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Politique et médias sociaux: "Le Luxembourg fait preuve d'amateurisme"
Politik 4 9 Min. 18.12.2015

Politique et médias sociaux: "Le Luxembourg fait preuve d'amateurisme"

Sven Clement et Jerry Weyer du cabinet Clement & Weyer, consultants en communication digitale

Politique et médias sociaux: "Le Luxembourg fait preuve d'amateurisme"

Sven Clement et Jerry Weyer du cabinet Clement & Weyer, consultants en communication digitale
Photo: Pierre Matgé
Politik 4 9 Min. 18.12.2015

Politique et médias sociaux: "Le Luxembourg fait preuve d'amateurisme"

Notre "rédacteur en chef d'un jour", Mars Di Bartolomeo, a souhaité aborder le thème des messages politiques sur le web au Luxembourg. Nous avons rencontré deux experts: leur constat est accablant.

Par Christelle Raineri

Nous sommes maintenant à quelques heures de 2016 mais, en ce qui concerne la communication politique sur les médias sociaux, le Luxembourg semble être encore en 2006... C'est en tout cas l'avis des deux experts que nous avons interrogés: Sven Clement et Jerry Weyer, consultants en communication digitale au sein du cabinet qu'ils ont créé en 2014 et qui porte leurs noms.

Ils livrent leur éclairage sur l'avènement des médias sociaux comme outils incontournables dans la diffusion de messages politiques, partout, sauf au Luxembourg, où même les plus importants réseaux, Facebook, Twitter et Instagram, sont peu ou mal utilisés.

  • Vous avez vécu la naissance des réseaux sociaux au Luxembourg. Comment ça a démarré et quand les politiciens s'y sont-ils mis?

Sven Clement  - "Les jeunes Luxembourgeois ont découvert l'échange de contenus en ligne il y a plus de 15 ans, avec des sites comme luxusbuerg.lu, page.lu, hot.lu ou encore alex.lu. Ce sont eux les premiers à avoir ensuite ouvert un compte Facebook en 2006, au moment où le réseau, jusque-là réservé à une poignée d'écoles américaines, s'est ouvert à l'international. Cependant, la véritable explosion de Facebook au Luxembourg a eu lieu en 2008, à la suite du lancement de l'iPhone."

"Au début, Facebook n'était pas du tout utilisé en politique. Et puis il y a eu 2008, et la campagne électorale de Barack Obama a tout changé: les Américains ont pris en compte les réseaux sociaux dans la construction de la campagne. Chez nous, ça a été différent. En 2009, au moment des élections législatives, quelques politiques avaient déjà un profil Facebook, mais il y avait une certaine peur de communiquer des messages politiques via ce canal. Cela restait privé. Lors des communales en 2011, de multiples comptes et profils ont été ouverts par les partis, les candidats, etc. Des discussions politiques ont émergé dans les cercles d'amis primaires, mais toujours pas de manière publique."

Jerry Weyer - "En parallèle, au niveau européen, le Parlement a vite saisi le potentiel des médias sociaux: dès 2009, une équipe spéciale a été créée pour promouvoir les activités du Parlement sur les réseaux sociaux (92 comptes pour le PE rien que sur Twitter, ndlr). Au Luxembourg, il a fallu attendre 2013 pour que la Chambre des députés ouvre enfin une page Facebook."

  • Que peut-on dire de l'utilisation des médias sociaux par la sphère politique luxembourgeoise?

Sven Clement - "Ce qui est frappant, c'est que tout est dû au hasard! Il n'existe pas de stratégie cohérente, et les membres du gouvernement ne sont pas contraints d'utiliser les réseaux sociaux. Si un ministre aime s'exprimer sur les médias sociaux, comme c'est le cas pour François Bausch avec le Développement durable, alors lui et son ministère seront plus présents en ligne. Si ce n'est pas le cas, tant pis, il n'y aura rien en ligne. C'est toujours une option, qu'on n'utilise pas, alors que pour informer les citoyens, c'est indispensable."


Jerry Weyer - "L'usage des médias sociaux en politique au Luxembourg relève de l'amateurisme. On ne retrouve pas les bonnes pratiques qu'on voit ailleurs, comme les posts suivis par les initiales de la personne quand c'est elle qui rédige le message, au lieu de son équipe, et si les ministres n'ont pas le temps de poster au moment où un sujet émerge, aucune réaction n'est publiée."

  • Avez-vous des exemples de ce qu'il faut faire ou ne pas faire?

Sven Clement  - "Le député Serge Wilmes a voulu lancer sur Twitter une petite chronique pour expliquer le fonctionnement de la Chambre des députés en 140 caractères. C'était une initiative individuelle intitulée #CHD140. Mais c'est tombé à plat car le public n'était pas bien choisi: sur Twitter, on ne trouve que des journalistes, des politiques et des dirigeants d'entreprise, qui connaissent déjà le fonctionnement de la Chambre. Le public luxembourgeois est bien présent sur Twitter (environ 30.000 comptes) mais il utilise ce réseau pour accéder à des contenus de loisirs et divertissement: suivre des stars, des groupes de musique. Il aurait fallu faire ça sur Facebook."

Jerry Weyer - "Au niveau européen, les médias sociaux font bel et bien partie des plans de communication. L'exemple de Neelie Kroes est édifiant. Alors commissaire en charge de la Société numérique, elle dénonce dans un tweet le fait que l'aéroport de Dusseldorf fasse payer la connexion WiFi. Bien sûr que tout ça fait partie d'une stratégie de communication bien maîtrisée. Son tweet a largement été repris dans la presse."

