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Le trio infernal
Editorial Politik 3 Min. 08.12.2018

Le trio infernal

A protestor wearing "yellow vest" (gilet jaune) holds a French national flag on December 8, 2018 near the Arch of Triumph (Arc de Triomphe) in Paris during a protest against rising costs of living they blame on high taxes. - Paris was on high alert on December 8 with major security measures in place ahead of fresh "yellow vest" protests which authorities fear could turn violent for a second weekend in a row. (Photo by Eric FEFERBERG / AFP)

Le trio infernal

A protestor wearing "yellow vest" (gilet jaune) holds a French national flag on December 8, 2018 near the Arch of Triumph (Arc de Triomphe) in Paris during a protest against rising costs of living they blame on high taxes. - Paris was on high alert on December 8 with major security measures in place ahead of fresh "yellow vest" protests which authorities fear could turn violent for a second weekend in a row. (Photo by Eric FEFERBERG / AFP)
AFP
Editorial Politik 3 Min. 08.12.2018

Le trio infernal

Gaston CARRE
Gaston CARRE
La France s'attend à un nouvel embrasement, et à la fois les manifestants, le gouvernement et les médias jettent de l'huile sur le feu.

De quoi les «gilets jaunes» en France sont-ils le nom? Il faudra du temps encore pour explorer tout ce que ce mouvement recèle et révèle, par-delà les mécontentements qu'il exprime. Une «révolution» est-elle à l'oeuvre, comme le suggèrent des analystes?

Le mot est trop fort, mais l'on devine que le pays vit ce moment incandescent où des équilibres se rompent, où des fractures se creusent, et l'on voit que maints référents sont emportés par ces ruptures. Parmi ces référents bousculés figurent les journalistes, mis à mal par une fronde qui charge à la fois l'autorité et ses censeurs – des reporters ont été pris à partie, insultés ou agressés au cours des manifestations, dommage collatéral certes mais qui dit long des défiances nouvelles qui animent la fronde.

Longtemps le journaliste fut «du bon côté». Du côté des défenseurs de la veuve et de l'orphelin, ou du moins dans l'observation bienveillante du combat qu'ils livraient. Mais là soudain, en ces samedis jaunes de France les médias sont suspects, on s'en méfie, on conteste la pertinence de leur travail, on les soupçonne de collusion avec l'«ennemi», on les inclut dans une adversité diffuse dont l'extrapolation brise les lignes anciennes de démarcation.

Cette animosité montre la virulence des frustrations. Les journalistes, qui en France ne vivent pas dans l'opulence, sont considérés comme des nantis, ou comme des laquais du gouvernement. Elle atteste surtout un émiettement en profondeur, à un moment où chacun se défie de chacune, où rien ni personne n'est plus sûr, tandis que l'on s'attaque indifféremment au pouvoir et à ces journalistes qui hier encore étaient considérés comme un contre-pouvoir.

Certes, les «gilets jaunes» ne suffisent pas à bouter le journaliste de son socle. Des phénomènes plus généraux contribuent à le bousculer, au croisement d'évolutions sociologiques et technologiques. Internet et ses réseaux, ainsi, érigent tout citoyen en journaliste virtuel, qui capte l'événement, le relaie et s'en fait le critique. S'ensuit une absurde course de vitesse, une surenchère telle que le journaliste à son tour rend compte à la hussarde et prélève, dans l'actualité, l'écume qui fera «cliquer». Qu'est-ce qui en France fait cliquer ces jours-ci?

Ce n'est pas l'attitude de la majorité, c'est le débordement d'une minorité, non les marches en province mais le saccage des Champs-Elysées, non le discours mais l'invective, qui pousse à tendre le micro à celui qui crie le plus fort. Des médias durant ces samedis jaunes ont fait preuve d'un sensationnalisme, d'une complaisance à la violence qui par moments relevaient de l'incitation à la haine.

Cela étant, le monde politique porte une part de responsabilité dans le discrédit actuel des médias. Leur dénigrement longtemps fut une spécialité de l'extrême droite, puis Nicolas Sarkozy s'y est mis et ces jours-ci c'est le populisme façon Mélenchon qui à son tour les cloue au pilori,  tandis que Macron ne manque pas une occasion de leur faire la leçon. Précisons que le phénomène est général, et qu'à cet égard nous n'avons guère apprécié le procès d'intention qu'Etienne Schneider s'est cru habilité à faire à nos collègues de RTL à l'occasion du récent congrès du LSAP.

Le produit actuel de cette conjoncture, en France, à l'intersection de ces défiances, est une situation où tout à la fois le gouvernement, les manifestants et les médias se cabrent dans une hostilité croisée et jettent de l'huile sur le feu, de sorte qu'il ne se trouve plus aucune instance surplombante pour assurer une intercession et produire un peu de raison face au chaos.