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Vincent Artuso répond à Charles Barthel: Un temps déraisonnable
Politik 36 Min. 31.10.2015

Vincent Artuso répond à Charles Barthel: Un temps déraisonnable

Vincent Artuso répond à Charles Barthel: Un temps déraisonnable

PHOTO: GENERAL PATTON MEMORIAL
MUSEUM ETTELBRUCK
Politik 36 Min. 31.10.2015

Vincent Artuso répond à Charles Barthel: Un temps déraisonnable

Il y a de cela quatre semaines, Charles Barthel soumettait le rapport de Vincent Artuso sur la "question juive" au Luxembourg à une critique vigoureuse. Celui-ci a souhaité répondre point par point à Barthel, en exclusivité dans le "Luxemburger Wort".

Par Vincent Artuso

Les débats entre historiens peuvent être vifs, voire brutaux, mais ils sont toujours construits sur des arguments. Il ne s’agit pas d’éliminer l’adversaire mais de convaincre l’auditoire. Le contraire, en somme, de ce que fait Charles Barthel. Celui-ci ne cherche pas à convaincre le lecteur. Il le réduit au rang de spectateur en lui faisant comprendre que son article est une expertise, construite sur un raisonnement technique, donc difficile d’accès au non-initié. Dans le milieu académique, cette forme d’intimidation intellectuelle porte un nom : l’argument d’autorité. Cela signifie en gros : « ne me jugez pas sur ce que je dis mais sur ce que je suis ». Or, qui est-il ? Eh bien, tout en s’efforçant de me dépeindre comme un charlatan, il se présente lui-même comme un « an der Wahrheit interessierter Historiker ».

Cela m’a fait penser à cette phrase de Sacha Guitry : « Ce qui, probablement, fausse tout dans la vie, c'est qu'on est convaincu qu'on dit la vérité parce qu'on dit ce qu'on pense. ». L’historien n’est pas plus armé pour atteindre La Vérité que n’importe quel autre individu. J’ai parfois l’impression que dans notre société sécularisée on cherche à nous investir du rôle qui revient au prêtre. On nous demande d’entretenir le souvenir des morts, de découvrir le sens caché des actions révolues et même, en identifiant nos péchés passés, de permettre à nos défunts de reposer en paix et à nos contemporains, repentants, de retrouver le droit chemin…

L’histoire ne permet pas d’atteindre le salut – d’un autre côté, elle n’est pas là non plus pour prononcer des excommunications.

Ce n’est pas ça l’histoire. L’histoire ne permet pas d’atteindre le salut – d’un autre côté, elle n’est pas là non plus pour prononcer des excommunications. L’histoire est une discipline collective, animée par des hommes et des femmes qui, à partir de vestiges, échafaudent, s’échangent et débattent des hypothèses. La Vérité ne fait pas partie de son vocabulaire mais de celui du théologien ou de l’idéologue. Comme la Vérité est unique, le croyant ne peut trouver d’arrangement avec son adversaire. C’est tout ou rien. Or, ce qui intéresse l’historien, c’est précisément ce qu’il y a entre les deux.

Si j’estime que Charles Barthel exprime avant tout des convictions, c’est qu’il y a un point faible dans son argumentation qui le révèle. Aucun passage de mon rapport ne trouve grâce à ses yeux, un seul mis à part : « Man muss Artuso zu Gute halten, dass ab Kapitel VI.3 seine Schilderung und Beurteilung der Ereignisse viel ausgewogener wird und die lästigen, aus der Luft gegriffenen Verdächtigungen allmählich einer nüchternen, dezidiert faktenbezogenen Darstellung weichen ». Pourtant, j’ai écrit ce chapitre de la même manière que les précédents. La différence par rapport aux autres n’est pas dans la méthode mais dans le contenu : c’est dans ce chapitre que j’explique comment le gouvernement en exil vint d’emblée en aide aux juifs chassés du pays. Il n’y a que dans ce chapitre que Barthel a retrouvé des éléments en concordance avec sa vision du monde.

Je ne pense donc pas que ce soient les sources que j’ai utilisées, la méthode que j’ai adoptée ou les arguments auxquels j’ai recouru qui ont mis M. Barthel dans cet état de colère si palpable dans son article. Ce sont mes conclusions et le fait que, en s’appuyant sur celles-ci, le gouvernement ait présenté ses excuses à la communauté juive. Tout cela contredisait la version de l’histoire que son mentor, Gilbert Trausch, avait contribué à écrire et que nous tous qui étions nés après la guerre avions intériorisée. Cette remise en question est douloureuse, elle ne doit pas être prise à la légère, d’autant que l’article de Charles Barthel ne fait qu’exprimer un malaise que beaucoup ressentent.

Avant même le vote de la résolution du 9 juin 2015 par la Chambre des Députés, des voix s’étaient élevées pour dénoncer dans mon travail une insulte faite au peuple luxembourgeois par de soi-disant experts coupés des réalités. Ce fut notamment le cas dans deux lettres de lecteurs publiées par le Luxemburger Wort. Dans l’une, Tit Mannon estima que c’était à moi qu’il revenait de s’excuser auprès du peuple luxembourgeois tandis que dans l’autre, Lex Roth concluait : « Am Respekt fir eis Märtyrer, Resistenzleit, Refraktairen, Deportéiert, gefalen a geschanten Zwangsrekrutéiert, Maquisarden … an „eis“ jüddesch Affer däerfe mir äis net, souzesoe kollektiv, als Vollek entschëllegen ».