"Alors qu'au Luxembourg, les politiciens qui tweetent ont tendance à poster des messages qui ressemblent à des communiqués, Marc Ruppert, le secrétaire général du DP, fait un usage bien réfléchi de son compte Twitter: il construit son image de personnalité politique. Lors du référendum cette année, il avait eu l'idée de poster une photo de son chien face au "oui " et au "non", pour tenter de prédire le résultat."

  • Les partis politique au Luxembourg ont-ils un certain contrôle sur ce que disent leurs membres en ligne?

Sven Clement  - "Les partis ne contrôlent rien du tout. C'est de l'amateurisme total. S'il n'y a pas un geek dans l'équipe, rien ne se passe. Or, si certains grands partis, comme le CSV et ses 10.000 ou 12.000 membres, avaient ne serait-ce que la moitié sur Facebook pour communiquer sur les activités du parti, quelle force de frappe ce serait!"

  •   Pourquoi le Luxembourg est-il tellement à la traîne dans ce domaine?   

Sven Clement  - "On se retrouve encore et toujours à expliquer pourquoi faire du digital est incontournable. On doit convaincre dans le milieu du business et de la politique. Le Luxembourg donne l'impression d'une certaine proximité, ça entre en compte. On a l'impression que si on veut parler à un ministre, on peut le croiser en ville."

"Le nouveau gouvernement avait bien annoncé une présence renforcée sur les médias sociaux en 2013 mais au final, c'est très décevant. Ils ont ouvert une page Facebook pour la Chambre des députés mais les posts n'expliquent en rien comment fonctionne l'institution au service des citoyens. La présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE était aussi une formidable opportunité pour faire du nation branding, mais là encore, rien de particulier n'a été fait. Le contenu partagé est pauvre."

  • Constatez-vous tout de même des progrès?

Sven Clement  - "Oui, au niveau des communes notamment. La Ville d'Esch/Sûre est maintenant très active sur les médias sociaux et Mersch vient d'ouvrir une page Facebook. Par ailleurs, le SIGI (Syndicat Intercommunal de Gestion Informatique, ndlr) développe actuellement un projet qui vise à connecter le système "sms2citizen" à Facebook et Twitter afin d'automatiser ces messages. Si, dans les communes, une seule personne était déléguée aux réseaux sociaux juste 30 minutes par jour, pour poster les routes en travaux, l'ordre du jour du prochain conseil communal, et d'autres infos utiles aux habitants, cela serait déjà très efficace."

Jerry Weyer - "On voit encore trop d'institutions qui se lancent sans aucun suivi par la suite ou sans intention d'échanges avec les gens. La Mobilitéitszentral a ouvert un compte Twitter en 2013 tout en affichant dans sa bio que personne ne répondra aux utilisateurs..."  

La Mobilitéitzentral sur Twitter: "One-way information only"
La Mobilitéitzentral sur Twitter: "One-way information only"
Screenshot: @Mobiliteit_lu via twitter.com
  • Les politiciens luxembourgeois sont-ils virulents ou plutôt prudents dans leurs propos sur le web?

Jerry Weyer - "Du côté du CSV, il y a Laurent Mosar et Marc Reiter en particulier, qui s'expriment sans retenue. Les messages de l'ADR sont toujours très polémiques. Roy Reding ou Joe Thein ou encore Fernand Kartheiser, partagent des contenus qui sont loin d'élever le débat, voire qui relayent de fausses informations, ce qui est plus grave. Ainsi, certains politiques se font facilement piéger par des sites extrémistes sans le savoir. C'est là qu'on voit aussi qu'il n'y a pas de contrôle, pas de consigne au sein du parti, pas d'identification des sources à ne pas relayer alors qu'on les connaît. Des fois, ils ne lisent que le titre d'un article et, parce qu'il va dans leur sens, le retweete, sans se rendre compte que le contenu de l'article est différent. Les politiques ne comprennent pas les réseaux sociaux et ne les maîtrisent pas."

  • Quelles sont les bons usages des médias sociaux en politique?

Sven Clement  - "Les hommes et femmes politiques qui utilisent correctement les réseaux sociaux sont ceux qui montrent aux internautes tout le travail qu'il y a derrière leur fonction, au lieu de communiquer seulement sur les décisions et les poignées de main. Il faut construire une crédibilité: montre-moi ton travail et je ressentirai du respect pour toi. Il faut être honnête et ouvert, poster du contenu personnel et sincère. On peut avoir un petit côté égocentrique, c'est aussi le jeu sur les réseaux sociaux, mais il faut absolument que le travail de la personne soit mis en valeur."

Les personnalités politiques du Luxembourg doivent apprendre à maîtriser leur communication sur les réseaux sociaux
Les personnalités politiques du Luxembourg doivent apprendre à maîtriser leur communication sur les réseaux sociaux
Photo: Shutterstock

"Il faut aussi veiller à ne pas tout mélanger: les ministres doivent prendre conscience que quand ils tweetent, ils sont ministres. Au Luxembourg, on a toujours cet amalgame entre politique gouvernementale, politique du parti et politique parlementaire. En Allemagne, les ministres ont des consignes de neutralité."

"Une bonne solution est alors d'avoir deux profils différents: un privé et un public. Aujourd'hui, quand on est une personnalité engagée dans la vie politique, il faut garder à l'esprit qu'on représente le parti à travers ce qu'on partage. Certains politiques doivent être plus "adultes" dans la gestion de leurs profil et compte. Montrer qu'ils sont responsables."

"Souvent, les discussions sur Facebook ressemblent à celles qu'on peut avoir au bistrot. Les politiciens devraient utiliser les réseaux sociaux pour ramener les gens dans le débat: ce n'est pas en criant le plus fort ou en étant inactif qu'on a raison. Comment attendre un comportement courtois de la part des internautes si eux-mêmes ne donnent pas l'exemple?"


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