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Mobilisation contre le viol de guerre
La Grande-Duchesse Maria Teresa avec Denis Mukwege et Céline Bardet pour le lancement officiel du forum "Stand Speak Rise UP!"

Mobilisation contre le viol de guerre

Gerry Huberty
La Grande-Duchesse Maria Teresa avec Denis Mukwege et Céline Bardet pour le lancement officiel du forum "Stand Speak Rise UP!"
Politik 4 Min. 25.01.2019

Mobilisation contre le viol de guerre

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Démarche inhabituelle pour un événement exceptionnel: la Grande-Duchesse Maria Teresa a levé le voile hier au palais sur la conférence «Stand Speak Rise Up!», qui en présence de trois prix Nobel de la Paix sera le moment culminant de son combat contre le viol de guerre.


La Grande-Duchesse, qui a soutenu maintes causes sociales et humanitaires, au service des femmes notamment, est engagée de longue date dans une bataille contre la violence à l'encontre de celles-ci, la violence dans sa forme la plus insoutenable, en des latitudes où les femmes sont les plus vulnérables, objets d'une mise à mal qui de proche en proche aboutit à l'anéantissement de communautés entières – Maria Teresa mène bataille contre les «violences sexuelles en zones sensibles», un euphémisme pour signifier la plus abjecte des barbaries, telle qu'elle s'est exercée, s'exerce aujourd'hui encore contre les Yazidies au Proche-Orient, contre les femmes du Congo et d'ailleurs.

Pour la Grande-Duchesse Maria Teresa: "L'indignation ne suffit plus"!
Pour la Grande-Duchesse Maria Teresa: "L'indignation ne suffit plus"!
Photo: Gerry Huberty

Cet engagement contre le viol de guerre – le viol comme méthode, pensé et planifié, le viol comme stratégie pour la neutralisation des femmes, pour l'humiliation des hommes aussi, pour l'anéantissement physique, psychologique et économique de familles, de tribus, de villages puis de communautés entières – est un processus de longue haleine, dont un temps fort fut la visite de la Grande-Duchesse au Liban fin octobre de l'année dernière, où elle put se rendre auprès de victimes, principalement syriennes, puis examiner des programmes et actions visant à les soutenir.

L'«homme qui répare les femmes»

Mais ce sont des rencontres en amont surtout qui furent décisives dans ce  processus. Celle de Denis Mukwege, le gynécologue congolais, l'«homme qui répare les femmes» en République démocratique du Congo. Puis de Nadia Murad la Yazidie, victime de la folie meurtrière de l'«Etat islamique» (Daech) dans le Sinjar en Irak, devenue porte-parole d'une communauté qui reste à la recherche de milliers de membres disparus. Une porte-parole d'une cause qui allait trouver un regain d'intérêt quand un vent favorable de l'Histoire fit de Murad et de Mukwege les lauréats du prix Nobel de la Paix 2018, de sorte qu'avec Muhammad Yunus, récompensé en 2006 pour ses travaux sur le microcrédit, ce sont trois Nobel de la Paix qui au mois de mars participeront à la rencontre «Stand Speak Rise Up!».


Maria Teresa accueillie par le Premier ministre libanais, Saad Hariri.
Maria Teresa contre la barbarie
A la rencontre des dirigeants du pays et au chevet des victimes, la Grande-Duchesse poursuit au Liban son combat contre le viol de guerre.

Ce grand forum se contentera-t-il d'émotions solennelles et de déclarations d'intention? Non. Car Maria Teresa a prévenu de bonne heure que «l'indignation ne suffit plus», et que le temps de l'action est advenu. Or cette action est possible, parce que le monde consent à entendre désormais une problématique sur laquelle ont longtemps pesé de puissants tabous, et parce que des outils ont été conçus pour lutter contre le mal ainsi entendu, comme l'a souligné hier au palais Céline Bardet, partenaire de la Grande-Duchesse avec son organisation «We are not Weapons of War». Ce forum permettra donc d'entendre des survivantes, au terme de l'objectif premier de cette rencontre: donner la parole à ces femmes qui ont vécu le pire, et qui longtemps n'ont pas eu l'opportunité de s'exprimer.