Nulle part il n’est écrit – ou même sous-entendu – dans mon rapport que les Luxembourgeois, en tant que collectivité, étaient des collaborateurs et des antisémites congénitaux ni que, l’eussent-ils été, ils seraient condamnés à le redevenir.

Ces réactions étaient lourdes de malentendus. Nulle part il n’est écrit – ou même sous-entendu – dans mon rapport que les Luxembourgeois, en tant que collectivité, étaient des collaborateurs et des antisémites congénitaux ni que, l’eussent-ils été, ils seraient condamnés à le redevenir. Quant aux excuses, elles n’ont pas été présentées, comme j’ai pu l’entendre au mois d’avril à l’occasion d’un débat, par les « Luxembourgeois » aux « Juifs » - comme si on ne pouvait être que l’un ou l’autre. Elles ont été présentées, au nom de l’Etat, par le gouvernement et la Chambre des députés, à une composante de la nation luxembourgeoise, la communauté juive.

Le rapport n’est pas non plus un acte d’accusation de la gauche bien pensante contre les dirigeants de la droite catholique des années 1930. Il y est au contraire souligné que socialistes, libéraux et conservateurs ont tous participé de la même dynamique – et rappelé qu’ils avaient dirigé le pays ensemble, en diverses coalitions. D’ailleurs, pour tordre le coup à une autre idée qui fait son chemin, selon laquelle le comité scientifique aurait été chargé de faire pression sur mes recherches au nom du pouvoir en place : Jean-Claude Juncker est à l’initiative des recherches menées et c’est lorsqu’il était Premier ministre que les membres du comité scientifique ont été désignés.

Enfin ce rapport, et plus généralement la recherche qui est actuellement menée sur la Seconde Guerre mondiale, n’a pas pour but de remplacer l’image d’un Grand-Duché unanimement résistant par celle d’un Luxembourg entièrement collaborateur. Il ne s’agit pas de choisir entre l’une ou l’autre de ces options, mais d’éclairer les zones d’ombre et de se concentrer sur les multiples ambivalences de la période. Comme cela est le cas dans tous les pays qui nous entourent. Ce sont ces ambivalences qui forment la ligne rouge de mon rapport. Le gouvernement en exil est venu en aide aux juifs chassés du Luxembourg et pourtant il s’agit du même gouvernement qui avant la guerre avait fait son possible pour endiguer l’arrivée des réfugiés, avait compté les immigrés juifs à part et donné des consignes pour que les « non-aryens » se voient refuser tout permis de travail.

Quant à la Commission administrative, elle a transmis l’ensemble des ordres de l’administration civile allemande – y compris ceux de nature antisémite. Elle avait choisi de collaborer avec le Troisième Reich pour préserver la souveraineté du pays et en même temps elle s’opposa à la personne du Gauleiter qui désirait rattacher le Luxembourg à l’Allemagne sans autre forme de procès. Cette attitude valut à Albert Wehrer de se faire arrêter. Rien n’est ni tout blanc ni tout noir dans cette histoire et ce n’est qu’après une réflexion de quatre mois que les députés, suivis par le gouvernement, décidèrent qu’il convenait malgré tout de présenter des excuses.

J’en arrive désormais aux reproches que m’adresse M. Barthel. Le premier est celui d’avoir artificiellement gonflé mon rapport en ajoutant des thèmes qui n’étaient pas mentionnés dans l’ordre de mission du gouvernement. Son hypothèse est que cette « Aufblähung » ne peut s’expliquer que par ma volonté de rajouter des pages à un texte qui sans cela aurait selon lui été bien mince. Ce n’est pas dans une volonté de remplissage mais par souci de mes responsabilités, que j’ai souhaité élargir le cadre. Je craignais que la réponse initialement posée ne débouche sur une réponse partielle et partiale. Je pouvais me reposer sur une réflexion que j’avais entamée avant même que la mission me soit confiée. En septembre 2012, dans un article intitulé Des excuses, mais au nom de qui ?, je me penchai sur les problèmes que posait la question des excuses d’un point de vue historiographique. Le principal était en effet de savoir au nom de qui le gouvernement du jour devait s’excuser, puisque en 1940 l’Exécutif était coupé en deux : le gouvernement en exil et un gouvernement de fait, la Commission administrative.

La question était d’autant plus importante que ces deux gouvernements avaient fait des choix stratégiques opposées en matière de politique étrangère. Le gouvernement en exil avait décidé de s’engager aux côtés des Alliés et la Commission administrative opté pour la collaboration avec l’Allemagne en échange du maintien de la souveraineté luxembourgeoise. Fin 2012, j’estimai qu’il n’était pas exclu que les deux gouvernements aient eu aussi des attitudes différentes à l’égard des juifs persécutés. Cela fut confirmé par la suite.

A aucun moment je n’ai oublié que le rapport était d’abord destiné à des ministres et des députés qui, au terme, de leur lecture, auraient à prendre une décision politique importante.

