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La fatalité Macron

La fatalité Macron

AFP
Editorial Politik 3 Min. 18.09.2018

La fatalité Macron

Gaston CARRE
Gaston CARRE
En chute dans les sondages, Emmanuel Macron souffre encore et toujours d'un problème d'image.

Comment un élu tombe-t-il en disgrâce? Les positions qui lui ont valu son élection sont-elles périmées? Est-il sanctionné, au contraire, pour ne plus adhérer lui-même à ses propositions?

Quelle que soit l'explication du phénomène, il advient que des hommes doivent leur triomphe à de grandes idées, et leur chute à des fautes minuscules. Les erreurs d'Emmanuel Macron sont triviales: il trébuche sur quelques mots mal choisis et des comportements malhabiles. Très malhabile, calamiteux même est le faux-pas qu'il commit samedi dernier à l'Elysée: interpellé par un jeune homme qui se plaint de ne pas trouver de travail, Macron lui répond, en substance, qu'il existe trois ou quatre brasseries à proximité qui sans doute ne demandent qu'à l'embaucher – «Je traverse la rue et je vous en trouve, du travail!»

Certes, des Français sont au chômage et ne consentent pas d'efforts notoires en vue de s'en arracher. Mais il y en a d'autres, des Français par milliers, qui des années durant se livrent, en vain, à une fastidieuse et humiliante recherche de travail. On comprend leur indignation devant les mots du président, devant la stupéfiante suffisance de cette phrase qui laisse entendre qu'il leur suffirait de se baisser pour en trouver.

Le faux-pas de Macron est calamiteux dans la mesure où il le commet sur un terrain où déjà il est vulnérable, où il ne cesse de trébucher sur son image de «président des riches», et il trébuche alors qu'il venait de présenter, avec tambours et trompettes, un plan contre la pauvreté qui précisément visait à le délester de ce préjugé.

Emmanuel Macron est-il le président des nantis et des privilégiés? Non. Son problème est ailleurs: il est un président à l'américaine, impétueux, volontariste et péremptoire, qui mise sur l'effet d'entraînement plus que sur la force de conviction. Un président qui conçoit la France comme une start-up, où un patron dynamique et charismatique, entouré d'une équipe qui porte son nom sur ses t-shirts, suffit à faire du pays une République en marche, entendez: une boîte qui roule. Mais la France n'est pas Facebook, et ne goûte guère le style Zuckerberg.

Emmanuel Macron ces jours-ci est confronté à une cote de popularité à peine supérieure à celle qui plomba François Hollande au même moment de son mandat. Certes, des facteurs objectifs contribuent à ce désamour: le couac sur les pensions de réversion, un traitement maladroit de la crise migratoire, jugé trop laxiste par la droite et trop rude par la gauche, l'obstination de l'exécutif sur la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes nationales ou encore – une faute de vocabulaire, là aussi – le «pognon de dingue» des aides sociales.

Mais un président ne tombe pas pour avoir abaissé une limite de vitesse. Pas même en France. Le problème est plus profond, on le constate ici depuis les premiers jours à l'Elysée et le président n'y a pas remédié: une moitié des Français ne se «reconnaît» pas en lui, ni sur le fond ni, surtout, sur la forme – jamais sans doute un président n'a souffert à ce point d'un problème d'image, au sens littéral du terme.

Quant aux Français qui ont bien voulu marcher avec lui, Macron les perd par ce style particulier qui fut sa force au début et semble le desservir désormais. Les désistements dans son parti même sont le signe sans doute d'une disgrâce qui est d'ordre psychologique plus que proprement politique.