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Le pari de Macron
Editorial Politik 3 Min. 17.01.2019 Aus unserem online-Archiv

Le pari de Macron

Le pari de Macron

AFP
Editorial Politik 3 Min. 17.01.2019 Aus unserem online-Archiv

Le pari de Macron

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Le dialogue voulu par le président français Emmanuel Macron est fragile, mais il constitue le seul recours face à une colère aveugle.

«Jean-Claude Juncker, ivrogne notoire, incarne à la perfection le bateau ivre qu'est devenue l'Union européenne». Ces mots, intolérables, sont de Thierry Mariani, candidat du Rassemblement national aux élections européennes, qui complète son insulte d'une mise en garde face à l'immigration et à l'«islamisation», menaces qui feront de l'Europe une «nouvelle Atlantide» – entendre par là que le continent tout entier va couler sous le poids des migrants et du Coran.

Ces mots forment l'inventaire quasi exhaustif de ce qui constitue aujourd'hui le fonds de commerce électoral de l'extrême droite: mépris des élites, hostilité à l'Europe, diabolisation de l'islam, hantise des flux migratoires et, plus obscure, mais récurrente, une idéologie de la décadence qui sans cesse annonce le naufrage de l'Occident. La violence de ces mots, leur vulgarité, constituent aussi le bruit de fond du temps présent. Le phénomène «gilets jaunes» en France devient le symptôme de cette radicalisation, quand l'expression légitime d'une détresse sociale est rendue inaudible par les vociférations d'une minorité qui au discours proprement revendicatif préfère la formule à l'emporte-pièce, la mise en cause aveugle voire le coup de poing.

Ce dévoiement du discours public par une minorité aux mobiles confus n'est pas nouveau en soi, nouvelle par contre, et inquiétante, est l'écoute grandissante dont les enragés peuvent se prévaloir. On devine aujourd'hui, en France et ailleurs, un surcroît de réceptivité face aux outrances du mécontentement, auxquelles répondent en écho les outrances des politiques qui de cette colère veulent tirer profit. Face à cette foire d'empoigne, on peut ironiser certes sur le dialogue qu'Emmanuel Macron a entamé avec les Français. Il y a quelque chose de pathétique dans ce geste consistant à tendre un gant de velours à des vis-à-vis munis de triques, il y a quelque chose de dérisoire dans l'hétérogénéité des forces en présence, entre une grogne de plus en plus sourde à toute argumentation et, par ailleurs, les manières trop policées, trop formatées d'un président qui croit pouvoir gérer une grogne sociale comme on gère une crise d'entreprise, à grand renfort de consultations, de groupes de travail, de revendications «remontées» à partir de ces mairies de France où des élus depuis quelques jours prennent gravement acte des doléances de ce «peuple» dont l'Elysée semble avoir fait la découverte récente.

Prenons garde toutefois à ce que notre ironie ne soit pas excessive à son tour. Car le dialogue voulu par Macron constitue, fondamentalement, une tentative de faire barrage à tout ce qui a été évoqué plus haut: la vocifération au lieu de l'argumentation, l'agression plutôt que la confrontation, les provocations des uns et la surenchère des autres. Faire barrage aux casseurs d'une part, aux démagogues qui les flattent d'autre part, aux Mariani et aux Salvini. L'initiative de Macron est, «in fine», la tentative de restaurer une forme de discours, qui est l'autre nom de la politique.

Sa démarche est incertaine, son assise est fragile, son dialogue un pari. Parions sur Macron cependant, au Luxembourg aussi, où l'on peut sentir l'odeur âcre des feux qui brûlent en périphérie. Quelques concitoyens ont connu, fin de l'année dernière, des moments de réelle inquiétude, quand la violence des manifestations était telle que le pire était à redouter, sachant que le pire ne s'arrête pas aux frontières. Seul le débat politique est à même de contenir les débordements auxquels l'on assiste actuellement, c'est ce débat-là, en prélude à des actes, que le président français veut faire entendre.