Le fait que la Collaboration administrative avait relayé tous les ordres de l’administration civile allemande n’était en revanche pas un fait nouveau. J’avais déjà eu l’occasion de me pencher le sujet dans ma thèse de doctorat. La surprise fut par contre de découvrir que les hauts fonctionnaires les plus concernés par la politique antisémite – policiers, inspecteurs de l’éducation, experts-comptables missionnés par le gouvernement – avaient pour la plupart adhéré à la VdB, le mouvement collaborationniste pro-allemand, à une date où la majorité des Luxembourgeois ne voulaient pas en entendre parler.

Il fallait expliquer la disposition de ces gens à obéir – parfois avec zèle – aux ordres allemands. Il fallait trouver une réponse historique, le risque étant sinon de laisser la voie libre à des jugements politiques ou moraux à l’emporte-pièce du type : « les Luxembourgeois étaient tous des collaborateurs et des antisémites ». C’est pour cette raison que je décidai d’intégrer toute une partie sur l’évolution des institutions luxembourgeoises, du développement de la communauté juive et surtout de la multiplication par deux de ses effectifs par l’afflux de réfugiés venant d’Europe centrale, durant les années 1930.

Ce que j’écris dans cette partie n’est pas que les Luxembourgeois étaient prédisposés à adopter un antisémitisme de type nazi, pas du tout ! J’écris qu’il existait à gauche comme à droite, comme partout en Europe, un antisémitisme de type chrétien, renforcé par la peur plus large d’une immigration non contrôlé, exacerbé dans les années 1930 par l’arrivée de réfugiés fuyant l’Allemagne nazie.

Ces longues explications que je viens de donner sur la façon avec laquelle j’ai abordé la question qui m’était posée en tant que chercheur se trouvent dans l’introduction du rapport. M. Barthel a pu les lire mais a décidé de ne pas les prendre en compte. Dans son article, il agit à plusieurs reprises de la sorte. Il critique le contenu du rapport sans aborder les raisons qui m’ont amené à opérer certains choix. Il décide de les invalider sans même les présenter aux lecteurs. On n’écrit pas une recension historique comme on corrige le travail d’un écolier. Il s’agit d’un exercice qui demande qu’un historien rende compte du travail d’un autre historien. Il implique une relation d’égal à égal et non de maître à élève. Il a pour but de fournir une analyse, non de distribuer des bonnes notes. L’analyse hautaine et péremptoire de M. Barthel est d’autant moins justifiée qu’il admet lui-même ne pas être un spécialiste du sujet traité.

L’autre critique de fonds, touchant l’ensemble du rapport, est l’emploi de ce que Barthel nomme d’« unausgegorene Formulierungen », « unscharfe Darstellungen » ou une « schwammige Wortwahl ». Nous verrons plus loin qu’il m’adresse ces reproches y compris au sujet de passages qui sont sans ambages. Il peut le faire parce qu’il oublie de rendre compte de la réflexion sur lesquels ils sont bâtis, se contentant d’invalider celle-ci sans trop d’explication mais en revanche avec un vocabulaire agressif.

J’assume l’utilisation fréquente du conditionnel, le recours à des hypothèses et la présentation d’interprétations multiples lorsqu’aucune ne peut l’emporter clairement. A aucun moment je n’ai oublié que le rapport était d’abord destiné à des ministres et des députés qui, au terme, de leur lecture, auraient à prendre une décision politique importante. Les documents dont nous disposons ne permettant pas forcément une lecture univoque des événements, j’ai à tout prix évité de feindre la certitude de l’expert là où le doute raisonnable s’imposait. Surtout, je voulais éviter d’employer un langage technique et péremptoire, conscient que j’étais que je ne devais imposer aucune décision, celle-ci appartenant uniquement aux représentants élus de la nation.

De toute manière, comment aurais-je pu accéder à ces documents sans y être invité ?

Barthel fait aussi valoir que je n’aurais pas consulté toutes les archives existantes. Cette flèche est imparable. A un moment ou un autre, toute hypothèse historique peut être remise en question par la découverte d’une nouvelle source. Ainsi, aux Archives nationales du Luxembourg, 350 mètres linéaires de documents, concernant la période d’occupation, ont surgi de nulle part en mars 2015. On ne peut prendre la juste mesure de cette réapparition miraculeuse qu’en songeant que l’un des fonds d’archive les plus volumineux sur la Seconde Guerre mondiale au Luxembourg, celui de l’administration civile allemande, représente 500 mètres linéaires de dossiers.

Quoi qu’il en soit, je n’ai rien à me reprocher du côté de la recherche de sources. J’ai consulté tous les fonds qui pouvaient concerner le sujet aux Archives nationales. Je suis allé en Allemagne, pour visionner les archives de la Gestapo de Luxembourg et à New York, pour avoir accès aux dossiers des organisations de bienfaisance juives (qui avaient notamment entretenus des contacts étroits avec le gouvernement en exil). J’ai également pu compter sur l’aide de collègues – ce qui n’est pas rien, car un historien n’aime pas divulguer ses sources avant de les avoir exploitées lui-même. J’en profite pour remercier à nouveau Cédric Faltz, le juriste belge Didier Boden qui m’a expliqué de quelle manière la troisième loi de Nuremberg fut appliquée au Luxembourg – dans les années 1930 – et, bien entendu, Georges Büchler. Depuis plusieurs années maintenant, M. Büchler se livre à une tâche essentielle : retrouver, reconstituer, classer les archives des lycées de notre pays qui, sans lui, continueraient à croupir dans des caves ou des greniers.

