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Le retour au réel
Editorial Politik 2 Min. 12.11.2019

Le retour au réel

De jeunes manifestants irakiens à Bagdad.

Le retour au réel

De jeunes manifestants irakiens à Bagdad.
AFP
Editorial Politik 2 Min. 12.11.2019

Le retour au réel

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Les révoltes arabes de 2011 ayant largement échoué, les enfants des manifestants de ce temps-là expriment des aspirations plus concrètes, socio-économiques plutôt qu'idéologiques.

Manifestations en Algérie et au Liban, soulèvements en Irak, émeutes au Soudan, turbulences même au Koweït: de l'Afrique au Golfe, en passant par le Maghreb, des pays arabes à nouveau sont en ébullition, où d'imposantes foules crient leur colère. Faut-il admettre l'hypothèse, largement émise par les médias occidentaux, d'un nouveau «Printemps arabe»? Comme si l'éruption de 2011 déployait là une seconde coulée, pour combler enfin les attentes contrariées d'une saison inféconde? Faut-il accroire l'hypothèse d'une «révolution» qui s'obstinerait, ou ne peut-on pas plutôt voir en ces tumultes, tout au contraire, la fin de celle-ci dans la mesure où les peuples mobilisés n'exigent pas des mutations en profondeur mais des changements sur le plan du quotidien, non pour vivre autrement mais pour vivre mieux?

L'Histoire ne repasse pas les plats, disait Marx, et les images qui nous parviennent de Beyrouth ou de Bagdad montrent que les insurgés d'aujourd'hui ne sont pas les insoumis d'hier. Ils sont très jeunes, ces manifestants, qui en 2011 ne savaient pas courir encore. Qu'est-ce qui, sur le plan des ressorts, différencie la colère actuelle des agitations observées il y a huit ans? 2011 connut une vague violente, qui frappa des hommes – Ben Ali en Tunisie ou Moubarak en Égypte, Assad en Syrie, qui pour sa part court toujours. Le «Printemps» 2011 fut bien une saison insurrectionnelle, qui voulut balayer des régimes, autocraties ou dictatures, dans des contextes de tensions ethniques et communautaires, religieuses et identitaires. 2011 ainsi fut le temps d'une vague de fond, qui en Syrie mena à la guerre, en Libye au chaos, ailleurs à une avancées des mouvances islamistes.

Amertume dès lors? Scepticisme des générations nouvelles face au principe révolutionnaire, et déplacement des espérances anciennes vers des aspirations à la fois plus concrètes et plus urgentes?

Le fait est que les manifestants aujourd'hui veulent manger à leur faim, travailler et consommer à leur guise. Ils exigent des écoles et des universités, des systèmes de soins fiables, une technologie qui soit à portée de leurs bourses. Et ils sont prêts, ces manifestants, à sévir contre des appareils d'Etat, plutôt que des régimes, dont la corruption fait obstacle à leurs aspirations. Ils demandent plus de démocratie certes, mais c'est pour la prospérité surtout qu'ils se mobilisent – les ressorts de ces manifestants sont principalement d'ordre socio-économique.

La fronde à Beyrouth s'est levée d'abord contre les défaillances du ramassage d'ordures, pour s'étendre ensuite contre un projet de taxe sur WhatsApp, tandis qu'en Irak la grogne dénonce l'incurie des services publics – fourniture d'eau et d'électricité. En ce pays, l'Irak, qui s'était déchiré sur des enjeux communautaires et religieux, le reflux de la guerre a dégagé des besoins simples mais impérieux, et l'aspiration à vivre mieux au quotidien.

Une aspiration que l'Occident ne veut entendre. Du Moyen-Orient les Etats-Unis ne demandent qu'à se retirer, tandis que l'Europe pour sa part est trop possédée par ses hantises migratoires pour entendre une simple demande de prospérité.

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