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Alexa, cheval de Troie d'Amazon?
Culture 3 min. 12.04.2019

Alexa, cheval de Troie d'Amazon?

Les enregistrements d'Alexa par les employés d'Amazon sont décrits comme «banals», «parfois troublants, voire criminels».

Alexa, cheval de Troie d'Amazon?

Les enregistrements d'Alexa par les employés d'Amazon sont décrits comme «banals», «parfois troublants, voire criminels».
Photo: dpa
Culture 3 min. 12.04.2019

Alexa, cheval de Troie d'Amazon?

Marc AUXENFANTS
Marc AUXENFANTS
Selon le média américain Bloomberg, des milliers d'employés du géant du Web enregistreraient les commandes vocales reçues par l'assistant personnel intelligent... à l'insu des utilisateurs.

Des employés d'Amazon transcriraient les commandes vocales captées par Alexa, dès la mise en marche de l'assistant personnel intelligent, et les réintégreraient dans le logiciel pour aider à améliorer la compréhension de la parole humaine et y répondre plus efficacement. C'est ce qu'a révélé Bloomberg dans un article publié jeudi.

Selon le média américain, le géant du Web emploierait ainsi des milliers de travailleurs et de sous-traitants à temps plein dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, au Costa Rica, en Inde et en Roumanie. Ces derniers travailleraient neuf heures par jour, chaque équipe écoutant jusqu'à 1.000 clips audio, selon des employés roumains interrogés par Bloomberg. Lorsqu'elles ont besoin d'aide pour analyser un mot peu audible - ou trouver un enregistrement amusant, ces équipes utilisent des espaces de discussion internes pour partager des fichiers. 

Contenus «banals», «parfois troublants, voire criminels»

Les enregistrements sont décrits par les employés comme «banals», «parfois troublants, voire criminels». Deux d'entre eux interrogés par Bloomberg ont déclaré avoir écouté ce qu'ils croyaient être une agression sexuelle. Lorsqu'un tel fait se produit, ils peuvent partager l'expérience dans la salle de discussion interne afin de réduire leur stress. Le géant du Web affirme avoir mis en place des procédures que les travailleurs doivent suivre lorsqu'ils entendent quelque chose de pénible. 

Deux employés basés en Roumanie ont par ailleurs affirmé qu'après avoir demandé conseil dans de telles situations, ils se sont vu répondre que ce n'était pas à Amazon d'intervenir. L'information a été confirmée par ce dernier, qui a déclaré qu'il prenait au sérieux «la sécurité et la confidentialité des informations personnelles de nos clients». 

Celui-ci a ajouté qu'il n'annotait qu'un «très petit nombre d'interactions provenant d'un ensemble aléatoire de clients».

Un porte-parole d'Amazon a précisé à Bloomberg qu'aucun fichier audio n'était stocké, à moins que le périphérique compatible Alexa ne soit activé par un mot de réveil. 

«Utilisateurs pas explicitement informés» 

«Nous n'annotons qu'un très petit échantillon d'enregistrements vocaux d'Alexa afin d'améliorer l'expérience client. Par exemple, ces informations nous aident à former nos systèmes de reconnaissance vocale et de compréhension du langage naturel, afin que Alexa puisse mieux comprendre vos demandes et garantir le bon fonctionnement du service», a expliqué le porte-parole d'Amazon. 

«Nous appliquons des mesures de protection techniques et opérationnelles strictes et appliquons une politique de tolérance zéro en matière d'utilisation abusive de notre système. Les employés n'ont pas d'accès direct aux informations permettant d'identifier la personne ou le compte dans le cadre de ce processus», a-t-il poursuivi. «Toutes les informations sont traitées avec la plus grande confidentialité. Et nous utilisons une authentification multi-facteurs pour limiter l'accès, le cryptage des services et des audits de notre environnement de contrôle pour le protéger.» 

Selon Bloomberg cependant, le géant du Web n'informe pas «explicitement» les utilisateurs d'Alexa qu'il emploie des personnes pour écouter les enregistrements. «Les utilisateurs peuvent désactiver la fonctionnalité d'enregistrements vocaux dans la section Paramètres de confidentialité de l'application», a précisé le média américain. 

Enregistré à son insu   

Selon la chaîne d'informations en continu CNN, Amazon a déjà été mêlé à une controverse pour des raisons de confidentialité concernant Alexa. 

L'année dernière, un utilisateur d'Echo – une enceinte connectée, conçue par Amazon et ayant la capacité d'obéir à la voix humaine, de parler, et d'interagir avec un être humain – avait déclaré que le haut-parleur intelligent avait enregistré une conversation à son insu puis envoyé le fichier audio à un employé du groupe à Seattle. 

Amazon a confirmé l'erreur et a expliqué que les microphones en écoute permanente de l'appareil avaient mal interprété une série de mots et avaient envoyé par erreur un message vocal.