Aucune loi au Grand-Duché n’oblige les administrations à verser leurs archives aux ANLux. M. Barthel a donc beau jeu de me reprocher aujourd’hui de ne pas avoir jeté un œil sur des documents, dont il n’explicite ni la nature ni le contenu et qui, selon ce que lui avait révélé l’historien Emile Krier au cours d’une conversation tenue au minimum au début des années 2000, se trouveraient au ministère de l’Education. De toute manière, comment aurais-je pu accéder à ces documents sans y être invité ? Il se trouve qu’au tout début de son activité, le comité scientifique avait lancé un appel, relayé par le ministère d’Etat, à l’ensemble des administrations. Il leur était instamment demandé de vérifier si elles étaient toujours en possession de documents sur les années d’occupation et, dans l’affirmative, de nous le faire savoir. Nous n’avons reçu aucune réponse.

Par ailleurs, pourquoi M. Barthel n’a-t-il pas agi comme MM. Faltz, Boden et Büchler ? Pourquoi ne m’a-t-il pas informé de l’existence de documents potentiellement importants, lui qui à en croire son article se soucie tant de l’impartialité et de l’exhaustivité de mon travail ? Peut-être parce qu’il n’était pas au courant de mes recherches. Le 22 octobre dernier, sur 100,7, il a prétendu qu’il avait pour la première fois entendu parler de mon rapport au moment où je l’avais remis au Premier ministre.

Ce qui est beaucoup plus dangereux, c’est que M. Barthel essaie de m’attirer dans une querelle politique en me présentant comme un historien de centre-gauche, au service de la majorité au pouvoir.

Après avoir abordé les critiques générales, j’en viens maintenant à celles qui touchent des parties particulières du rapport. En ce qui concerne la première partie, M. Barthel me reproche d’avoir travaillé avec une légèreté confinant au dilettantisme :

„Die mangelhafte wissenschaftlich-methodologische Strenge springt gleich im „einleitenden” ersten Teil ins Auge (bis Seite 94). Obwohl die Zeit vor dem Zweiten Weltkrieg, wie gesagt, nicht zur gestellten Aufgabe gehört, hätte eine sinnvolle Einführung in die „Judenfrage” der Vorkriegsära zum besseren Verständnis der Gesamtproblematik äußerst hilfreich sein können. Statt einer mehr oder weniger chronologischen Abhandlung (von der Erstürmung der Pariser Bastille bis zum Sitzkrieg), bestehend aus einem Resümee bekannter Inhalte aus längst veröffentlichten Arbeiten, hätte man es begrüßt, wenn Artuso thematisch-analytisch vorgegangen wäre und uns wenigstens für die Zeitspanne zwischen Januar 1933 (sog. „Machtergreifung” Hitlers) und Mai 1940 (Beginn des Westfeldzugs) eine umfassende, brauchbare Statistik vorgelegt hätte, mit präzisen Angaben zur Einreise ausländischer Juden nach Luxemburg bzw. ihrer weiteren Ausreise nach verschiedenen Aufnahmeländern.“

Les mots utilisés au début de cette longue citation sont durs et sans appel. Mais au final, ils sont bien forts au vu des reproches concrets. Mes deux fautes impardonnables sont de ne pas avoir complété mon texte avec des infographies et d’avoir opté pour une approche chronologique plutôt que thématique. La charge de M. Barthel ne tient que sur la violence des mots et l’ironie du ton.

A ce sujet, la première partie du rapport ne commence pas avec la prise de la Bastille mais avec l’annexion du Luxembourg par la France révolutionnaire en 1795. C’est à partir de cette date que les juifs purent de nouveau s’installer au Luxembourg, avec la qualité de citoyens. J’estime que l’évocation - d’ailleurs rapide – de cet événement n’est pas hors sujet. J’ajouterai que l’essentiel de la première partie n’est pas, comme l’affirme M. Barthel, basée sur de la littérature déjà connue, mais sur des documents d’archive. Nul besoin de la lire en détail pour s’en convaincre, il suffit de passer en revue les notes de bas de page.

Bien que M. Barthel trouve d’abord superflue ma première partie, il me fait par après grief de ne pas y avoir abordé suffisamment d’aspects. Il regrette ainsi que je ne me soit pas livré à l’analyse d’autres catégories d’immigrés. Pourtant, je m’y livre bien mais pas de la manière que M. Barthel attendait.

