteurs amenaient leurs banderoles pendant les conseils municipaux, par exemple. Au fil du temps, le projet a évolué et s'est amélioré, rassurant certains sceptiques, comme les blogueurs du Festival du Film Subversif. D'autres ne sont toujours pas satisfaits: il s'agit plus d'un combat idéologique, mené par des amoureux du cinéma. Je les invite à se faire une opinion sur le projet, de venir regarder des films, et d'en reparler dans six mois». 

Cette invitation à faire le bilan dans quelques mois, Dominique Gros la lance également aux critiques du monopole. «Il n'y a rien de honteux à passer des contrats avec des professionnels. Le projet est conforme aux intérêts de la ville et des spectateurs. L'objectif, c'est reconquérir ces 500.000 billets non vendus. On fera les comptes quand tout cela fonctionnera». 

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