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Au Bozar de Bruxelles : Bruxelles-Pékin en 60 minutes
L'artiste Cao Fei plonge son regard esthétique sur l'usine d'Osram, à Schenzhen.

Au Bozar de Bruxelles : Bruxelles-Pékin en 60 minutes

(Photo: Bozar)
L'artiste Cao Fei plonge son regard esthétique sur l'usine d'Osram, à Schenzhen.
Culture 3 min. 29.08.2015

Au Bozar de Bruxelles : Bruxelles-Pékin en 60 minutes

Cet été, le Bozar de Bruxelles propose de découvrir un important éventail d'artistes contemporains chinois, largement méconnus en Europe, en les juxtaposant à des créations issues d'autres pays. Une fusion exécutée avec une insistance à la fois surprenante et réussie.

par Diego Velazquez (Bruxelles)

Cet été, le Bozar de Bruxelles propose de découvrir un important éventail d'artistes contemporains chinois, largement méconnus en Europe, en les juxtaposant à des créations issues d'autres pays. Une fusion exécutée avec une insistance à la fois surprenante et réussie.

Les expositions dont le point de départ est un pays, ont souvent tendance a jouer la carte un peu facile de l'exotisme. Le plus éloigné le pays en question se trouve, le plus cette tendance se confirme. Très vite, ce sont les artistes qui en payent l'addition, en jouant le rôle de cartes postales, qui incitent le visiteur à vouloir visiter le pays au lieu de lui faire appréhender les œuvres pour ce qu'elles ont à offrir, sans devoir pour autant plonger dans des stéréotypes nationaux.

Sortir de cette scénographie aisée n'est pas une tâche simple. Complètement nier l'origine de l'artiste n'est certainement pas une option satisfaisante, car cela priverait l'expression artistique d'une importante part du contexte de sa création.

Eviter les clichés

«Chinese Utopias Revisited: The Elephants» explore d'emblée plusieurs angles, pour audacieusement éviter les clichés tout en proposant au visiteur un parcours à la fois ludique et accessible. Donc pas de vases en porcelaine et caractères dessinés à l'encre de Chine au Bozar cet août.

Au lieu de cela, la maison culturelle bruxelloise propose des salles thématiques qui montrent, créations contemporaines chinoises à l'appui, accompagnées de créateurs contemporains d'autres pays, que la pollution ou l'exploitation de travailleurs sont des sujets universels, en Chine comme ailleurs.

Le modus operandi de la plupart des salles est simple et efficace: autour d'une œuvre d'un artiste chinois dédiée à un thème précis, les curateurs mettent en perspective ce travail et le juxtaposant à d'autres créations, non chinoises, qui se concentrent sur un sujet similaire.

Sur les pas de Tintin

Parmi les salles du parcours qui fonctionnent le mieux, l'on retrouve celle qui orbite autour de l'artiste Xu Bing, dont le Bozar expose une animation impressionnante sur l'histoire du monde, du langage et des relations humaines. «Alphabet bété», l’œuvre monumentale de l’artiste africain Frédéric Bruly Bouabré complémente parfaitement cette réflexion sur la communication humaine.

Autre fusion intéressante: l'artiste Song Dong, qui travaille sur la mémoire et le souvenir, en l'explorant grâce à de vieux objets trouvés, a approfondi son œuvre avec des pièces acquises sur le célèbre marché aux puces bruxellois de la place du Jeu de balle. C'est sur ce marché, qui est mentionné dans chaque guide touristique de la ville qui se respecte, que, dans la bande dessinée, Tintin trouve la maquette de «la Licorne».

Fusion culturelle

L'effet d'hybridation et de fusion culturelle est immédiat, spontané et naturel, et confirme à merveille la thèse de l'exposition: artistes et thèmes sont universels et particuliers en même temps et la Chine, malgré son contexte politique tendu et complexe, ne fait pas exception à cette règle.

Pour le visiteur pressé, l'exposition bruxelloise dispose d'un atout supplémentaire. Une partie de «Chinese Utopias Revisited» se déroule au sein du site archéologique du Coudenberg, l'équivalent des casemates luxembourgeoises à Bruxelles.

Une visite qui offre donc l'occasion de faire deux pierres d'un coup et de mêler création contemporaine chinoise à l'archéologie de capitale européenne. La thèse de l'exposition se vérifie ici même au niveau logistique.

Jusqu'au 30 août au Bozar. 23, rue Ravenstein, à Bruxelles. Du mardi au dimanche, de 10 à 18 heures. Fermé le lundi.

www.bozar.be