Le drame des réfugiés juifs au Luxembourg est précisément qu’en droit ils n’étaient absolument pas différenciés des autres migrants. Ils étaient considérés comme tous les autres étrangers voulant séjourner dans le Grand-Duché. Toutefois, leur motivation à quitter leur pays était bien plus grande puisqu’ils y étaient persécutés et craignaient pour leur vie. Par conséquent, ils étaient aussi plus disposés à entrer au Luxembourg de manière illégale. Cela explique que les autorités luxembourgeoises en général, la police, la gendarmerie et les douanes en particulier, aient rapidement perçu les réfugiés juifs comme des étrangers particulièrement ingérables et indésirables et décidé de les traiter de manière particulière. La présentation de cette genèse complexe et paradoxale de la « question juive » est un aspect crucial de la première partie de mon rapport.

Ce qui est beaucoup plus dangereux, c’est que M. Barthel essaie de m’attirer dans une querelle politique en me présentant comme un historien de centre-gauche, au service de la majorité au pouvoir. A cette fin, il n’hésite pas une fois encore à taire certains aspects de mon travail tout en mettant en avant ceux qui lui conviennent. Ainsi, il regrette que j’aie cité des extraits de discours du ministre libéral de la Justice, Norbert Dumont, dans lesquels celui-ci évoquait les dangers liés, selon lui, à l’afflux de réfugiés. Barthel poursuit en affirmant que j’ignore ces mêmes craintes lorsqu’elles viennent de la gauche.

C’est tout simplement faux. Là encore, il suffit de lire le rapport. Il s’y trouve suffisamment de déclarations, tout aussi alarmistes que celle de Dumont, prononcées par le socialiste René Blum, ministre de la Justice de 1937 à 1940. Je vais même jusqu’à démonter une vieille légende en émettant l’hypothèse que la politique à l’égard des réfugiés juifs pratiquée par le gouvernement de grande coalition, dans la seconde moitié des années 1930, n’était pas fort différente de celle des gouvernement de centre-droit qui l’avaient précédé.

Barthel m’accuse de partialité à un autre endroit :

„Überhaupt stellt der Betrachter sich die Frage, welche Absicht Artuso mit seiner simplistischen Deutung verfolgt, es habe seit der französischen Revolution bis zum Ausbruch des Zweiten Weltkriegs eine Art Ablösung des Liberalismus durch den Nationalismus stattgefunden? Soll suggeriert werden, dass liberales Gedankengut gleichbedeutend ist mit „weltoffen” («universaliste», S.58, 60 usw.) und „gut”, dagegen nationales mit „schlecht” oder gar „böse”, dass also die in den 1930er Jahren dominierenden Politiker und Anhänger der Rechtspartei sich sozusagen zwangsläufig „schuldig” machen mussten, weil sie ja, laut Artusos zur Gesetzmäßigkeit der Geschichte erhobenen manichäischen Entwicklung, kleinkariert und reaktionär-nationalistisch handelten bzw. handeln mussten?“

Il me faut répéter qu’il suffit de lire le rapport pour constater que cette analyse est malveillante. A aucun moment je n’écris, je ne laisse même entendre, qu’il y ait les « gentils » de gauche et les « méchants » de droite. J’explique bien sûr, et c’est l’une des thèses centrales du rapport, qu’il y a un glissement de l’appareil d’Etat du libéralisme vers le nationalisme. Néanmoins, je le fait sans jugement de valeur et en ne manquant pas de souligner, contrairement à ce qu’affirme Barthel, que cette évolution est due aussi bien à l’action des partis de droite que des partis de gauche. Je n’oublie pas d’évoquer, qu’en pleine crise économique, les ouvriers étaient en demande de protection nationale et qu’en mars 1940, c’est une majorité composée de conservateurs et de socialistes qui fit du droit du sang le critère essentiel d’accession à la nationalité luxembourgeoise.

Barthel oublie que la situation n’était pas aussi simple qu’il veut bien l’écrire.

Au demeurant, j’aimerais préciser ce que j’entends par libéralisme et nationalisme. Je constate tout d’abord que Barthel confond nationalisme et nation. La nation est un cadre politique, formé par l’ensemble des citoyens qui exerce collectivement sa souveraineté sur un territoire donné. Ces citoyens sont égaux en droits ainsi qu’en devoirs, quel que soit leur religion ou leur « race ». Telle est la vision libérale des XVIIIe et XIXe. C’est de celle-ci dont il est question dans le rapport. Le nationalisme est un dérivé de l’idée de nation, qui fonde celle-ci sur des critères ethniques.

Venons-en désormais à la Commission administrative. Barthel écrit :

„Eine wirklich klare, eindeutige Aussage zu den Grundlagen der Macht von Wehrers Kommission ist ebenso nicht vorhanden. Die unangepasste, schwammige Wortauswahl tut ein Übriges, um den Leser im Regen stehen zu lassen. «Fait notable» – liest man in einer entscheidenden Passage auf Seite 100 – «ce nouvel organe [lies: die Verwaltungskommission] fut [!] doté des pleins pouvoirs que les lois du 28 septembre et du 29 août 1939 avaient accordé au gouvernement qui, désormais, se trouvait hors du pays. Cela [!] indique que, dès le début, la Commission présidée par Albert Wehrer fut bien plus qu'un collège devant se contenter de gérer les affaires courantes». Das zwangsläufig eine logische Konsequenz in Aussicht stellende Wörtchen „cela” hat mich aufhorchen lassen. Wieso sollte die Berufung auf die der Regierung weitestgehende Vollmachten einräumenden Gesetze von 1938 und 1939 automatisch gleichbedeutend sein mit der entschiedenen Absicht Wehrers, Regierungs- statt bloße Verwaltungsmacht an sich zu reißen? Ich denke doch, dass es sich bei der Berufung auf die Gesetze von 1938/39 in erster Linie um eine juristische Formsache handelt. Um zu verwalten, braucht man eine rechtliche Grundlage.“

