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Une place pour la peur
Editorial Politik 2 Min. 20.03.2020

Une place pour la peur

Une place pour la peur

Photo: AFP
Editorial Politik 2 Min. 20.03.2020

Une place pour la peur

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le coronavirus fait peur. Il ne faut pas l'étouffer, cette peur, car elle apporte l'opportunité d'un regard nouveau sur les êtres et les choses.

La retraite à laquelle le virus nous contraint offre une extraordinaire opportunité. Il faut la saisir, de suite, pour ne pas avoir à regretter, bientôt peut-être, le temps qui ces jours-ci nous est donné – un temps flottant, feutré, dans le suspens duquel on devine une muette invitation à la réflexion. 

Oui, l’heure est propice à la réflexion, et nous devinons qu’elle sera d’une acuité insoupçonnée. Mais, nous dira-t-on, la lucidité que le confinement génère est entravée par la peur qui nous assaille. L’esprit voudrait s’élever, mais la peur, cette viscérale étreinte qui par instants nous étrangle, empêche la réflexion de se libérer. 

C’est que la peur n’a pas trouvé en nous la place qu’elle exige. N’écoutez pas les préceptes de la psychologie de grande consommation: la peur n’est pas à «maîtriser», elle est à dompter, en l’assumant. En reconnaissant, d’abord, sa normalité face à une situation qui au contraire relève de l'exception: nous sommes confrontés à une donne sans référents dans un temps récent, où actions et décisions s’inscrivent dans le contexte d’une menace invisible et imprévisible, dans l’hypothèse de restrictions dont jamais nous n’avions fait l’expérience, de dispositifs de contention que jamais nous n’aurions imaginés. 

C’est l’absolue singularité de la situation qui la rend anxiogène, notre angoisse est légitime et sachant cela il faut lui laisser la place qu’elle revendique: laissons-la monter un peu, la peur, assez pour nous arracher à l’ordinaire, aux habitudes, aux certitudes. De quel ordinaire faut-il se défaire? 

Des soucis infondés, des tracas surjoués, des besoins factices, des asservissements absurdes, des agacements qui enveniment le sentiment, la collégialité, la convivialité – ce virus montrera qu’il est possible d’être plus heureux, autrement, mieux, en couple, en famille, au travail aussi, face aux procédures vaines, au temps passé à servir des outils créés pour en gagner, aux querelles de préséance, aux blessures d’amour-propre. Le travail comme la vie en société seront pratiqués autrement, ce que l’on croyait impossible sera courant, ce que l’on croyait indispensable paraîtra futile.

C’est une sorte d’«apurement» qui en tous domaines sera à l’œuvre, et nous comprendrons que c’est à tous qu’il bénéficiera. S’il est une chose surtout que le virus enseigne, c’est que nous portons la responsabilité d’autrui, et qu’elle se pratique par dissémination. Plus qu’une solidarité, c’est une sollicitude qui demande à s’exercer, et il est extraordinaire que cette leçon nous soit dispensée en ce moment particulier de l’Histoire où l’urgence climatique et la crise migratoire la réclamaient avec insistance déjà. Comme si le covid-19 était une piqûre de rappel, la réitération par l’extrême d’un commandement ancien. 

Entendons-le, ce commandement, et demain à nouveau nous pourrons nous saluer comme il se doit. Nous éprouverons alors le plaisir tout neuf de serrer une main, avec une pensée navrée pour ceux d'entre nous qui auront souffert, voire perdu un proche. Et nous saurons alors que notre retraite aura permis ce dont nous rêvions sans toujours le savoir: un regard nouveau sur les êtres et les choses. Une sorte de douloureuse réinvention du monde. 

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