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L'Histoire insultée
Editorial Politik 2 Min. 02.09.2019

L'Histoire insultée

L'Histoire insultée

Editorial Politik 2 Min. 02.09.2019

L'Histoire insultée

Gaston CARRE
Gaston CARRE
Les anciens écrits d'un intellectuel français montrent que la négation de l'Holocauste reste à l'oeuvre. Et que le mépris pour les Hommes peut devenir mépris de leur Histoire aussi.

Ce sont des mots terribles qui ces jours-ci retentissent en France, et c'est un homme public qui les a signés. Voici ces mots, dans leur lapidaire infamie: «Chacun sait que les camps n'ont jamais existé».

Alors que l'Europe et le monde raniment le souvenir du début de la Seconde guerre et de l'abjection en quoi cette guerre avait culminé, alors que le monde se livre à une commémoration qui par définition postule l'obligation de ne jamais oublier, et alors que cette injonction présuppose l'irréfutable réalité du souvenir convoqué, un intellectuel français, Yann Moix, reconnaît avoir signé des textes négationnistes dans une feuille de chou publiée au temps de ses études. Chroniqueur et provocateur, cette inamovible figure du paysage médiatique croit se disculper en inscrivant ses écrits au compte de l'âge, vingt ans, et de l'irrépressible besoin de «faire le con» qui caractériserait cet âge-là, besoin nous obligeant, si l'on suit bien l'argumentation de Yann Moix, à une sorte d'indulgence navrée pour ses anciens «égarements».

Oublions Moix, abandonnons-le aux tourments de sa névrose narcissique, pour examiner les hypothèses que permet son cas. Nous en voyons deux, qui sont pareillement calamiteuses. Soit un intellectuel peut affirmer, en conscience, et par conviction, que les camps d'extermination n'ont pas existé, et alors le travail de mémoire est à faire et à refaire, et c'est l'une des pages les plus atroces de l'Histoire qu'il faut encore et encore mettre à l'abri de ceux qui voudraient l'arracher. Soit la négation de l'holocauste relève en effet de la provocation, de l'outrance, d'une forme de jeu en somme, un jeu osé certes, mais auquel peut s'autoriser un étudiant de France dans ses essais polémiques, et alors la conclusion est strictement la même: le travail de mémoire est à faire et à refaire, et il consiste pour partie à enseigner qu'il est des vérités avec lesquelles l'on ne saurait «jouer».

Comment l'hérésie négationniste peut-elle sans cesse resurgir? Il y faut certes un climat, une atmosphère, un contexte incitatif, largement donné par la prolifération de l'extrême droite européenne. Mais, plus généralement, le négationnisme et, plus fondamentalement, l'antisémitisme qu'il atteste flottent une fois encore dans l'air du temps, en toute liberté. Qu'est-ce qui génère cette liberté? Elle est portée, comme une odeur nauséabonde, par l'incroyable déferlement de vulgarité, d'outrages, d'excès et de provocations à quoi se livrent quelques grands élus de ce monde, à commencer par l'homme qui dirige l'Amérique, qui aura ouvert la voie de l'obscénité, du laisser-dire, des vérités «alternatives» à un nombre croissant de potentats auxquels la testostérone tient lieu de substance neuronale.

Le phénomène peut sembler de simple forme. Il faut y prendre garde toutefois: quand un ministre brésilien peut traiter de «crétin» le président français, une vanne est levée par où la boue déferle. Partout des digues cèdent, des tabous se brisent, partout on «se lâche», comme on dit, en ce temps présent assez relâché, justement, pour permettre à des hommes politiques de répandre sans retenue un mépris pour les hommes qui bien vite peut devenir mépris pour leur histoire aussi.