Là encore, l’interprétation de Barthel ne tient que parce qu’elle occulte des passages essentiels du rapport. J’écris, sans équivoque possible, que la Commission administrative était un gouvernement de substitution, doté des pleins pouvoirs conférés par les lois du 28 septembre et du 29 août 1939. Si Barthel se permet d’affirmer que je reste flou sur les implications qu’eut l’attribution des pleins pouvoirs sur la nature de la Commission administrative, c’est parce qu’il oublie de mentionner qu’à la page 85 de mon rapport j’explique ce qu’étaient ces pleins pouvoirs. J’y fais savoir qu’ils donnaient au gouvernement « la possibilité de légiférer à sa guise, sans prendre en compte ni le parlement ni la justice, en puisant dans un budget sur lequel les députés n’avaient aucun regard, et ce pour une période indéfinie ».

Il s’agissait là des principales dispositions de cette loi d’ordre, entrée dans l’histoire sous le nom de « loi muselière », que le peuple avait rejetée à l’occasion du référendum de 1937 - pour faire bonne mesure, Barthel me reproche d’ailleurs à un autre endroit d’avoir mentionné cet événement dans l’une de mes « digressions » (Exkursen). Autant rappeler que ces pleins pouvoirs étaient réservés au gouvernement et que leur attribution à la Commission administrative était bien plus qu’une simple « juristische Formsache ». Cela m’amène à une autre critique de Barthel :

„Artuso fährt dann fort: «La lettre qu'Albert Wehrer adressa deux jours plus tard à Ernest Hamelius, président du Conseil d'Etat, afin de lui demander son indispensable blanc-seing, montre que la Commission administrative avait la volonté de pouvoir se substituer à un gouvernement [lies: die Exilregierung] discrédité dès le début». Auch diesen vermeintlich zwingenden Rückschluss kann ich nicht nachvollziehen. Da die Abgeordnetenkammer Wehrer mit den Vollmachten ausstattete (siehe oben: «fut doté», nicht etwa «se dota»), und zwar auf der Grundlage der besagten zwei Gesetze, scheint es normal, dass der Vorgang verfassungsmäßig vom Staatsrat avisiert werden sollte/musste, um wenigstens dem Schein nach rechtskräftig zu sein. Im Übrigen, soweit ich mich an den Bürgerkundeunterricht aus früheren Schultagen erinnere, erteilt der Staatsrat keine „Blankoschecks”.“

Barthel oublie que la situation n’était pas aussi simple qu’il veut bien l’écrire. C’est qu’il ne prend pas du tout en compte la fameuse lettre de Wehrer à Hamelius du 13 mai 1940. De cette manière, il ne permet pas à celui qui lit son article de comprendre comment j’en arrive à ces conclusions qui y sont moquées. Voici donc l’intégralité de la lettre en question (telle qu’elle est également reproduite dans le rapport, pp. 95-96) :

« Le collège des conseillers est contraint par une nécessité inéluctable de prendre les mesures les plus graves, et cependant il lui est impossible d’agir sans violer d’importantes dispositions de notre droit public. Ainsi dans l’état actuel de la situation il se trouve dans un conflit moral, dont il faut qu’il sorte, si le pays ne doit pas être livré à l’anarchie. La doctrine admet que lorsque le Gouvernement régulier est dans l’impossibilité d’agir, un Gouvernement de fait non seulement peut se constituer, ce qui peut toujours se faire, mais peut poser des actes valables. Si le Conseil d’État pouvait se rallier à cette théorie, l’administration centrale y trouverait, elle l’espère du moins, assez d’autorité pour pouvoir, avec l’appui des deux autorités concourant essentiellement à la formation des lois, prendre en main la direction des affaires. Les conditions nécessaires pour qu’un organe gouvernemental irrégulier puisse agir avec la même autorité et le même droit qu’un gouvernement régulier sont l’urgence extrême, la nécessité de la mesure prise et l’impossibilité de procéder selon les formes normales. Il n’est guère possible de nier que ces conditions sont remplies. »

Ce que l’on peut lire dans ce document, c’est que Wehrer était conscient que la Commission administrative ne pouvait voir le jour qu’en violation « d’importantes dispositions de notre droit public », mais qu’il n’y avait pas d’autre solution pour préserver le pays de l’anarchie. J’en reste donc à mon expression : oui c’est bien un « blanc-seing » que Wehrer réclama au Conseil d’Etat, pour permettre l’institution de ce qu’il nomma lui même un « Gouvernement de fait » et « un organe gouvernemental irrégulier ».

On peut décider d’appeler un canard un chat. Mais tant que ça a un bec, des pieds palmés et que ça fait « couin », ça reste un canard.

