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Les voix mauvaises
Editorial Politik 3 Min. 20.12.2018

Les voix mauvaises

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Face au terrorisme et à la crise migratoire, la peur fut l'affect dominant en 2018. Les extrêmes-droites en ont tiré un immense profit.

Cette année 2018 va s'achever et l'heure des bilans est advenue, sur le plan collectif comme dans les domaines singuliers. Qu'est-ce qui aura marqué, en termes d'affects communs, l'année bientôt révolue? Il semble que cela soit la peur, de toute éternité notre passion la mieux partagée mais qui face aux défis auxquels nous sommes actuellement confrontés, face aussi à l'indigence des réponses apportées, nous travaille tous au plus profond et est appelée sans doute à perdurer, dans la mesure où les problématiques en cause ne vont pas s'effacer. Quelles problématiques?

L'année avait débuté dans la terreur, elle s'achève dans la terreur, un fil rouge qui aura parcouru 2018 de bout en bout, pour déboucher sur le marché de Noël à Strasbourg et la tuerie que l'on sait. Le terrorisme, nous le devinons, est devenu une hydre à mille têtes, on en coupe une et une autre aussitôt se met à grimacer. C'est une menace constante et diffuse, d'autant plus inquiétante qu'elle émane moins désormais d'une fureur organisée que de folies spontanées, qui poussent au crime des individus aux mobiles indéchiffrables.

Face à cette menace les pouvoirs publics prennent des mesures visant à nous rassurer assez pour accroire que le danger est cerné. Il n'en est rien bien sûr, on pourra déployer des centaines de policiers sur nos places et marchés, ils n'empêcheront pas un fou de dégainer un couteau. Il faut, d'urgence, défaire les essaims de terroristes qui pullulent dans les prisons de France, d'où ils sortent plus enragés qu'à leur admission; sur le fond il faudra beaucoup de temps et de pédagogie pour enrayer la haine qui dans les banlieues est devenue une idéologie de substitution.

Autre problématique marquante tout au long de l'année: la crise migratoire – le fait même que le phénomène soit appréhendé comme une «crise» dit long d'ailleurs du sentiment de vulnérabilité qui est le nôtre, car rien ne justifie, objectivement, les craintes que les flux humains en provenance de l'Est et du Sud suscitent auprès d'opinions publiques affolées. Face à cette «menace» aussi l'ordre politique est défaillant, ne parvenant pas à juguler une inquiétude que les chiffres à eux seuls devraient apaiser – saisissante est la disproportion entre les flux migratoires dans leur réalité numérique et la virulence des affects qu'ils engendrent. Or la raison étant défaillante, partout s'élèvent les voix de ceux qui font prospérer leur capital électoral en attisant la peur d'une part, les passions malsaines qu'elle suscite d'autre part, partout s'avancent des extrêmes qui font feu de tout bois, de notre «insécurité», de la xénophobie latente et du chauvinisme supposé, même la colère des «gilets jaunes» leur est bonne à prendre, comme le montrent, dès les abords de la France voisine, tels campements parrainés par le RN de Marine Le Pen et ses affidés en Moselle.

Si enfin il fallait cerner une dominante dans ce qui aura fait le vacarme de l'année finissante, ce sont ces voix mauvaises d'une droite obtuse, les voix grinçantes des Le Pen, Kurz, Orban et Salvini qui en auront fourni le diapason. C'est à ces voix-là - de l'analyse péremptoire, du réflexe chauviniste, de l'appel au repli identitaire - qu'il faudra opposer, durant l'année nouvelle, le ton plus serein d'une raison lucide et apaisée. Trop d'ânes ont braillé en 2018, il faut maintenant, à défaut de les faire taire, les neutraliser par un discours qui en révèle l'ineptie.