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Ecole bilingue de Walferdange: Un projet qui pourrait faire école

En janvier 2009, l'annonce de la fermeture de l'école francophone de Walferdange a été officialisée. Suite à quoi l'équipe enseignante s'est attachée à mettre sur pied un nouveau concept pédagogique basé sur le bilinguisme. Le DP , dont les réflexions allaient dans la même direction, a repris la balle au bond et le député André Bauler plaide désormais sans relâche pour la création d'une école bilingue au Luxembourg.

«C'est une réalité au Luxembourg que les élèves luxembourgeois parlent de moins en moins bien le français, je le sais pour avoir corrigé suffisamment d'examens», relève André Bauler, ancien professeur d'économie.

A quoi s'ajoute cette autre réalité: les élèves d'origine étrangère, notamment d'origine portugaise, sont sous-représentés dans les lycées classiques du pays. «Sans oublier que beaucoup d'élèves qui étaient dans le fondamental n'apparaissent plus dans les statistiques des lycées, même pas au technique», souligne André Bauler. Ces élèves, généralement francophones, préfèrent suivre des cours de l'autre côté de la frontière, souvent en Belgique.

«Cela pose question, un jeune Portugais qui veut devenir mécanicien à Arlon n'aura guère de difficultés de le devenir. Par contre, son cousin qui vit de l'autre côté de la frontière, parce qu'il a des difficultés en allemand, aura beaucoup plus de mal», poursuit le député.

Le DP préconise dès lors le modèle d'une école bilingue tel qu'élaboré par l'équipe des enseignants de l'école francophone de Walferdange. Son principe repose sur le choix donné aux parents de définir la langue dans laquelle sera alphabétisé leur enfant, français ou allemand. Deux classes «partenaires» seront ainsi créées.

Le deuxième principe que préconisent les enseignants est celui de l'immersion. Ainsi, les enfants alphabétisés en allemand auront dès la première année aussi des cours tenus en français, tandis que ceux qui sont alphabétisés en français rentreront eux aussi très tôt en contact avec l'allemand. Certains cours seront donnés en commun. Tous fonctionneront selon le principe «un maître, une langue». L'objectif est que, grâce au contact à un jeune âge avec la langue étrangère, l'apprentissage se fasse de manière plus naturelle. Avec pour objectif qu'après quelques années le niveau des enfants soit le même en français et en allemand, de sorte que les classes partenaires puissent être réunies pour tous les cours.

Les avantages sont l'alphabétisation dans la langue maternelle, où du moins la plus proche possible de la langue maternelle, de sorte à éviter les premières difficultés auxquelles doivent faire face les élèves francophones et lusophones dès leurs premières années d'enseignement fondamental. En outre, la présence plus intense du français pour les élèves luxembourgeois devrait également leur être bénéfique.

Reste la question de la mise en place. Mais là aussi les initiateurs du concept ont la solution. Comme tous les instituteurs donnent déjà des cours de français et d'allemand, pas besoin de formation spéciale. Pas besoin de salles spéciales non plus. La Ville de Luxembourg s'est d'ailleurs déjà dite intéressée pour mettre sur pied un projet pilote afin de tester le concept. Sauf que jusqu'à présent le ministère de l'Education nationale n'est guère convaincu. Mais André Bauler ne compte pas lâcher le morceau et posera la question à la ministre à la Chambre.

Avant de conclure: «Si on veut une cohésion sociale, il faut agir. Sinon nous continuerons de vivre l'un à côté de l'autre et pas l'un avec l'autre. Mais pour cela il faut parler les trois langues.» Et de souligner encore qu'il ne s'agit pas là d'un projet à arrière-pensée idéologique, mais d'une approche très pragmatique. «Cette école j'y crois à 100 %.»

Nicolas Anen