Plus loin, Barthel me reproche de ne pas m’être appesanti sur le changement de nom de la commission, qui abandonna la désignation initiale de Commission de gouvernement pour celle de Commission administrative. Je ne l’ai pas fait parce que ce changement de nom ne changeait absolument rien aux bases du pouvoir de la Commission administrative : les pleins pouvoirs attribués par une résolution de la Chambre des Députés et le blanc-seing du Conseil d’Etat. On peut décider d’appeler un canard un chat. Mais tant que ça a un bec, des pieds palmés et que ça fait « couin », ça reste un canard.

Les passages dans lesquels Barthel condamne ma manière de présenter l’attitude de la Commission administrative face à la communauté juive, durant la phase d’administration militaire du pays, sont particulièrement représentatifs de sa manière de procéder. Il fait feu de tout bois, il me reproche même d’écrire que la Commission administrative a aidé des réfugiés juifs à quitter le Luxembourg. Wehrer s’était en effet arrangé avec le consul du Portugal, Victor Bück, pour que des réfugiés juifs puissent obtenir des visas d’entrée dans ce pays neutre et non occupé. En réalité, ce que M. Barthel n’admet pas, c’est l’ambivalence de la situation que j’essaie de décrire. La Commission administrative a bien aidé ces réfugiés juifs à partir, mais elle ne l’a pas fait dans leur intérêt. J’en veux pour preuve cette remarque, ajoutée par Wehrer au bas d’une lettre de Victor Bück, dans laquelle ce-dernier demandait que le Département des Affaires étrangères luxembourgeois vise les passeports des réfugiés juifs désireux de gagner Lisbonne :

« Il ne semble pas y avoir d’inconvénient à faire droit à cette demande. Nous avons en effet intérêt à ce que ces réfugiés quittent le pays le plus tôt possible » (p. 158).

M. Barthel trouve mesquin que je pinaille sur les véritables intentions de la Commission administrative. Mais enfin, n’avais-je pas reçu pour mission d’étudier son attitude ? Il cherche ensuite à contredire mon interprétation en insistant sur le fait que le vocabulaire utilisé n’avait pour but que de duper les Allemands :

„Zudem kann Artuso sich allem Anschein nach nicht ausschmücken, Wehrer hätte die «intérêts du pays» nur vorschieben können aus rein taktischen Gründen, um bloß keine Aufmerksamkeit zu erzeugen. Schließlich hatte niemand – weder die Regierungskommission noch die Juden selbst – auch nur den allergeringsten Nutzen davon, unnötig Aufsehen um die, wie mir dünkt, nicht so ganz rechtmäßig ausgestellten Visa zu erregen. Wehrer wäre ein schrecklicher Narr gewesen, wenn er die Deutschen mit der Nase auf sein und Victor Bücks unorthodoxes Handeln zum Wohle der Ausreisewilligen Juden gestoßen hätte.“

Ai-je vraiment besoin de préciser qu’il n’y avait vraiment aucun risque que le Gauleiter s’offusque de voir des juifs quitter le Luxembourg, quelles que soient les conditions du départ ? Gustav Simon fut même sollicité par Wehrer pour faciliter le départ de ceux qui avaient obtenu des visas pour le Portugal et l’Espagne. Cela ressort très clairement de la longue lettre que le président de la commission administrative adressa au Gauleiter le 8 août 1940. M. Barthel, qui a lu deux fois le rapport et le connaît mieux que moi, ne peut l’avoir manquée. Voici de quelle manière cette lettre est citée (pp. 159-160) :

„Die jüdische Hilfsgemeinschaft Esra in Luxemburg hat für die in beiliegender Liste ausgeführten Ausländer, die zum Teil die deutsche Staatsangehörigkeit besitzen, zum Teil staatenlos sind, die Auswanderung beantragt. Die Interessenten waren vorübergehend im Großherzogtum aufhaltsam und sollten von hier aus nach Übersee weiterreisen. Sie sind alle im Besitze der erforderlichen Sichtvermerke für die Niederlassung in den Vereinigten Staaten oder südamerikanischen Republiken. Die Abreise soll von Lissabon erfolgen, die Sichtvermerke für Spanien und Portugal sind bereits erteilt worden. Des weitern wurde die Auswanderung von der Zivilverwaltung insofern bereits ermächtigt, als jeder Familie die Devisengenehmigung erteilt wurde, die sie zur Mitnahme von einzeln aufgezählten Gegenständen sowie von 15.000 Franken ermächtigt. Die Ausreise nach Portugal soll mittels Sammeltransporten von Luxemburg aus in Autobus geschehen. In letzter Minute scheint sich nun eine Schwierigkeit ergeben zu haben, indem keine Passierscheine durch das besetzte französische Gebiet erteilt würden. Die Luxemburgische Landesverwaltung würde es begrüßen, wenn Sie sich dafür verwenden wollten, damit diesen Leuten die Möglichkeit gegeben wird, das Großherzogtum zu verlassen. In dem sie nur vorübergehend ermächtigt waren sich aufzuhalten. Es handelt sich übrigens um Leute, die ohne Mittel sind, und der öffentlichen Fürsorge zur Last zu fallen drohen.“

M. Barthel ne propose pas de thèses nouvelles mais se contente de dénigrer les miennes. Il se comporte comme un instituteur qui aurait décidé de saquer un élève, non comme un historien ayant quelque chose à proposer.

