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«Il faut rester humble par rapport au film»
Culture 2 5 min. 09.03.2022
LuxFilmFest

«Il faut rester humble par rapport au film»

Le musicien, chez lui dans son studio de travail, entouré de ses claviers et écrans.
LuxFilmFest

«Il faut rester humble par rapport au film»

Le musicien, chez lui dans son studio de travail, entouré de ses claviers et écrans.
Photo: Chris Karaba
Culture 2 5 min. 09.03.2022
LuxFilmFest

«Il faut rester humble par rapport au film»

Thierry HICK
Thierry HICK
Le compositeur de musiques de films est cette année membre du jury international du LuxFilmFest.

Il a travaillé sur de très nombreux films – «Fritzi», «Tel Aviv on Fire», «Colonia», «Eng Nei Zäit», «Egon Schiele»... et tout récemment sur l’animation «Icare», (présentée ce mardi à 16 heures à la Cinémathèque) –, cette année cependant André Dziezuk troque sa casquette de compositeur de musique de films pour celle de membre du jury international du LuxFilmFest. Un simple coup de fil du directeur artistique du festival, Alexis Juncosa, aura suffi.


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André Dziezuk sait à quoi s’attendre, puisqu’en 2019 il faisait déjà partie, aux côtés entre autres du producteur luxembourgeois Stéphan Roelants, du jury du Festival du film italien de Villerupt. «Etre membre d’un jury est une expérience passionnante. Elle permet de confronter son propre ressenti à celui des autres membres. Vu que l’on n’est qu’une voix parmi d’autres, les échanges, discussions, confrontations et compromis sont nécessaires pour aboutir à un palmarès.»

Qu’est-ce un bon film? Il n’existe pas de réponse simple, de recette miracle. C’est inimaginable. Les définitions sont trop nombreuses.

André Dziezuk, musicien

André Dziezuk, né en 1966 à Thionville, est d’origine biélorusse et ukrainienne, il suit donc au plus près la guerre en Ukraine, où vivent quelques proches. Inquiétudes et questions rythment ces jours-ci son quotidien.

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Le Lorrain, après des études musicales et de musicologie à Metz, et des expériences musicales les plus diverses, enseigne aujourd’hui le hautbois et l’informatique musicale à l’école régionale de Dudelange, à deux pas de son domicile de l’autre côté de la frontière, à Volmerange-les-Mines. Un regard sur sa bibliothèque et sa discothèque installées dans son studio tout autour d’une armada de claviers et écrans de toutes tailles, suffit pour constater que les goûts et intérêts d’André Dziezuk sont variés et multiples. Et à l’image des bandes sons de films qui naissent ici sous sa plume. 

Un musicien avant tout curieux.
Un musicien avant tout curieux.
Photo: Chris Karaba

De l’autre côté de la barrière

André Dziezuk a découvert il y a plus de trente ans et au fil des rencontres, avec Roby Steinmetzer, Jeannot Sanavia et Marc Mergen, le monde du cinéma et de sa musique. «Après des courts métrages sont venus des projets plus ambitieux. De fil en aiguille, j’ai de plus en plus le pied à l’étrier», s’amuse le musicien compositeur, qui travaille actuellement sur le film pour enfants «Die Mucklas», du réalisateur Ali Samadi Ahadi et coproduit par Amour Fou.

Au LuxFilmFest, l’artiste se retrouve donc de l’autre côté de la barrière: il devra juger le travail de ses collègues. Cinéphile averti, professionnel tout aussi averti, juré: comment va-t-il diriger son regard pour faire ses choix?

 Un regard frais

«Si je suis renversé par une proposition, par la narration, j’arrête mon regard analytique. Il faut aussi toujours tenter de se mettre dans la peau d’un spectateur lambda. Etant du métier, je connais bien sûr tous les secrets de fabrication d’un film, je connais aussi les lieux où ça peut pécher. J’essaie avant tout de quitter mes lunettes de compositeur. Ce qui compte avant tout pour moi, c’est de rester capable de garder un regard frais sur ce qui m’est proposé. C’est primordial.»

En fin de semaine, ses collègues et lui auront fait leurs choix parmi les huit films en compétition officielle. «La sélection cette année est exigeante», estime le juré, qui pour garder sa fraîcheur du regard s’impose une règle simple et efficace. «Ne pas trop m’informer sur le film et sur le réalisateur avant. Prendre le film comme il est.»

Au fait, comment définir un bon film qui mérite d’être primé? «Il n’existe pas de réponse simple ou de recette miracle. C’est inimaginable. Les définitions sont trop nombreuses. Je peux m’enthousiasmer tant pour un film d’auteur que pour une bonne série Z.»

Rester humble

Homme de musique, André Dziezuk, essaie en quelque sorte, d’éviter tout risque de déformation professionnelle. «Malgré moi, des fois la musique, si elle est mauvaise, peut me sortir d’un film», avoue le compositeur, qui reste toujours conscient que son travail tient très souvent une place à l’écart. Ce constat ne semble pas le perturber outre mesure. «Il faut rester humble par rapport au film. Une bande originale doit être capable d’accompagner la narration, surgir là et quand il le faut. Et savoir disparaître. Tout cela relève davantage du ressenti que de l’intellect. Une bonne musique de film doit pouvoir se faire oublier, elle ne doit jamais écraser de son poids les images», insiste le musicien, qui en profite pour rappeler que cette approche qu’il qualifie d’«organique» en vigueur dans certains pays européens, se distingue des pratiques anglo-saxonnes plus fonctionnelles qui consistent à arroser de sons les images.

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Souvent, l’auteur de la future bande son est en contact direct et étroit avec le réalisateur. «Ce dernier peut avec un mood book me faire part de ses envies, de ses attentes. Tel a par exemple été le cas avec Christophe Wagner pour ’Eng nei Zäit’. Aujourd’hui, la pratique de 'theme tracks', des thèmes musicaux prédéfinis, en vogue à Hollywood s’impose de plus en plus. Le risque d’aseptisation, tout comme celui des copies conformes, voire de plagiat, existe», regrette André Dziezuk, en relevant son expérience de s’être retrouvé un jour face à la citation d’une de ses propres compositions.

Retour à Luxembourg avec le LuxFilmFest qui ces jours-ci bat son plein. Un rendez-vous que le musicien connaît et suit de près. «Le festival prend une importance grandissante. Il fait des choix forts, les questionnements qu’il propose s’affinent. Tout comme son positionnement. Le festival est en train de creuser son propre sillon», s’impatiente André Dziezuk, avant le lancement de l’édition 2022 du LuxFilmFest. 

www.luxfilmfest.lu

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