Céline Bardet, partenaire de la Grande-Duchesse avec son organisation:  «We are not Weapons of War».
Céline Bardet, partenaire de la Grande-Duchesse avec son organisation: «We are not Weapons of War».
Photo: Gerry Huberty

Le point de départ de l'initiative «Stand Speak Rise Up!» a été la création en 2018, sur instigation de la «Mukwege Foundation», du Mouvement mondial des survivantes de violences sexuelles, qui fédère actuellement une vingtaine d'organisations de victimes. La Grande-Duchesse veut, par son action, amplifier ce mouvement à travers ce premier forum qui donne la parole aux survivantes et les implique dans la conception et la mise au point des dispositifs de lutte à élaborer, au niveau de la prévention comme sur le plan de la réparation. Ces outils sont, pour partie, aussi concrets que pragmatiques.

Une bombe à fragmentation

L'application «Backup», ainsi, conçue par l'ONG de Céline Bardet, permet aux victimes de se manifester,  mais aussi d'établir des données épidémiologiques et d'activer un réseau de médecins et de juristes. «Backup» est une application numérique et une plateforme globale qui permet de prendre contact sur n’importe quel type de téléphone portable, qui en outre prend en compte l'éventualité que les usagers ne sachent pas lire. Cet outil fait partie des nombreuses initiatives qui ont retenu l'attention de la Grande-Duchesse lors de la préparation du forum.

Le point de départ de l'initiative «Stand Speak Rise Up!» a été la création en 2018, sur instigation de la «Mukwege Foundation», du Mouvement mondial des survivantes de violences sexuelles.
Le point de départ de l'initiative «Stand Speak Rise Up!» a été la création en 2018, sur instigation de la «Mukwege Foundation», du Mouvement mondial des survivantes de violences sexuelles.
Photo: Gerry Huberty

Dans une interview publiée dans nos pages le 26 octobre de l'année dernière, Céline Bardet avait expliqué que «le viol de guerre ne vise pas uniquement les femmes mais aussi les hommes». Et que «ce viol ne procède pas uniquement de la consommation d'un acte sexuel: l'intimidation, l'humiliation, la violence sous toutes ses formes y contribuent. Le viol de guerre est une arme à plusieurs ressorts. Une bombe à fragmentations lentes et multiples».

Les enfants de personne

Et cette arme frappe les enfants aussi: Maria Teresa a souligné hier la situation «particulièrement dramatique» des enfants nés du viol, souvent présentés comme «la progéniture de l'ennemi», souvent rejetés ou abandonnés. C'est un ensemble d'actions donc que la Grande-Duchesse appelle de ses voeux. Car «L'indignation ne suffit pas. Nous devons tout faire pour prévenir et combattre les violences sexuelles dans les zones sensibles et le viol comme arme de guerre. Nous ne pouvons plus fermer les yeux devant ces actes de barbarie qui font du corps des femmes des champs de bataille. Nous devons agir et proposer des solutions pertinentes pour aider les survivantes à se reconstruire et à devenir elles-mêmes de véritables actrices du changement». L'appel que prononcera la Grande-Duchesse sera ouvert à signature tout au long du forum ainsi que sur les réseaux sociaux. Le forum «Stand Speak Rise Up!» bénéficie du soutien du gouvernement luxembourgeois et est organisé avec la participation du Women's Forum for the Economy & Society.

EN conférence de presse lors du lancement officiel du forum international "Stand Speak Rise UP!" en présence de la Grande-Duchesse, de Denise Mukwege et Céline Bardet.
EN conférence de presse lors du lancement officiel du forum international "Stand Speak Rise UP!" en présence de la Grande-Duchesse, de Denise Mukwege et Céline Bardet.
Photo: Gerry Huberty



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