Le dernier point que je souhaite aborder est celui de la théorie que Barthel oppose à mon interprétation de l’ordre de service N° 3344 du 6 septembre 1940, par lequel Louis Simmer priait bourgmestres et enseignants de recenser les enfants de confession juive. Il avance ceci :

„Man stelle sich nur vor, die Aufstellungen seien in den 1930er Jahren ursprünglich – bevor sie später zu anderen Zwecken missbraucht wurden – lediglich zur Registrierung der vom katholischen Religionsunterricht entbundenen Kinder angefertigt worden. Schlicht grotesk würde es werden, wenn sich dann auch noch herausstellte, dass eine Abschrift ans Konsistorium weitergereicht wurde, das ja ebenfalls in der Vorkriegszeit ein Interesse daran gehabt haben könnte, die Namen potentieller Teilnehmer an den freiwilligen Religionskursen für Israeliten in Erfahrung zu bringen…“

Je constate d’abord que ce passage a été rédigé par un historien qui affirme ne pas apprécier les spéculations. J’ajoute qu’une fois de plus Barthel ne peut passer à l’attaque qu’en laissant dans l’ombre bien des éléments. Je me suis moi-même posé beaucoup de questions sur la nature de cet l’ordre de service du 6 septembre 1940 – j’en rends compte dans mon rapport. Toutefois j’ajoute, et Barthel préfère l’ignorer, que cet ordre de service fut probablement annulé par un autre, allant plus précisément dans le sens de l’administration civile allemande. J’en veux pour preuve le fait que le Directeur du Lycée de Jeunes Filles de Luxembourg, Edouard Oster, peu suspect de sympathies nazies, rédigea coup sur coup deux listes. Voici ce que je décris dans le rapport :

« Dès le lendemain (de la réception de l’ordre de service N° 3344), Oster fit parvenir à Simmer la liste exigée. Mais il en établit une seconde intitulée « Liste der nichtarischen Schülerinnen des Mädchenlyzeums Luxemburg. Schuljahr 1939-1940 ». Alors que la première avait été dressée sur des critères confessionnels, la seconde le fut sur des critères raciaux. Oster y ajouta des noms qu’on ne retrouve pas dans la première liste : « Deutz, Doris (protestantische Konfession), Hertz, Manuella (Vater Nichtarier, Mutter Arierin – kath. Konfession), Solodowsky, Anny? (ohne Konfession), Loeb, Margot (ohne Konfession) » ; par ailleurs, et même si cela dépassait le cadre posé dans l’intitulé, il ajouta le nom des élèves inscrites pour l’année scolaire 1940-1941 » (p. 71).

La liste finale, nationale, établie à partir de données locales, ne pouvait servir à exempter des élèves juifs de l’enseignement catholique puisqu’elle contenait aussi les noms d’enfants qui n’étaient pas juifs selon la loi mosaïque (mais uniquement selon les critères nazis) et qui pour certains étaient même baptisés.

Le terme d’« Historikerstreit » a tellement été utilisé ces dernières semaines qu’on finirait par croire que deux interprétations, deux thèses s’affrontent. C’est faux, M. Barthel ne propose pas de thèses nouvelles mais se contente de dénigrer les miennes. Il se comporte comme un instituteur qui aurait décidé de saquer un élève, non comme un historien ayant quelque chose à proposer. Il avance le plus souvent ses critiques sans informer son lecteur sur la manière dont je développe mes arguments, souvent même en ignorant purement et simplement des éléments qui pourraient le gêner. Je ne peux qu’inviter ceux qui s’intéressent à la question, et qui ne l’ont pas encore fait, à lire eux-mêmes le rapport et de se faire leur propre idée. Il est actuellement disponible en ligne et le sera bientôt sous forme de livre.

Ce n’est pas pour défendre les canons de l’historiographie que M. Barthel est intervenu mais pour garder intacte sa vision du monde. Le ton de sa diatribe et le fait qu’il ne trouve valable que le passage où j’indique que le gouvernement en exil est venu en aide aux juifs l’indiquent. Je ne doute pas néanmoins de la sincérité des émotions de M. Barthel. L’interprétation des années d’occupation qui s’est imposée ces dernières années est difficile à admettre pour tous ceux qui ont été élevés avec l’image d’un pays uni dans une résistance sans faille contre l’occupant nazi. Mais la nouvelle approche ne cherche pas à remplacer cette image d’Epinal par la vision, tout aussi fausse, d’un pays entièrement acquis au nazisme, que ce soit par antisémitisme ou par opportunisme. La nouvelle approche consiste avant tout à se pencher sur les ambivalences de l’époque.

Par ailleurs, bien qu’il me vise directement, je ne pense pas non plus que ce soit moi que Barthel veut toucher. Dans sa conclusion – le passage où un auteur met cartes sur table – il finit par mettre en doute la probité de l’Université de Luxembourg et par railler ces « kulturkämpferisch beseelte Politiker » qui entretiennent un « rührseligen, zu PR-Zwecken eingesetzten Entschuldigungskult ». En bref, tous ceux qui ont selon lui, par pur intérêt, bafoué ce qu’il avait de plus sacré.


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