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#MeToo sans moi
Editorial Politik 3 Min. 23.11.2018

#MeToo sans moi

Gaston CARRE
Gaston CARRE
La dénonciation de l'abus sexuel devient une forme de violence à son tour, quand elle tend à culpabiliser l'ensemble de la collectivité.

Un «flashmob» est organisé aujourd'hui à Luxembourg, en manifestation de solidarité contre la violence à l'égard des femmes, tandis qu'en France 250 personnalités appellent à participer, ce samedi à Paris, à une «marche contre les violences sexistes et sexuelles». Le phénomène #MeToo ainsi poursuit son avancée, pour la dénonciation d'un mal intolérable par un discours dont la violence est pareillement exécrable.

Nous avons à plusieurs reprises, dans ces colonnes, évoqué cette problématique et les mouvements qu'elle suscite. Et vérifié les méprises à quoi cette évocation s'expose. Faut-il dès lors, en préambule, répéter ce qui va de soi? Le caractère ignominieux de la violence sexuelle sous toutes ses formes?

Répétons-le s'il le faut, et rappelons la nécessité, la légitimité donc de tout ce qui s'y oppose, tout ce qui la désigne et la dénonce. Mais répétons aussi, alors, l'excessive virulence de cette dénonciation, ses extrapolations et la complaisance avec laquelle elle s'affiche. Il ne passe plus un jour désormais sans qu'il ne faille apprendre qu'une telle a été violée par un tel, que telle actrice dans sa jeunesse fut abusée par tel acteur, ou inversement. Faut-il, vraiment, souscrire à cet inventaire?

C'est ici que le débat devient ardu. Car il faut exposer le mal, oui, dans la mesure où c'est une prise de conscience que l'on vise – les victimes demandent réparation pour une blessure singulière, mais elles se coalisent pour mener, aussi, un questionnement public visant à restituer à l'abus son poids d'interdit, à lutter contre l'inavouable manteau de trivialité consentie en quoi l'abus se protège.

Il faut dénoncer donc. Mais la dénonciation aujourd'hui est bruyante, quand c'est par Internet qu'elle se répand. Bruyante et prosélyte: Internet accueille sans discernement, et recueille mille calamités supposées dans le sillage de deux maux avérés. Enfin et surtout, la dénonciation de type 2.0 opère à gros traits, et frappe sans discernement. Un processus qui demande lucidité et sérénité devient, dans ces conditions, un procès en sorcellerie, qui de surcroît se pare de chiffres exorbitants. Des chiffres qui postulent, grosso modo, que parmi dix personnes de notre entourage il ne s'en trouve pas six qui n'aient été, un jour, victimes d'abus sexuel.

La plaie est générale, s'il faut croire les plaignants, et devrait nous recouvrir d'une immense toile de honte collective, la dénonciation érigeant chacun d'entre nous en bourreau potentiel, en fautif virtuel. Or, c'est cette collectivisation de la faute, c'est cette virtualité généralisée, cette culpabilisation sans fin que nous refusons. La culpabilisation de tous par l'excès de zèle de quelques-uns. Qui anime la marche de ce samedi en France? Des gens de lettres, des artistes, qui ont signé une tribune à cet effet. Or nous refusons de nous faire dire par un comédien qu'«une femme sur trois subira des violences au cours de sa vie». Parce qu'une telle affirmation est aussi extravagante que dangereuse, et parce qu'on ne résoudra rien en déclarant une guerre des sexes et en laissant entendre que le mâle désormais est un mal.

Nous refusons de nous faire dire par une chanteuse qu'il faut instaurer une «éducation obligatoire dès le plus jeune âge à la non-violence et à l'égalité», parce que nous estimons que sur la morale publique prévaut l'éthique personnelle, et que nous sommes nombreux sans doute à ne pas avoir attendu de telles injonctions pour enseigner à nos enfants la différence des sexes et le respect que l'un doit à l'autre.